samedi 5 septembre 2015

Journal du 5 septembre 1889

Qu'est-ce que je demande? La gloire! Un homme m'a dit que j'avais quelque chose dans le ventre. Un autre m'a dit que je faisais mieux et moins sale que Maupassant, un autre... Un autre encore... Est-ce Ça, la gloire? Non, les hommes sont trop laids. Je suis aussi laids qu'eux Je ne les aime pas.  Peu m'importe ce qu'ils pensent. Les femmes, alors? Une, ce soir, jolie, au beau corsage, m'a dit: "Je lis et je relis Crime de village." Voilà la gloire, je la tiens. Mais cette femme est une belle imbécile. elle n'a pas une idée. J'aimerais à coucher avec elle si elle était muette. Si c'était ça, la gloire, je n'aurais plus rien à faire. Et cependant, toute proportion gardée, ce n'est pas autre chose! La quantité change, la qualité reste la même. C'est aussi une question d'oreille. A cette oreille un peu de ouate suffit, à cette autre il faudrait une balle de coton.

vendredi 4 septembre 2015

Journal du 4 septembre 1901

Le père Joseph, pêcheur. Il a près de soixante ans. Il est de la Haute-Saône. Il y en a plus de trente-cinq qu'il n'a pas revu son pays, mais il n'y tient pas. Il est habitué aux gens d'ici. Il a deux fils jumeaux âgés de plus de vingt ans. On ne les voit jamais. Ils sont quelque part, peut-être en prison. Ils font leur vie. Sa fille a "dans les quinze ans", il ne sait pas au juste.
Il a deux roulottes, l'une qui est de la largeur d'un lit: celui de sa femme, qui est aussi le sien, est au fond, celui de leur fille, à l'entrée; l'autre contient un poêle. Il ne pourrait pas s'en passer, pour faire sa cuisine, d'abord, ensuite, pour se chauffer, quand deux vents qui soufflent se rencontrent entre les deux roulottes sous la bâche qui sert de toiture.
Autrefois, il prenait, par jour, douze livres de poisson qu'il vendait à Corbigny. Il n'y en a plus. Coureurs, saltimbanques, ont tout détruit avec des lignes de fond.  On ne devrait pas pêcher ainsi. C'est défendu.
Il préfère ses roulottes à une petite maison qui lui coûterait peut-être 60 francs de loyer par an.

jeudi 3 septembre 2015

Journal du 3 septembre 1905

Ils ne disent pas "écrire" mais "marquer". "Je lui ai marqué ça sur ma lettre." c'est bien plus exact.

mercredi 2 septembre 2015

Journal du 2 septembre 1902

Le mensonge, c'est leur règle héréditaire. Ils ne s'appliquent qu'à bien mentir: c'est leur supériorité.

La dette au temps de Jules Renard

On ne meurt pas de ses dettes. On meurt de ne plus pouvoir en faire.
Oscar Wilde

mardi 1 septembre 2015

Journal du 1er septembre 1889

Mlle Blanche a été caissière dans un water-closet à l'Exposition de 78. On payait cinq sous, et dix sous pour les cabinets avec toilette. Elle fait sonner les prix avec orgueil, et à nous-mêmes il semble, devant la fabuleuse énormité du droit d'entrée, que la chose devait sentir moins mauvais que de nos jours où ces petits endroits deviennent d'un bon marché dérisoire. D'ailleurs, pourquoi les prix ont-ils baissé? On a envie ou l'on n'a pas envie, n'est-ce pas?

lundi 31 août 2015

Journal du 31 août 1892

Ma tête est une fleur, mais une fleur montée, et elle doit avoir un fil de fer dans la gorge.

dimanche 30 août 2015

samedi 29 août 2015

Journal du 29 août 1907

L'auto, l'ennui vertigineux.
Ils vous demandent tout de suite combien de chevaux. disons 1500 et n'en parlons plus.
Il y a des minutes où, en voyage aux frais des plus généreux des hommes, on se sent tout à coup le colis.
Guitry salue un vénérable prêtre, qui répond, surpris et flatté.
- Il faut que je lui donne quarante sous, dit Guitry qui court à lui, et qui lui dit: "Mon père, je vous prie d'accepter cette obole. Ce n'est rien, mais cela peut toujours soulager un de vos pauvres."
Nous rions, et les gens nous regardent et ne savent que penser, tant c'est bien fait. Tout autre que Guitry raterait ces petites scènes. C'est un homme de lettres qui joue au lieu d'écrire. Ses histoires les plus banales sont admirablement jouées, dans le mouvement et dans le ton.

vendredi 28 août 2015

Journal du 28 août 1908

Je ne suis, de ma nature, ni observateur ni ironiste. Je vois mal, et j'ai la réplique vraie, c'est-à-dire pauvre. Ce n'est qu'après que tout s'arrange.

jeudi 27 août 2015

Journal du 27 août 1890

Ça m'étonnerait, me dit amicalement Trézenick que Jullien n'insère pas votre article. Il n'a pas, en ce moment, de copie sous la main.

mercredi 26 août 2015

mardi 25 août 2015

Journal du 25 août 1893

Il se précipita, dans l'abîme, laissant, pour s'immortaliser, sa pantoufle sur le bord.
Mais personne jamais ne retrouva la pantoufle.

lundi 24 août 2015

Journal du 24 août 1889

Les écrivains qui n'aiment pas Victor Hugo me sont ennuyeux à lire, même quand ils n'en parlent pas.

dimanche 23 août 2015

Journal du 23 août 1908

La mère d'Augustine conseille bien à Marinette de ne la laisser sortir que pour les commissions. Elle ne connaît personne; elle n'a pas pas besoin de sortir le dimanche.
- Si elle désobéit, renvoyez-la-nous, dit-elle.

vendredi 21 août 2015

Journal du 21 août 1906

Voyage à Mont-Sabot par Combres, Ruages, Moissy, retour par le Mont-Bué, route de Lormes, Bailly, Reune-bourg, Corbigny. J'étale ma mémoire comme une carte géographique, et je m'efforce de revoir ce que j'ai vu: perpétuel étonnement.
Deux châteaux à tours carrées qui peu à peu s'adoucissent et deviennent des fermes.
Chitry-Mont-Sabot avec ses toitures  de paille et ses beaux noyers.  Il n'en a pas l'air dit le voiturier, mais c'est un pays riche. Une jeune fille apporte en dot un noyer.
Un chaos de maisons, de jardins et de tas de fumier. Des murs neufs de granit rouge.
Mont-Sabot. Un sabot droit au nez fendu. Des tilleuls dont l'un est foudroyé, mort. On y enterre encore. L'église, couverte de pierres plates, est fermée.  Vieilles tombes. dont les plus vieilles sont les mieux ouvragées. Vue magnifique: Montoison, le château de Vauban, l'immense grange de Vézelay, Lormes. Les morts n'ont qu'à se lever sur un coude pour voir tout ça.
Un pays clair, facile à comprendre: une butte, un vallon, une butte, un vallon. D'une pente à l'autre, les paysans se voient travailler. C'est la première église que j'aie envie de voir: elle est fermée.
Un sentier tourne autour de la butte comme une jarretière au-dessus du genou.
Puis, l'heure rose, l'heure tendre, l'heure divine arrive. C'est une surprise que Dieu nous fait chaque soir. Il faudrait se coucher dans tous ces près, boire à toutes ces fraîcheurs, vivre là, là, mourir partout.
Être né, là, au pied du Mont-Sabot, quelle enfance pour un poète!

jeudi 20 août 2015

Journal du 20 août 1901

Rentré à Chaumot après voyages au Breuil et à Bussang.
L'énorme nourrice qui sentait Château-Chinon à plein nez. Je me ratatinais dans mon coin, mais la chair croulait, et je sentais à la cuisse une chaleur grasse et écœurante. Elle était assise, genoux écartés, les mains aux ongles noirs sur les genoux.  Elle dormait bouche ouverte. Je remuais brusquement. Elle s'éveillait et tâchait de relever ses graisses, mais tout retombait. 
Entre sa cuisse et la mienne je glissais des journaux. Ça me tenait encore plus chaud, mais j'étais moins écoeuré.
La "meneuse" avec ses trois femmes. Air rusé, presque distingué, de femme maigre qui ne craint pas les voyages, une dame qui se sait supérieure aux trois pauvres vaches à lait qu'elle emmène à Paris. A côté d'elles, sa boîte carrée en bois verni avec la plaque de cuivre: " Service de l'Assistance publique". Elle me demande pardon et se met à la portière pour agiter son mouchoir quand elle passera "en vue" de son fils qui habite aux environs de Fontainebleau.
Un vieux monsieur, quelque noble, d'esprit curieux, qui tient à tout savoir et pose des questions insupportables.
- Monsieur est du pays?
- Oui.
- Quel est donc ce château?
- Ah! Je n'en sais rien.