vendredi 31 août 2012

Journal du 31 août 1906

Tout ce que je peux faire, c'est de raccourcir mes défauts: un accès d'humeur, de rancune, de vanité, dure moins longtemps.
Mais je crois que l'égoïsme a toujours la même longueur.

jeudi 30 août 2012

Journal du 30 août 1895

Hier, Capus, couleur de cuivre. Il vient de terminer une pièce avec Alphonse Allais. C'était dur, de faire travailler Allais deux ou trois heures par jour.
- Pour faire une pièce de théâtre, dit Capus, il ne faut que de la volonté et de l'esprit de sacrifice. En journalisme, on peut écrire une mauvaise page aujourd'hui à la condition d'en écrire une bonne demain. Dans une pièce, il faut déchirer la page mauvaise. C'était le plus dur à faire comprendre à Allais. Il était rebelle à ce principe comme aux lois de l'équilibre. Jamais je n'ai pu lui apprendre à monter à bicyclette.
Capus a hérité des dettes de Balzac. Il ne vient de Blois à Paris que pour prendre chez son concierge des feuilles de papier timbré ou des menaces de vente. Ça commence à le fatiguer tout de même.
Sur le boulevard on l'appelle Alfred: c'est donc bien un journaliste.

mercredi 29 août 2012

Journal du 29 août 1901

Le fermier  vient prendre, au pré, des nouvelles de ses bœufs. Il les regarde longuement pour que, moi qui passe sur la route, je me dise: "En voilà un qui s'y connaît".

mardi 28 août 2012

Journal du 28 août 1895

Je suis souvent mécontent de ce que j'ai écrit. Je ne le suis jamais de ce que j'écris, car, si j'en étais mécontent, je ne l'écrirais pas.

lundi 27 août 2012

Journal du 27 août 1895

Tristan Bernard, un homme audacieux, un vrai Parisien. Il a le courage de descendre de bicyclette et d'acheter un cornet de raisin chez la fruitière d'en face, et de le manger tout de suite, sur le trottoir, sous les regards des concierges du quartier.

Tristan Bernard

dimanche 26 août 2012

Journal du 26 août 1901

Promenade. A chacun de mes pas se lève un fantôme ami qui m'accompagne. Le souvenir de mon père, la blouse gonflée de vent.
Marinette paraît, et la terre est plus douce aux pieds. elle me dit que son père a failli l'appeler Solange, à cause de la fille de George Sand.
- Aimerais-tu ce nom?
- Il ne me gênerait pas, mais je préfère Marie.
Une alouette s'envole de mes pieds, de ma poche, de mon casque, ô Gaulois!
Dans cette belle nature, je voudrais être amoureux, elle, mère.

samedi 25 août 2012

Journal du 25 août 1893

Les canards se demandent quel est celui d'entre eux qu'ils verront demain, au lever du soleil, brusquement empoigné par la servante de l'hôtel, serré au cou, les ailes folles, et jeté par terre, bec ouvert, pattes raides, et ne bougeant plus, comme s'il dormait.

vendredi 24 août 2012

Journal du 24 août 1906

Promenade à Montenoison. Admirable vue, surtout au nord. Le Morvan un peu embrumé.
Les deux arcs croisés d'une voûte restent intacts. Le promeneur qui, au pied du calvaire, dit un Pater et un Ave, a droit à quarante jours d'indulgence. Est-ce que cette vue ne suffit pas comme récompense au terme de notre ascension? 
Sur cette hauteur, des arbres, un champ de blé, une vache, une chèvre. Et toujours le cimetière plein de petits orgueils: des pierres tombales énormes. Ce qu'on se fatigue pour les morts! Deux femmes en deuil viennent s'agenouiller sur une tombe.
L'église est fermée. Plaisir peureux à marcher sur les morts.
On monte avec orgueil sur une vieille muraille. Villages au pied: Noison, Arthel, Champlin, et Champallement perché sur un petit abîme. Étonnement de voir de jolies maisons et, dans un jardin, un monsieur à gilet blanc.

mercredi 22 août 2012

mardi 21 août 2012

Journal du 21 août 1905

Le comité républicain du 20 août. Pas le moindre salut au comité provisoire. Quand j'arrive, les trois hommes politiques s'installent au bureau. Quelques-uns demandent pourquoi je n'en suis pas.
M. d'Aunay. Sa petite tête de fruit confit, à cheveux blancs et à moustache noire, si ce n'est le contraire: je ne sais plus bien. Gilet blanc, chou rouge à la boutonnière. Grêle silhouette de diplomate.
Place, avec des temps, des sourires, des pauses, des reprises, un excellent discours pour le peuple, cent fois récité par cœur, où jamais une idée neuve n'est venue troubler la banalité d'un style officiel. Sur la table, des feuilles où de temps en temps il jette un coup d’œil: ça donne au discours quelque chose de neuf. Parfois, un mot dit par cœur est l'opposé de celui qu'il eût fallu. Parfois, il se reprend. "Gambetta... Waldeck-Rousseau... Le Sénat plus républicain que la Chambre...La commission dont je fais partie...Nous allons pouvoir nous occuper des questions sociales... La paix, mais la guerre... Les guerres économiques..." Succès à chaque période. Quelques ratés.

lundi 20 août 2012

Journal du 20 août 1907

La comète d'août 1907. On la voit très vite à l'est, sans doute à partir de deux heures du matin. On dirait une pâle étoile filante arrêtée comme elle tombait sur le bois Narteau et aussi une queue de billard jetée au ciel.
Avec ma lanterne, ma robe de chambre rouge, mon fichu de laine, et ma casquette sur mon bonnet de coton, n'ai-je pas l'air d'un vieil astrologue sans lunettes?
Heureusement, un nuage la recouvre. Rien de plus monotone que ces merveilles.
Tout cela ne prouve pas le diable.
A l'horizon, un peu avant le soleil, Saturne ou Jupiter se lève. Et ça vaut bien une comète.

dimanche 19 août 2012

vendredi 17 août 2012

Journal du 17 août 1905

Distribution des prix à Chitry. M. Roy, l'instituteur, un brave homme. Il chante faux comme une vieille horloge, mais il apprend aux enfants à chanter. Il ose à peine battre la mesure, mais on sent qu'il le fait avec coeur!...
Puis des gosses récitent une fable et disent ainsi le dernier vers:
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus La Fontaine.
Deux autres récitent ensemble le même morceau: on dirait deux petits ânes attelés sur le canal qui tire quelque chose. Puis discours ému pour remercier "monsieur le maire", je lui serre la main, et je parle de source, après avoir écrit mon allocution.
Livres qui sentent la colle, couronnes d'un vert de bouteille.
Il y a eu de vieux instituteurs comme M. Roy: il n'y a plus que lui.