jeudi 30 avril 2015

Journal du 30 avril 1895

Vicaire, un Verlaine commun, dont les vers coulaient, hier, entre les bocks et les soucoupes, mous, mous.

Actualité littéraire

Fous de Rimbaud.
Une manière de mieux connaître un personnage illustre dont on sait presque tout: Rencontrer et parler à ceux qui l'adorent. C'est l'idée de Jean-Michel Djian adaptée à Rimbaud, qui a interviewé ses biographes, essayistes, maniaques passionnés... Cela donne les Rimbaldolâtres. A paraître le 27 mai chez Grasset.
(Le Figaro littéraire, jeudi 23 avril 2015, p. 5)

mercredi 29 avril 2015

Journal du 29 avril 1899

Tout de même, peu à peu je renonce à un tas de choses que je ne peux pas avoir.

Les Humanités au temps de Jules Renard

Les Humanités, depuis trente ans, ont été attaquées avec violence par des abrutis anticléricaux, pour qui le latin est condamnable comme langue d’Église, et le grec sans intérêt: "Tout ça - disait Edgar Monteil - c'est fait pour les jésuites et les sophistes." A la bonne heure! En effet, les Humanités, créant une élite, créent du même coup une aristocratie, aussi haïssable que l'autre, aux yeux des pauvres diables qui prennent le concile de Trente pour une réunion de trente curés.
Heureux Goethe, assis à la table des Grecs! Moins heureux sont les jeunes français d'aujourd'hui, que le régime de mort de la démocratie éloigne des sources vives de la civilisation, en les privant de la culture et de la sagesse antiques. N'est-il pas urgent d'examiner, sous quelques-uns de ses aspects, un des plus graves effondrements sociaux, - un des plus lourds de conséquences pour l'avenir le plus prochain, - l’effondrement de l'instruction et du haut enseignement en France et la chute de l'écrivain  dans la Cité ruinée par la démocratie.
(Léon Daudet,  les Humanités et la culture, Éditions du Capitole, 1931.)

mardi 28 avril 2015

Journal du 28 avril 1904

A Chaumot. D'abord, pourquoi je quitte Chaumot. Trois espèces de questions: administratives, religieuses, morales.
Communication plus étroite entre le maire, ses conseillers et les électeurs. Ceux-ci, au lendemain des élections, ne doivent se désintéresser de rien de ce qui se passe à la mairie. L'école doit être le centre. De bons chemins, de l'hygiène, le tout  avec économie, mais sans avarice.. Il ne s'agit pas de dire: "Notre caisse est pleine!" Il s'agit de dire: "Nous avons dépensé de l'argent, mais c'était utile."
Liberté pour tous. M. Loubet va à Rome. Il ne va pas voir le pape: il n'en empêche pas les autres. Chacun croit ce qu'il veut. Que chacun croie des choses  pas trop déraisonnables: voilà mon vœu.
La République. On lui doit d'abord le suffrage universel. Jadis on accusait les républicains d'avoir les mains sales; on les accuse  aujourd'hui de vouloir mettre tout à feu et à sang. Comme il crient: "Vive la paix universelle!" On les accuse d'être des vendus: il faudrait s'entendre. le républicain se fait une haute idée de la morale.  Il veut l'homme libre. Mettre un frein à la richesse des uns, et remédier à la pauvreté des autres.

lundi 27 avril 2015

Journal du 27 avril 1909

Le beau jeune homme, bourgeois dans le commerce, pas assez imprudent pour se faire marin. Il chasse avec un hammerless. Il a fait un faux rocher dans son jardin, une tonnelle pour dîner, l'été.
Lui aussi, il a eu une très mauvaise mère.
- Il a des tantes partout! dit Mme Alix. Il en a! Il en a...
Leur noce, la plus belle dont ils se souviennent; on n'a pas revu ça à l'église. Ils expédient des chiens de mer.
On ne peut même pas trouver la tombe d'Alix.
Barfleur ne prend plus de poisson; toutes les pieuvres le détruisent. Ils ne gagnent pas de quoi payer leur tabac.  Ils cultivaient déjà la pomme de terre; ils se sont mis au chou et au chou-fleur.D'ailleurs, Alix est mort, il n'y a plus de pêcheur comme lui.
Nouveau christ  dans le cimetière.

dimanche 26 avril 2015

Journal du 26 avril 1909

Barfleur. Une femme décoiffée par la mer.
Une alouette chante sur l'immense mer.
La première chose que j'apprends, c'est que L’Écornifleur a été apporté ici par un voyageur qui l'avait lu en Chine.
Désillusion. Mme Alix, une vieille sans intérêt, me regarde avec des petits yeux de défiance.  Elle tient à nous montrer la maison où nous habitions voilà vingts ans. Elle était mieux Elle sentait le sapin: aujourd'hui, elle sent le tapis. Elle s'est embourgeoisée. Album de cartes postales, portraits du pape, un dessin à la plume: "Dieu protège mon fiancé." De la jeune fille, on a voulu faire une dame: piano, violon, mandoline du mari, et des tapis et des tentures!... Tout ça dans l'obscurité. Mme Alix cherche qu'on lui dise qu'elle n'a pas vieilli.
Ils continuent le commerce de poisson comme en cachette.  Ils voudraient bien dire qu'ils on fait fortune, et pas trop qu'on le croie: c'est mauvais pour ce qu'il reste de commerce.
Christ partout.Rien pour moi. J'entends seulement: "Vous avez monté en grade", quand je lui dit que je suis maire.
Elle parle de son coeur.
- Mon défaut, c'est que j'ai trop de coeur. Je donne tout ce que j'ai.
Bien étonnée d'avoir si bon coeur, tout en étant si sûr d'être avare.
Suite demain.

samedi 25 avril 2015

Journal du 25 avril 1893

- Tu fais un roman. Quel est le sujet?
Bosdeveix:
- C'est un homme qui...
- Oui, je vois ça de loin, dit d'Esparbès.
Bosdeveix:
- Ça se passe à la frontière...
- Chic, alors! Parce que, tu sais, moi, mon vieux, tout ce qui  passe sur la frontière... Mais, ce qui passe en France, je m'en fous.  Moi, je ne suis pas intelligent. J'aime mieux avouer à Barrès que je n'ai pas lu ses livres que de lui dire des bêtises. Des fois, je dis à ma femme: "Hein? Crois-tu que nous n'avons pas encore eu les Renard à déjeuner!"
Bosdeveix:
- A la frontière du réel et de l'idéal.

vendredi 24 avril 2015

Journal du 24 avril 1906

Paysage. Des petits veaux qui dégringolent, comme renversés d'une boite à joujoux. Des vaches et des bœufs blancs dans un pré d'un vert pur, des toits rose au soleil couchant, un horizon bleu, des arbres qui n'ont encore qu'un duvet de feuilles.

jeudi 23 avril 2015

Journal du 23 avril 1899

Qu'est-ce qu'un critique? Un lecteur qui fait des embarras.

Jules Renard vu par la radiodiffusion française, France II

La prose est à Jules Renard ce que la musique est à Mozart: une justification totale. Il a connu autant que Mozart, la terreur d'être méconnu, de disparaître avant d'avoir trouver sa place dans le concert du monde, comme lui sans défense, n'ayant d'autre richesse et d'autre habileté , que la beauté du langage. Beauté pure, beauté nue, sans vaines couleurs, sans transpirations sentimentales, perfection qui tient lieu de toute vertu.
(Radiodiffusion française, France II-Régional, 2 mai 1958, Jules Renard par Jean de Beer.)

mercredi 22 avril 2015

Journal du 22 avril 1904

Pelletan, sa photographie. On n'aimerait pas à le rencontrer au coin de l'Europe.

Jules Renard vu par Charles Mauras

M. Jules Renard... peut être défini le contraire essentiel du poète lyrique. Et je crois qu'il méprise un peu la poésie, les poètes, leur éloquence, leurs systèmes et cette symbolique qui leur est chère. Cependant, il n'est point sans poésie lui-même. J'irai plus loin, il est poète à la manière d'un satirique très sec. M. Jules Renard exerce la profession de graveur de pierres. Il a le poinçon incisif et l'esprit simplificateur. Sa gravure est par là d'une qualité haute et rare. elle représente quelque chose de net, de sûr et de concis.
(Charles Maurras, M. Jules Renard d'après Poil de Carotte: un psychologue des états de l'imbécilité, La revue encyclopédique, 1er avril 1895.)

mardi 21 avril 2015

Journal du 21 avril 1908

J'ai une morale, mais elle est assez tortueuse. J'arrive au bien par un chemin de traverse.
Seule, Marinette en a réalisé quelque chose.

Jules Renard vu par andré Gide

Je ne crois pas avoir encore eu l'occasion de dire combien j'admire Jules Renard. Je l'admire comme s'il était mort, tant je suis étonné qu'on écrive si bien aujourd’hui. Je le relis comme un classique...
(André Gide, l'Ermitage, décembre 1901.)