jeudi 12 mars 2015

Journal du 12 mars 1889

Paroles de belle-mère.
- Oui, maman.
- D'abord, je ne suis pas votre mère, et je n'ai pas besoin de vos compliments.
Tantôt elle oubliait de mettre son couvert, tantôt elle lui donnait une fourchette sale, ou bien, encore, en essuyant la table, elle laissait à dessein des miettes devant sa bru. au besoin, elle y amassait en tas celles des autres. toutes les petites vexations lui étaient bonnes.
On entendait: " Depuis que cette étrangère est ici, rien ne marche." Et cette étrangère état la femme de son fils. L'affection du beau-père pour sa bru attisait encore la rage de la belle-mère. En passant près d'elle elle se rétrécissait, collant ses bras à son corps, s'écrasait au mur comme par crainte de se salir. Elle poussait de grands soupirs, déclarant que le malheur ne tue pa, car, sans cela elle serait morte.  elle allait jusqu'à cracher par dégout.
Parfois elle s'en prenait au ménage tout entier. "Parlez-moi d'Albert et d'Amélie. Voilà des êtres heureux et qui s'entendent. Ce n'est pas comme d'autres qui en ont l'air seulement."
Elle arrêtait une brave femme dans le corridor, sur la porte de sa bru, et lui délayait ses chagrins. "Qu'est-ce que vous voulez? Ils sont jeunes", disait celle-ci tout en se régalant de ses rencontres. "Ah! Ils ne le seront pas toujours! disait la belle-mère. Çà, sa passe. Moi aussi, j'ai bien embrassé le mien, mais c'est fini. Marchez! La mort nous prend tous. Je les attends dans dix ans, et même moins."
Il ne faut pas oublier les retours. Soyons justes. Elle en avait, et de bien attendrissants.
- Ma belle, ma vieille, je suis à votre disposition. J'ai beau dire: je vous aime autant autant que ma fille. Donnez donc, que je vous remplisse votre cuvette. Laissez-moi donc vos ouvrages. vous avez les mains bien trop blanches.
Soudain, sa figure devenait mauvaise: - Est-ce que je ne suis pas bonne à tout faire?
Et elle séparait, dans sa chambre, les photographies de ses enfants de celle de sa bru, la laissait isolée, abandonnée, bien vexée sans aucun doute.

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