lundi 25 mai 2015

Journal du 25 mai 1893

Daudet me dit:
- Vous avez fait d'étonnants progrès en langue française. Maintenant, chaque mot de vous est poinçonné.

Actualité littéraire

Paul Verlaine, de Stefan Zweig, traduit de l’allemand par Corinna Gepner, Le Castor Astral, 156 p., 14 €.
L'auteur d'Amok a tellement écrit qu'on n'est pas surpris de découvrir un nouvel inédit. Dernier en date, la biographie consacrée à Paul Verlaine. A la vérité, "biographie" n'est pas le mot qui convient, il s'agit d'une analyse de l’œuvre à l'aune de son caractère. L'incipit donne la clé de la démarche de Zweig: "Les oeuvres des grands artistes sont de muets témoignages des vérités éternelles." Paul Verlaine n'est peut-être pas une biographie mais le texte reste un document exceptionnel que les français peuvent enfin découvrir. [...]
Avec Verlaine, il a la dent dure, très dure. On peut résumer ainsi son travail: oil adore l'oeuvre du poète, il déteste l'homme.
(Mohammed Aïssaoui, Le Figaro littéraire, jeudi 21 mai 2015, p. 6.)
Dans cette rencontre au sommet, tout porte à croire que Zweig est l'auteur et Verlaine le sujet. Or le rapport de force est plus équivoque. La vie du poète produit sur le jeune écrivain autrichien l'effet d'un répulsif, c'est-à-dire aussi d'un révélateur. Le lecteur est surpris par le tour moralisateur que prennent volontiers les commentaires de Zweig. Si ce dernier se garde bien de prononcer lui-même la sentence, nous avons souvent l'impression de lire le rapport d'un expert psychiatre établi en vue d'un procès. Bien sûr, Zweig admire profondément les vers de Verlaine, mais il juge avec sévérité son existence erratique et sa personnalité versatile: "Verlaine était une masse molle dénuée de force et de résistance (...). Dès lors, sa vie n'était pas une ligne paisiblement ascendante, mais une succession d'effondrements et de catastrophes, de soulèvements et de purifications, qui se résolvaient dans un grand abattement."
(Eric Chevillard, Le Monde des Livres, vendredi 22 mai 2015, p. 10.)

dimanche 24 mai 2015

Journal du 24 mai 1893

Gandillot, un gros, siffle en parlant, dessine, et dit:
- C'est étonnant comme c'est difficile de dessiner quand on ne sait pas!
Il fait même un peu de peinture.
- C'est rigolo, dit-il.
- Que ma bonne aille où elle voudra, dit-il encore, pourvu qu'elle ne m'emmène pas!
Il joue au jacquet et compte les points avec ses doigts, comme s'il trottait sur le tapis, comme s'il passait un ruisseau sur des pierres.

samedi 23 mai 2015

vendredi 22 mai 2015

Journal du 22 mai 1889

Par les soleils couchants, il semble qu'au-delà de notre horizon commencement les pays chimériques, les pays brûlés, la Terre de feu, les pays qui nous jettent en plein rêve, dont l'évocation nous charme, et qui sont pour nous des paradis accessibles, l’Égypte et ses grands sphinx, l'Asie et ses mystères, tout, excepté notre pauvre petit maigre et triste monde.

jeudi 21 mai 2015

Journal du 21 mai 1893

Ce qui fait le plus plaisir aux femmes, c'est une basse flatterie sur leur intelligence.

mardi 19 mai 2015

Journal du 19 mai 1892

"Les affaires avant tout", lui dit-elle.

L'encre au temps de Jules Renard

L'encre est le liquide le plus redouté, parce que le moins saisissable et en même temps le plus durable.
(Léon Daudet, Sauveteurs et incendiaires, Flammarion, p. 25.)

lundi 18 mai 2015

Journal du 18 mai 1891

Revu M. Rigal. Rien de plus douloureux que de revoir un ancien maître en mendiant.

Actualité littéraire

Baudelaire et Compagnon.
Après les succès inattendus des étés 2013 et 2014, avec Montaigne, puis Proust, Antoine Compagnon publiera le 21 mai Un été avec Baudelaire, toujours aux Éditions des Équateurs.
En une trentaine de chapitres, l'auteur aborde, selon son éditeur, "le réalisme et le classicisme de Baudelaire, poète inclassable et irréductible: poète moderne et antimoderne, le passant de Paris, le dandy d'Honfleur, le poète du crépuscule et de l'été, du rire et de la procrastination".
(Le Figaro littéraire, jeudi 7 mai 2015, p. 3)

dimanche 17 mai 2015

samedi 16 mai 2015

Journal du 16 mai 1908

Ce qui gâte le Bois de Boulogne, c'est le riche. Et ces cavaliers qui se plaisent à faire crier le cuir de leur selle! Et les pauvres vieux qui font un peu de bicyclette avant de mourir!
Les gouvernantes qui lisent, sur un banc, des livres imprimés toujours très fins. Elles s'abîment les yeux.
Le Bois, qui sur le moment me ferait pleurer de joie, me laisse l'envie, d'aller à la campagne, et non de revenir le voir.
Combien peu de gens savent regarder une belle chose sans la préoccupation spontanée de pouvoir dire: "j'ai vu quelque chose de beau"!
La nature frissonne d'être peinte par une jeune fille.

vendredi 15 mai 2015

Journal du 15 mai 1906

Le pot bout. Les pois y dansent comme une source.

Actualité littéraire

L'intelligence des choses du Cœur. 
Essais: Deux ouvrages célèbrent l'amitié dans la vie et dans l’œuvre de Proust.
"Des amis, pas d'amitié": on connaît le mot cruel de Céleste Albaret  à propos de Marcel Proust. Proust qui avait affirmé, alors qu'il était plongé dans la Recherche: "Personne n'aimerait autant aimer d'amitié que moi, et je crois ne saurait mieux le faire." Oui, l'amitié fut bien la grande affaire de sa vie [....].
Saint-Loup, de Philippe Berthier, Éditions de Fallois, 192 p., 20 €.
Reynaldo Hahn, un éclectique en musique, collectif dirigé par Philippe Blay, Actes Sud/ Palazetto Bru Zane, 502 p., 55 €.
(Thierry Clermont, Le Figaro littéraire, jeudi 7 mai 2015, p. 6)

jeudi 14 mai 2015

Journal du 14 mai 1904

En tablier blanc, les hirondelles font leurs nids.

Jules Renard aux enchères. Lettres inédites.

Date de vente : 22/05/15
Pierre Bergé & associés.  Drouot- Paris- salle n° 2.

Lot n°368 - RENARD, Jules -
UNE  LETTRE autographe signée, adressée à Léo d'Orfer Saint-Etienne, 15 août 1888
HUIT LETTRES ADRESSÉES À LÉO D'ORFER SUR LE POINT DE PUBLIER LE PREMIER LIVRE DE JULES RENARD Deux pages in-8 oblong (130 x 210), à en tête imprimé “Milland & Philip, Saint-Etienne”, à l'encre brune [AVEC:]
SEPT AUTRES LETTRES autographes signées adressées au même, et une facture d'imprimeur: 2/ Saint-Étienne, 17 août 1888. Une page 1/2, à l'encre noire: “Je me résigne à faire imprimer ces quelques nouvelles, d'abord parce qu'il m'ennuie de toujours les garder en portefeuille” -- 3/ Saint-Étienne, 20 août 1888. Une page, à l'encre noire: “Je vous laisse absolument libre en ce qui concerne le choix du papier, et, en général, tout ce qui est affaire de goût” -- 4/ Chitry-les- Mines, 7 septembre 1888. Une page in-12, à l'encre brune -- 5/ Chitry-les-Mines, 17 septembre 1888. 1/2 page in-8, à l'encre brune: “je rentre à Paris demain” -- 6/ Le 11 octobre 1888. 1/2 page in-12, à l'encre brune: “je vous adresse un chèque de cent francs” -- 7/ S.l.n.d. Une page 1/4, à l'encre brune: “On me propose de présenter mon volume de nouvelles à Charpentier [...] je vous serais donc très obligé de me prêter pour quelques jours manuscrit” -- 8/ 21 juin 1907. 2 pages in-12, à l'encre brune: “puisque vous allez à Aulnay-sous-Bois, dîtes moi tout de même, par un mot personnel, la vérité. Je n'aime qu'elle” -- 9/ facture de l'imprimeur E. Seguy pour le volume Crime de village. Une page in-4 “Je vous adresse un chèque de 50 francs pour ce pauvre Verlaine [...] Puisque vous faîtes des affaires, à quelles conditions pourriez-vous faire éditer mes infortunées nouvelles et en combien de temps? Je voudrais en réunir 10 ou 12 au plus”. En 1888, les amis de Verlaine se cotisent pour lui assurer une rente mensuelle. Les nouvelles dont il est question paraîtront sous le titre Crime de village, en 1887, dans la Revue de Paris de Léo d'Orfer.
Estimation  500 - 800 € 

mercredi 13 mai 2015

Journal du 13 mai 1898

On a vite touché le fond de l'ordure. Elles ne savent pas, ces dames combien vite un homme se lasse d'une grue. Pour les aimer, il faudrait d'abord leur coudre la bouche, et Marinette, dans son coin, a l'air d'une pudeur qui s'ennuie. 
Entre elles, elles se traitent minaudièrement de "vaches".
Celle-ci, qui ondule comme une anguille, aimerait à siffler, avec deux doigts dans la bouche, comme les petits voyous de la rue. Celle-là s'est fait suivre, à coups de clins d’œil, par Barrès, qui ne la connaît pas. elle ne voudrait pas coucher avec celui-là. Elle coucherait bien avec cet autre, et, si elle était mariée avec cet autre, elle le ferait cocu.
Elle chatouille le ventre de sa chienne.  Elle s'étonne que les femmes ne couchent pas plus souvent avec les singes.
Une certaine limite dépassée, il n'y a plus rien à dire, ni à faire, qui en vaille la peine. Quand une jolie bouche de femme a dit "merde", tout ce qu'elle peut dire après semble fade. L'art, c'est de le dire le plus tard possible, le grand art, peut-être de ne le dire jamais.
Et le mari écoute ça! Il a l'air un peu idiot. 
Elles se balancent sur un rocking-chair, à qui lèvera les jambes le plus haut. 
Et tout cela donne à ma petite Marinette une forte envie de pleurer.
Et, d'ailleurs, Rabelais les dégoûte.