mardi 15 janvier 2013

Jules Renard vu par Raoul Narsy

S'il subsiste encore quelque fidèle de la bonne vieille critique, - celle qui se plaisait tant aux "parallèles", - il aura tressailli d'aise devant l’œuvre d'un Jules Renard. Quelle incessante, quelle impérieuse provocation elle lui est à mettre en mouvement les vénérables méthodes didactique ou comparative; mais quelle savoureuse matière elle lui offre! 
Ce moraliste souriant, ce satirique sans amertume, cet analyste pénétrant et détaché, portraitiste, peintre de mœurs, historiographe d'animaux, ce strict conteur, ce dramaturge succinct, de combien de séries ne s'aperçoit-il pas le confluent dans une étude délicate de l'évolution ou de la rénovation des genres? Et s'il en suggère tour à tour, et parfois spontanément, le souvenir, comment ne pas le rapprocher d'un La Bruyère ou d'un La Fontaine, du Molière de Cléante, de l'auteur du Gil Blas  et de celui de Candide, de M. de Buffon, qui sait? mais sûrement de Montesquieu - et pas seulement à cause de l'esprit d'Éloi.
Affirmons-le, au surplus,  pour archaïque qu'elle semble, cette façon de juger l’œuvre d'art n'en reste pas moins légitime, et ce ne sont pas les jeunes hommes dressés à la forte discipline d'un Taine qui lui dénieront d'être féconde, si elle ne résulte, après tout, que du besoin logique - et français - de considérer toute chose dans son ordre. Méprisons ce qu'elle devient aux mains artificieuses des rhéteurs et des cuistres....
(Raoul Narsy, Occident, n°1, décembre 1901).

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