lundi 2 mars 2015

Journal du 2 mars 1906

Il avait économisé 20 francs pour acheter un Bon de la Presse. On peut gagner le million. Mais il a appris que l’État retient sur le million tant pour cent. Ah! non. Il veut être payé rubis sur l'ongle. Tout ou rien. Il n'achètera pas le billet.

Actualité littéraire

Régnier, sans partage...
Henri de Régnier (1864-1936) sortirait-il enfin de son purgatoire? Après Monsieur Spleen de Bernard Quiriny en 2013, une monographie de plus de 500 pages consacrée à l'académicien, auteur de l'Altana ou la vie vénitienne, va être publiée chez Fayard sous la plume de Patrick Besnier. La parution est annoncée pour le 22 avril. Entretemps, le 4 mars, la maison d'édition La Tout verte, sise en Normandie, va rééditer les introuvables Esquisses vénitiennes (parues en 1906).
(Le Figaro littéraire, jeudi 26 février, p. 4)

dimanche 1 mars 2015

Journal du 1er mars 1905

Enterrement de Schwob. Pourquoi les hommes de lettres ne font-ils pas, de leur vivant, les discours qu'ils désirent entendre après leur mort? Çà leur prendrait cinq minutes de leur vie, avant la mort.
A cause de Villon, il habitait rue Saint-Louis-en-l'île. Quelqu'un demanda à un fruitier de cette rue:
- Qui emmène-t-on?
- Un poète, dit le fruitier.
Ce qui résume assez mal Schwob.
M. Croiset fait un discours banal, mais le son de voix fait aimer ce vieux professeur.
Inquiétude d'avoir un chapeau melon; il est vrai que Jarry a une casquette garnie de poils.
Près de la tombe, le Chinois de Schwob, habillé en civil.
Georges Hugo, l'air déjà, d'un vieux beau qui serait maladroit à se faire une tête.
Dans un caveau provisoire on descend Schwob. Il descend, il descend jusque dans l'autre monde.
" Faites-moi un bout de conduite: ça me sera très agréable, mais je vous en supplie, ne restez pas découverts si vous avez peur d'attraper un rhume. S'il fait beau, n'apportez pas vos parapluies. Des couronnes? Enfin, soit, s'il y en a de laurier.
Et puis, ne prenez donc pas  ces airs tristes qui vous enlaidissent! Prenez garde de me ressembler.
Et puis, ne dites donc pas que j'ai toutes les qualités! vous savez bien que non, mieux que moi. Surtout, ne dites donc pas que j'avais bon caractère. D'avoir bon caractère, ce n'est pas une vertu: c'est le vice éternel, et vous bien combien je détestais qu'on m’embêtât. Soyez émus, si vous pouvez, quelques-uns. que les autres soient souriants et spirituels."
Et pourquoi n'applaudit-on pas à un discours funèbre? Ça ne gênerait pas le mort  qui est sourd, et ça ferait bien plaisir à l'orateur qui ne sait que faire de ses feuilles manuscrites quand le voisin lui rend son chapeau.



samedi 28 février 2015

Journal du 28 février 1894

Antichambre de Flammarion. - Une petite femme brune, sèche, parle au petit employé qui ne sait que lui répondre.
Elle a fait, hier, l'essai de son titre sur des bourgeois, des artistes et des hommes du monde. Ils faisaient une tête! "Je ne bois que de l'eau à chaque repas, un demi-verre d'eau où il avait mis une goutte de vin blanc pour lui donner du goût."
Paul Adam lui fera un petit article. Elle n'aura pour elle ni le Figaro, ni l’Écho de Paris, ni le Gaulois. Mendès voulait la pousser dans un café pour lui faire boire des liqueurs fortes. "Il est très gentil avec moi, mais il ne peut pas me souffrir. Nous nous disons poliment des choses désagréables. Je suis peut-être bête, mais j'ai peur des bombes. Je mourrais bien tout de suite, mais avoir un bras cassé, un oeil crevé, non, je n'y tiens pas."

vendredi 27 février 2015

Journal du 27 février 1899

Qu'est-ce que la vie quand elle n'est vue que par des yeux qui ne sont pas des yeux de poètes?

Actualité culturelle

Le grand art hollandais dans un écrin
Dans son hôtel particulier, la Fondation Custodia met à l'honneur des Goltzius et des Van Gogh venus d'Amsterdam.
"Entre Goltzius et Van Gogh. Dessins et tableaux de la Fondation P. et N. de Boer", Fondation Custodia, Paris VIIe, jusqu'au 8 mars.
(Adrien Goetz,  Le Figaro, jeudi 26 février, p. 30)

jeudi 26 février 2015

mercredi 25 février 2015

Journal du 25 février 1902

J'ai habité toutes les planètes: dans aucune la vie n'est drôle.

La Poste au temps de Jules Renard 7/7

Un jour, Mallarmé s'amusa à libeller l'adresse de ses correspondants sous forme de quatrain. Aucune des adresses en vers collationnés sur l'enveloppe n’a manqué son destinataire:
Prends ta canne à bec de corbin
Vieille Poste (ou je vais t'en battre)
Et cours chez le docteur Robin
Rue, oui, de Saint-Petersbourg 4

Augusta Holmes accourue
En tant qu'un blanche parente
Des rois joueurs de harpe
Rue Juliette Flamber, 40

Arrête-toi, porteur, au son
Gémi par les violoncelles,
C'est chez Monsieur Ernest Chausson,
22 Boulevard de Courcelles.
(Stéphane Mallarmé, Vers de circonstance, Les Loisirs de la Poste.)

mardi 24 février 2015

Journal du 24 février 1891

Une signature tremblée qui a peur de dire son nom.

La Tour Eiffel au temps de Jules Renard

Après les concurrents, les détracteurs. Une pluie de sarcasmes s'est abattue contre "ce lampadaire véritablement tragique" (Léon Bloy), "ce squelette de beffroi" (Verlaine), "cette haute et maigre pyramide d'échelles de fer" (Maupassant), "ce mât de fer aux durs agrès, inachevé, confus, difforme" (François Coppée), "ce grillage infundibuliforme, ce suppositoire criblé de trous" (Huysmans) , "cette tour inutile et monstrueuse profanant le Paris des gothiques sublimes"
(Pétition signée par quarante-sept écrivains et artistes, Voir ce blog au 27 janvier 2014).

lundi 23 février 2015

Journal du 23 février 1910

Et puis, j'ai écrit la Bigote. Mme Lepic attend. Mais pourquoi m'a t-il laissé écrire la Bigote?

Actualité littéraire

Céline, d'un lecteur l'autre
Il fallait y penser: réunir dans un volume collectif les témoignages des lecteurs de Louis-Ferdinand Céline pour la plupart anonymes. C'est l'idée qu'a eu le célinien Émeric Cian-Grange en faisant appel à une centaine de volontaires, parmi lesquels David Alliot, auteur d'un Céline l'autre ("Bouquin" Laffont). La préface est d'Henri Godard, maître d’œuvre des volumes de la Pléiade consacrés à Céline, qui revient sur "un écrivain qui, tout novateur qu'il est (...) est capable de toucher quiconque, pourvu qu'il s'agisse d'un amateur de littérature". L'ouvrage paraîtra le 13 mai aux Éditions Pierre-Guillaume de Roux, sous le titre Céline's Big Band.
(Le Figaro littéraire, jeudi 19 février, p. 3)

dimanche 22 février 2015

Journal du 22 février 1904

Quarante ans! La mort n'est peut-être, pour le sage, que le passage d'une date à une autre. Il meurt, comme d'autres ont quarante ans.

samedi 21 février 2015

Journal du 21 février 1906

Maurice Kahn vient m'interviewer sur le théâtre. Musset. Je comprend pourquoi les gens célèbres affectent de ne pas aimer ce genre de visites: c'est que le visiteur ne les laisse pas parler. Il parle tout le temps. En une heure, je connais tous les goûts de M. Maurice Kahn, rédacteur en chef de Pages libres, et ceux de la jeunesse qu'il représente. Lui, il s'en va avec l'idée que je suis un homme modeste.

vendredi 20 février 2015

Journal du 20 février 1894

Les mauvais pas.
Céder sa place à une dame dans un omnibus. Et quelquefois elles vous reçoivent si mal!
- Merci, monsieur. Je ne suis pas fatiguée.
- Je vous en prie, madame.
- Non, monsieur, j'aime mieux rester debout  pour prendre l'air et regarder la campagne.
On se rassied, penaud comme quelqu'un qui s'est levé avant d'être arrivé et quand ce n'est pas son tour, comme un bon petit élève qui veut à toute force réciter sa leçon qu'il sait si bien et auquel le maître d'école dit sèchement: "Asseyez-vous!"

jeudi 19 février 2015

Journal du 19 février 1900

Poil de Carotte. Répétition. Antoine est là et fait travailler, d'abord en scène, puis au foyer, avec une intelligence qui me rend modeste au point que je n'ose pas le contredire une fois. 
- Vous êtes indispensable, lui dis-je.
- Je viendrai, dit-il, mais, quelquefois, ça m'embête. Il faut que je fasse deux métiers. 
Il joue - et c'est admirable de justesse - le rôle de Poil de Carotte sans dire une seule de mes phrases, mais il dit à "ses" femmes: - Ne touchez pas au texte. Si l'auteur a écrit ça, c'est qu'il a ses raisons.
Il me dit, comme pour s'excuser:
- Ne faites pas attention. Je leur indique là des choses de cabot.
Quand c'est fini, je le remercie avec une joie enfantine. Guitry, c'est toute la diction. Antoine toute l'action, je veux dire: le feu, la vie, le sens tout nu des phrases.