samedi 5 juillet 2014

Journal du 5 juillet 1895

Gérardmer, la Schlucht, le Hohneck. - Charlemagne a pris ici un repas champêtre. Tout de suite on parle de ses relations avec ses filles. 
La Roche du Diable, occasion d'exposer sa théorie sur le vertige. Le corps en arrière, on ne s'appuie à la rampe de fer que du bout des doigts. On devient cotonneux. Un mendiant, qui ressemble à Verlaine (il est très beau, ce mendiant-là) profite de notre vertige.. Par sensibilité peureuse, nous lui donnons chacun deux sous. C'est à la fois une charité et une façon de désarmer l'abîme qui bâille à nos pieds.
La Meurthe n'en finit plus de prendre sa source. Les autres rivières peuvent attendre.
Descendu jusqu'à Retournemer par le sentier des Dames. C'est une espèce d'entraînement pour l'enfer.  Un des endroits les plus riants de notre promenade. Des petites servantes ahuries nous apportent bière âcre et limonade rouge. Comme je donne quatre sous de pourboires à l'une d'elle, elle les retourne, trouve que ce n'est pas assez pour payer la bière, ou se demande pourquoi je paie deux fois.
Au Hohneck, table d'orientation. Un sentier permet d'y arriver sans marcher sur le territoire allemand. Il faut être patriote, car le sentier allemand est beaucoup plus doux.
Vivre et mourir au bord du lac de Longemer! Les lichens pendent comme des barbes d'Espagnols. Sous les hêtres, la cascade tombe en gémissant, comme une femme qui se cache la figure.

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