mercredi 16 avril 2014

Journal du 16 avril 1906

Elle se voûte. Debout, je ne vois plus ses yeux terribles. Quelquefois, pourtant,  un éclair pâle monte jusqu'à moi, mais ça ne tonne plus comme autrefois.

Actualité littéraire

Nouvelles de Maupassant.
L'intégrale des 300 nouvelles et contes de Guy de Maupassant va être réunie dans un volume "Quarto" préfacé par Martine Reid. On y retrouvera un quart de siècle de création du "taureau à face humaine, couvert d'écriture", comme l'appelait Paul Morand. L'occasion de redécouvrir La Horla, l'ambition crapuleuse de Georges Duroy (Bel-Ami) ou encore la prostituée Elisabeth Rousset (Boule de suif). À paraître le 4 juin.
(Le Figaro littéraire, jeudi 10 avril 2014, p. 4.)

mardi 15 avril 2014

Journal du 15 avril 1902

Rêves rapides comme un pigeon qui passe devant une fenêtre.

La circulation à Paris au temps de Jules Renard

Paris est la ville du monde où la circulation se fait le plus mal, et où elle coûte le plus cher. c'est un scandale, et qui s'aggrave de jour en jour. Ce problème des transports urbains a été parfaitement résolu dans les grandes villes de province et dans les grandes capitales de l'Europe. Ici, c'est le contraire. On entrave la circulation, comme à plaisir, et de toutes les manières. On a beau multiplier, stupidement, les lignes de tramway et les métropolitains, il y a des jours où il est impossible aux Parisiens de se faire transporter, dans Paris, d'un point à un autre. On passe une partie de sa journée à chercher une voiture qui ne vous prend jamais, à attendre, sous le soleil ou sous la pluie, des heures et des heures, aux stations des omnibus et des tramways, à faire la queue devant les métropolitains.
(Octave Mirbeau, Le Figaro, 24 juin 1903.)

lundi 14 avril 2014

Journal du 14 avril 1903

Le naturel d'Antoine quand, au milieu d'une répétition, la concierge lui apporte à signer un reçu de lettre chargée.
- Quand on répète votre pièce après avoir joué les autres, me dit Cheirel, ça fait du bien. La nuit, je pense aux répétitions. Je vous dit ça, à vous, l'auteur. Plus ça va, et plus je l'aime, votre pièce. Si je ne la jouais pas, j'aurais un grand chagrin. 
Antoine, qui lit son rôle, dit:
- Ne vous inquiétez pas! Je fais un travail de mémoire.
Il dit de Sainte-Hélène:
- C'était prévu! Çà  n'a marché ni bien ni mal.
- Qu'est-ce que dit le public?
- Il trouve ça emmerdant, et ça l'est. C'était. C'était prévu!
Il demande au machiniste qui place les chaises pour figurer le décor s'il se fout de lui, et il appelle le souffleur "monsieur".
Signoret a justement remarqué que Capus termine ses tirades par le mot "Voilà" d'un air de dire au public: " Arrange-toi avec ça!"

dimanche 13 avril 2014

Journal du 13 avril 1895

Dans cette affaire Oscar Wilde, quelque chose de plus comique que l'indignation de toute l'Angleterre, c'est la pudibonderie de quelques français que nous connaissons bien.

vendredi 11 avril 2014

Journal du 11 avril 1902

Desprès tout émue de quitter le Théâtre Antoine, les yeux vite mouillés.
- Pourquoi n'êtes-vous pas venu? dit-elle. hier soir, le public a été gentil! D'abord, dès mon entrée, un murmure, puis des applaudissements, puis de gros rappels. Et Antoine a été gentil! ... Je ne l'avais jamais vu comme ça... Il me frôlait, de l'épaule. Il avait envie de pleurer.  Moi, je pleurais, mais, moi n'est-ce pas?  une femme... Il me disait: "Ça me fait quelque chose. Je suis triste." Il m'a emmenée souper avec deux ou trois amis, mais il aurait voulu être seul avec moi, et il me disait des choses gentilles, des vraies choses gentilles comme il faut qu'elles soient. Oh! Oh! Je suis rentrée à trois heures et ne me suis endormie qu'à six, pour garder le souvenir de cette dernière soirée. Demain, je n'y penserais plus. Quand nous nous sommes quittés il m'a dit: "Je ne jouerai plus jamais ce rôle sans vous. Signoret et Becker le joueront plus tard. Il faut laisser la pièce se reposer, mais plus jamais moi sans vous!"

jeudi 10 avril 2014

Journal du 10 avril 1889

L'horreur des bourgeois est bourgeoise.

La littérature russe au temps de Jules Renard

Voici une pépite de taille - plus de 1800 pages! - et qui n’est pas isolée. Actes sud republie, dans sa collections  Thesaurus vouée aux fleuves de mots, toute l’œuvre littéraire de Dostoïevski, en voici le second volume. Un premier est paru en septembre dernier, deux autres suivront. on peut relire dans celui-ci Les Frères Karamazov et découvrir des romans moins connus comme L'Adolescent ou Le Triton. Mais avant tout, ces rééditions témoignent d'une aventure de traduction, qui fit grand bruit dans les années 1990, lorsque André Markowicz se lança dans une entreprise titanesque: retraduire tout Dostoïevski en bousculant ses prédécesseurs qui avaient, disait-il, trop lissé et francisé l'écrivain russe. Sous le vernis,  André Markowicz mettait à nu le diamant brut des émotions, de la phrase russe, au risque de choquer. "J'essaie que chaque phrase ait de la chair", disait-il quand paraissait Les Possédés, rebaptisé par lui Les Démons. À redécouvrir.
- Dostoïevski, "Œuvres romanesques 1875-1880", trad. d' André Markowicz, Actes sud, 1865 p. -
(Éléonore Sulser, Le Temps (Genève), samedi 1er mars 2014, p.34)

mercredi 9 avril 2014

Journal du 9 avril 1890

Revu la famille Fort, madame exceptée. Georges me montrera, pour savoir ce que j'en pense, une lettre d'invitation à venir prendre une tasse de thé, une lettre en vers avec une cigale - la dame s'appelle Cigale - dans un coin à gauche. Paul fait du théâtre, mais là, très sérieusement. Il a une pièce en lecture au théâtre Montparnasse, une pièce tirée de Paul de Kock. Henry de Kock la trouve très bien et l'a invité à déjeuner. Il a déjà été refusé au Conservatoire, mais aussi il avait préparé son examen douze jours auparavant. (Pourquoi pas douze jours après?) Il est de l'école de Dupont-Vernon, meilleur professeur qu'acteur. Un homme très bien, ce Dupont-Vernon, décoré des palmes violettes, professeur dans un collège, un homme du monde, enfin. Quant à lui, Georges, il suit "la ligne tracée" par son père, et gagne 1.100 francs par an. La petite fille était en crème avec des gants rouges sang de bœuf.

mardi 8 avril 2014

lundi 7 avril 2014

Journal du 7 avril 1895

Le putois sur la maison des Perreau. Tableau de nuit. Je n'ai plus le temps de regarder tout cela, d'avoir ces impressions troublantes et qui longtemps se répercutent en moi, et me faisaient rentrer ma tête sous les draps.

Paris au temps de Jules Renard

Les jeunes américains découvrent une ville où l "on danse partout". Paris était le rêve de leur vie, leur terre promise. Pour l'atteindre, ces jeunes gens talentueux et ambitieux faisaient une longue traversée. Leur but était de renforcer leur savoir, d'exceller dans leur travail. Ils étaient américains. Cela se passe au XIXème siècle. La France était leur modèle.  A cette époque, il n'y avait pas d'école des beaux-arts en Amérique, pas de classes de dessin, peu d'expositions de peinture. Paris, réputée pour avoir le meilleur enseignement au monde, attire aussi les futurs médecin...
Le voyage à Paris, de David McCullough, traduit de l'américain par Pierre-Emmanuel Dauzat, Librairie Vuibert, 572 p.
(Jean-Marie Bastière, Le Figaro littéraire, jeudi 3 avril, p. 6)

dimanche 6 avril 2014

Journal du 6 avril 1909

Le visage de Marinette à qui on vient de passer une pièce en plomb vaut bien cent sous.

samedi 5 avril 2014

Journal du 5 avril 1894

Quelques-uns, Marcel Schwob, par exemple, aiment les écrivains étrangers quels qu'ils soient, par goût du dépaysement. Moi, je me défie d'eux, par goût de mon intérieur. Pour que je leur trouve quelque talent, il faut qu'il en aient le double. J'ai lu du Mark Twain, hier, pour la première fois. Cela me paraît fort inférieur à ce qu'écrit notre Allais; et puis, c'est trop long. Je ne supporte que l'indication d'une plaisanterie. Ne nous rasez pas! Et puis, il y a la traduction, ce crime des gens malhonnêtes qui, ne connaissant ni l'une ni l'autre langue, entreprennent avec audace de remplacer l'une par l'autre.