mardi 17 septembre 2013

L'automobile au temps de Jules Renard

L'automobile, c'est aussi la déformation de la vitesse, le continuel rebondissement sur soi-même, c'est le vertige.
Quand après une course de douze heures, on descend de l'auto, on est comme le malade, tombé en syncope, et qui, lentement, reprend contact avec le monde extérieur. Les objets vous paraissent encore animés d'étranges grimaces et de mouvements désordonnés. Ce n'est que peu à peu, qu'ils reprennent leur forme, leur place, leur équilibre. Vos oreilles bourdonnent, comme envahies par des milliers d'insectes aux élytres sonores. Il semble que vos paupières se lèvent avec effort sur la vie, comme un rideau de théâtre sur la scène qui s'illumine.
Que s'est-il donc passé? On n'a que le souvenir ou plutôt la sensation très vague d'avoir traversé des espaces vides, des blancheurs infinies, où dansaient, se tordaient des multitudes de petites langues de feu...
(Octave Mirbeau, La 628-E8, Eugène Fasquelle, 1908)

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