mardi 3 mai 2016

Journal du 3 mai 1893

Tout glorieux de s'être mis le monde à dos, Poil de Carotte se sauve. Il quitte sa famille. Il arrive au bois, hésite, un peu effrayé devant cette masse ténébreuse qui lui cache le ciel, l'avenir. 
- Au moins, si je suis malheureux, dit-il, j'aurai fait mon malheur moi-même.

lundi 2 mai 2016

Journal du 2 mai 1908

- Le frère de Mariette est si jaloux, dit Ragotte, que sa femme est "polcas" (n'est pas dans le cas, n'a pas la possilbilité) d'aller pisser dehors la nuit.
Quand il travaille au loin, il l'oblige à aller coucher tous les soirs, avec ses deux enfants, chez sa mère, à La Chaise. Quand il empile sur le port, on lui crie tout à coup:
- Ah! j'en vois une bonne bande!
- Où donc?
- Devant ta porte, pardié!
Il bondit comme un chat sur une pile, regarde, ne voit rien, et saute à bas sans rien dire, le coeur plein de rage.

dimanche 1 mai 2016

Journal du 1er mai 1891

Qu'est notre imagination, comparée à celle d'un enfant qui veut faire un chemin de fer avec des asperges.

vendredi 29 avril 2016

Journal du 29 avril 1890

En ce moment, le port de Barfleur est bleu d'eau de Javel, comme si un peuple de blanchisseuses venaient d'y laver le linge.

jeudi 28 avril 2016

Journal du 28 avril 1903

Décor du deux. Wolff écoute la pièce, marche d'abord, puis disparaît sans rien dire. Je ne sais plus. Il me dit plus tard qu'il a trouvé la scène longue, tant Antoine la savait peu.
Ellen Andrée pleure tout à coup et finit de jouer sa scène en pleurant.
Quelle détresse! Voilà que je mendie presque des compliments.
- Est-elle claire, la pièce? demandé-je à Wolff.
- Claire comme de l'eau de roche. Antoine aura un gros succès... Cheirel est délicieuse.
J'insiste pour qu'il ne paie pas la moitié de sa voiture, et je rentre chez moi avec la peur du désastre. 
Le soir, j'emporte mes deux actes chez Antoine, et, tandis qu'il se dénapoléonise, je lui lis la scène comme je l'ai lue à Guitry, à Brandès, et c'est le même effet. Il dit: 
- Oui, c'est ça! Çà y est! Il faudrait jouer comme vous lisez, et ce serait sûr.

mercredi 27 avril 2016

Journal du 27 avril 1900

Borneau travaille douze heures par jour et ne gagne pas cent sous. Son fils qui l'aide en gagne cinquante-cinq, mais n'a aucun goût au métier.  Sa fille, Lucie, n'a aucun goût au ménage, ce qui le désole. Pierre, son plus petit, qui est enfant de chœur et se se saoule déjà au point de se jeter, avec ses burettes, dans la soutane de M. le curé, veut être valet de chambre.
Borneau voudrait avoir une bicyclette pour aller à son travail et en revenir, mais c'est trop cher. Il ira à l'exposition à Paris, où il a deux sœurs. Il couchera chez elles, sur une paillasse, et il se promènera, toute la journée, avec un jambon sur l'épaule au bout d'un bâton. Encore un voyage qui va bien lui couter cinquante francs! Diable le pète, c'est vrai.
Il parle surtout à Philippe, et ils causent tous deux comme si je n'étais pas là. Quand il s'en va, comme il ne sait si je vais lui tendre la main, il me tourne tout de suite le dos, et je tends la main à son derrière.
Il ne lit  le Petit Parisien qu’en hiver, aux veillées. En été, il n'a pas le temps. Il travaille et il dort.

mardi 26 avril 2016

lundi 25 avril 2016

samedi 23 avril 2016

Journal du 23 avril 1892

Ce sont des écrivains qu'on ne reconnaît pas, qui n'ont pas de nez au milieu de la figure.

vendredi 22 avril 2016

Journal du 22 avril 1890

Les phrases de Villiers de Lisle-Adam: des hochets d'os où sonneraient des grelots d'or.

mercredi 20 avril 2016

Journal du 20 avril 1893

L'humide fraîcheur qui se répand par nos membres à une violente surprise, comme si tout notre sang prenait un bain froid.

mardi 19 avril 2016

Journal du 19 avril 1899

Elle se défie de son homme et ne lui dit rien de ses affaires. Elle a du bien pour plus de 80.000 francs, et il ne s'en doute pas.On lui offre d'acheter ses vignes à l'amiable: elle accepte le prix. Son notaire, qui n'a rien sur la vente, lui dit qu'elle fait une bêtise. Troublée, et n'ayant rien signé, elle reprend tranquillement sa parole.
Il faut qu'elle ait toujours dans son armoire un billet de cent francs d'avance.
Rien ne l'obligerait à déplacer son argent placé. Elle aime mieux emprunter et payer des intérêts avec ses revenus.
Venant à Paris en seconde, elle avait droit à l'express à partir de Laroche. Pas pressée, elle a préféré rester dans le train omnibus.
Plus elle amasse, et plus elle est désolée que ses enfants n'aient pas d'enfants. A qui tout ce bien va-t-il aller?
Sur le retour, elle a des éblouissements, des lourdeurs. elle va trouver son pharmacien qui lui donne une purge et lui dit que ça passera.
Elle a moins peur de mourir que de quitter son bien.
- Je n'ai pas besoin d'eux, dit-elle de ses enfants. Qu'ils tâchent de n'avoir pas besoin de moi.

lundi 18 avril 2016

Journal du 18 avril 1903

L'Aiglon. - Oui, c'est un autre monde, mais cela m'émeut à chaque instant. Rostand ne s'interdit rien, mais il en profite. Toutes les ficelles, oui, mais pour attacher tous les oiseaux, des aigles et des chardonnerets.
On a beau avoir horreur de la guerre: Victor Hugo et Rostand finissent presque par faire accepter les tueries de Napoléon.
Çà m'écrase. Et tout ce mouvement me donne envie de faire du théâtre assis.

samedi 16 avril 2016

Journal du 16 avril 1906

Maman; non, non, je ne mentirai pas. Jusqu'au bout, je dirai que ça m'est égal.
Elle vient. Marinette la fait entrer en disant:
- C'est grand-mère.
Elle m'embrasse (moi, je ne peux pas),  s'assied tout de suite avant d'en être priée. J'ai dit:
- Bonjour, maman. Ça va bien?
Pas une syllabe de plus.
Mais il n'en fallait pas plus. Elle parle toute seule. Elle dit:
- Je viens de voir Honorine pour la dernière fois. Elle s'en va. Elle ne reconnaît plus. Elle doit avoir beaucoup de fièvre. Ses petites-filles lui donnaient à boire dans une tasse sale, sale!...Ah! s'il me fallait boire dans une tasse pareille!... Ah! mes enfants, quand je serai vieille, plus bonne à rien, à votre charge, donnez-moi une pilule.
- C'est promis, dit Marinette. vous l'aurez. Allons un peu causer dans ma chambre.
Et il faut que maman se lève et la suive. Tout était réglé comme pour une froide cérémonie.
- Et toi, tu vas bien , mon Jules?
- Pas mal.
Tant mieux!
Dehors, elle embrasse Marinette et la remercie. Je suis troublé. Je ne suis pas touché. C'est la situation qui m'émeut: ce n'est pas ma mère. Ah! c'est la vieille femme à qui je ressemblerai plus tard. Cheveux gris encore ondulés, la chair s'en va. La peau se plaque, comme elle peut, sur les os qui prennent une importance!... Et il y a des croûtes sur la peau comme sur le bois qu'on ne repeint jamais.

vendredi 15 avril 2016

jeudi 14 avril 2016

Journal du 14 avril 1899

Pour un écrivain qui vient de travailler, lire, c'est monter en voiture après une marche à pied pénible.