mercredi 15 octobre 2014

L'automobile au temps de Jules Renard

En 1900, on n'achète une automobile que pour se donner du standing. Sa possession, comme celle d'un cheval de course, vous distingue du commune des mortels. Cela vaut bien de verser à la commande un acompte d'un tiers du prix et d’attendre la livraison près d'un an. Quand l'auto est enfin prête, la garantie est subordonnée  à un apprentissage de plusieurs jours. Le client,  disons plutôt l'amateur, comme pour une œuvre d'art, doit l'effectuer aux usines ou chez le représentant de la marque.
Pour démarrer, on tourne la manivelle, et souvent la voiture reste immobile. On tourne, on tourne, jusqu'à ce que la tête vous tourne. alors, on se met à deux, on appelle un domestique. Tandis qu'il tourne à son tour, on ouvre et on ferme le volet d'air. Un peu plus ou un peu moins. Tout à coup, une explosion lance la manivelle à contresens sur le bras du domestique.
- Aïe!
- Ce n'est rien. Courage, dit-on, le moteur a parlé!
Le conducteur est souvent  un chauffeur de maître. Avant de partir, il réchauffe le moteur avec du carburant enflammé.  En cours de route, il doit souvent changer de vitesse, régler l'avance à l'allumage, surveiller le graissage et même refroidir les pneus qui ont tendance à chauffer, surtout l'été. 
Les autos ne s'éloignent guère des villes, les pannes étant fréquentes et les épiceries où se procurer de l'essence encore plus rare. que les mécaniciens.
On ne se fixe jamais une heure d'arrivée. D'ailleurs, une fois sur la route, on se trouve en plein inconnu; à part les petites plaques bleues des Ponts et Chaussées, rares et à peine visibles, aucun repère pour se guider.
(Alain Frerejean, Les Peugeot, deux siècles d'aventure, Flammarion, p. 87.)

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