dimanche 14 juin 2015

Journal du 14 juin 1894

Je voudrais un cabinet de travail dont la fenêtre ouvrirait sur une ferme. Je verrais chauffer au soleil le café de la mare, se dandiner les canes, et les oies dresser leurs têtes aux ouïes fines comme des trous d'aiguilles. Devant les vaches rangées dans les étables et soufflant fort, je me dirais: "c'est nous, les hommes, qui devrions être à la place de ces grosses bêtes. Pourquoi, d'un coup de corne au derrière, ne jettent-elles pas dehors le vacher qui les trait, assis sur son escabeau, et qui vide leurs tétines deux par deux, comme s'il grimpait avec les mains le long d'une corde? Et, quand on veut les caresser, elles reculent. D'ailleurs, le vacher n'a guère conscience de sa force, de sa supériorité humaine. Moi seul, je m'émeus, je crois comprendre et m'imagine dominer. C'est que je reviens de loin, pour arriver là, dans cette écurie. Et le vacher y est né."
Et j'aurais une casquette avec ces mots en lettre d'or: Interprète de la Nature."

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