samedi 22 mars 2014

vendredi 21 mars 2014

Journal du 21 mars 1903

Très jaloux, il n'invite pas chez lui de célibataires. Si, par malheur, il en arrive un, il déplace les couverts pour rester à côté de sa femme.

Les amis de Jules Renard

Dans le dernier envoi de  l'association "Les Amis de Jules Renard", il semble qu'une erreur se soit glissée dans la composition du conseil d'administration.
Il fallait lire: "Les Amis de Jules Renard: 
Présidents d'honneur: Mme Elisabeth Reyre, M. Jacques Perrin. 
Membres d’honneur : MM. les Professeurs Pierre Brunel et Michel Autrand, Mmes Suzette Lubrano-Renard (+), Françoise Høgsted-Renard, Arlette Chapuis.
Conseil d’administration, Membres du bureau : Président : Bruno Reyre.  Trésorier : Henri Lohou ; Trésorière adjointe : Denise Rosenstiehl.  Secrétaire : Annick Paparella
Relations avec l’action culturelle : Jean-Paul Sètre. accueil Chitry-les-Mines : Jocelyne Guérinoni-Rouzeau.


jeudi 20 mars 2014

Journal du 20 mars 1905

Ils se passionnent pour des grues ou pour des financiers de théâtre, et ils trouvent que l'âme d'un paysan, ça ne dit rien.

La société au temps de Jules Renard

Nous  préparons une société nouvelle, jusqu'au jour où tous les hommes seront libres, assez éduqués, assez conscients, pour être à la fois les spectateurs et les acteurs du grand drame social et humain, où tous les hommes vivront une vie assez libérale et assez noble pour que parfois ils puissent s'arrêter et regarder la marche de l'humanité en travail et se réjouir de cette marche harmonieuse, comme de la plus belle des oeuvres d'art, - mais celle-là, œuvre vivante, multiple, immense, qui se confondra avec l'humanité affranchie.
(Jean Jaurès, La Revue d'Art dramatique, numéro spécial, décembre 1900.)

mercredi 19 mars 2014

Journal du 19 mars 1889

Lire deux pages de L'Intelligence de Taine et aller chercher des pissenlits, voilà un rêve, et c'est ma vie pour le moment. J'assiste encore au coucher des grives, au croule des bécasses, à l'endormissement du bois. J'en deviens bête. Heureusement, deux pages de Taine me décrassent, et me voilà en pleine fantaisie, au-dessus du monde, acharné à l'étude de mon moi, de sa décomposition, de votre néant.

mardi 18 mars 2014

Journal du 18 mars 1898

Dîner chez Bernard.
- Vous avez de la famille, monsieur Capus?
- Oui, madame. J'ai une femme, si mes souvenirs sont exacts.

L'avenue Montaigne au temps de Jules Renard

On ne peut nier que l'avenue Montaigne ne soit située dans un des plus beaux quartiers de Paris, au centre des Champs-Élysées, et qu'elle ne soit aussi fort agréable à habiter, horizonnée d'un bout par les quais de la Seine et de l'autre par les jets d'eau bordés de fleurs du rond-Point. Mais elle a l'aspect disparate, composite, d'une voie tracée à la hâte, et encore inachevée.
À côté des grands hôtels ornant leurs angles arrondis de glaces sans tain, de rideaux de soie claire, de statuettes dorées, de jardinières rustiques, ce sont des logements d'ouvriers, des masures où retentissent les marteaux des charrons et des maréchaux-ferrants. Il y a là tout un reste de faubourg que les violons de Mabille animent, le soir, d'un bruit de riche ginguette. À cette époque, on voyait même dans l'avenue, et je pense qu'ils existent encore aujourd'hui, deux ou trois passages sordides, vieux souvenirs de l'ancienne allée des veuves et dont l'aspect misérable faisait un singulier contraste avec les splendeurs environnantes.
(Alphonse Daudet, Jack)

lundi 17 mars 2014

Journal du 17 mars 1891

Scène possible. L'enfant est mort. La mère et le père sont en larmes. Mais l'amant prend la main de la femme, frappe sur l'épaule du mari et dit:
- Allons, du courage! Nous en ferons un autre.

Actualité culturelle

 Van Gogh / Artaud. Le suicidé de la société


Quelques jours avant l'ouverture d'une rétrospective Van Gogh à Paris en 1947, le galeriste Pierre Loeb suggéra à Antonin Artaud (1896-1948) d'écrire un texte sur le peintre.
Prenant le contrepied de la thèse de l'aliénation, Artaud s'attacha à démontrer comment la lucidité supérieure de Van Gogh gênait les consciences ordinaires. En voulant l'empêcher d'émettre "d'insupportables vérités", ceux que sa peinture dérangeait le poussèrent au suicide.
En s'appuyant sur les catégories ou les désignations singulières mises en avant par Artaud dans Van Gogh le suicidé de la société, le parcours de l'exposition se déroule à travers une quarantaine de tableaux, un choix de dessins et de lettres de Van Gogh ainsi qu'une sélection d’œuvres graphiques du poète-dessinateur.
Lecture dans l'exposition, tous les jeudis entre 19h et 20h30, du Suicidé de la société d'Antonin Artaud par Jean-Luc Debattice, comédien.
(Musée d'Orsay, du 11 mars au 6 juillet 2014.)
Jules Renard, "aveugle à la peinture" ne serait pas allé visiter l'exposition.

dimanche 16 mars 2014

Journal du 16 mars 1897

Ce soir, première. Je n'ai pas très peur. Il faudrait de l'écroulement, mais la joie, j'en ai assez, et une désillusion brusque serait presque aussi drôle.
Ce matin, les mots de triomphe, de succès fou, me semblent quand même un peu gros. 
Granier, à la fin, avait des larmes d'argent dans la voix. 
Je m'attendais à un peu plus de lettres, à un peu plus de gentillesses dans les journaux. Cela ne m'arrive pas souvent, mais je pense à Blanche, à la vraie. si elle s'était vue hier soir, elle aurait pleurer de douces larmes. A neuf ans de distance elle m'aurait aimé, mais la vie ne permet pas ces choses-là, qui seraient les plus exquises. Le bonheur n'envoie pas des billets de théâtre à l'abandon. L'autre monde serait bien beau, s'il était seulement de ce monde-ci rectifié.

samedi 15 mars 2014

vendredi 14 mars 2014

Journal du 14 mars 1891

Il va peut-être se passer ici quelque chose de terrible. Aujourd’hui le mot de croup a été prononcé par une célébrité à lorgnon et à 40 francs la visite. Après, nous ne savons plus ce qu'il a dit. Marinette pleure, et moi je suis sorti avec une boule dans la gorge.  Nous sommes grisés de peur.
Nous écoutons le souffle, tantôt rauque, tantôt sifflant, de bébé. Les vomissements lui font du bien, et je voudrais le voir toujours vomir.
Le plus terrible, c'est qu'il est gai. Il rit, et la mort peut-être se prépare. Moi, je fais de la littérature.
Nous nous embrouillons dans le pharynx et le larynx.

jeudi 13 mars 2014

Journal du 13 mars 1895

Ce soir, au cirque, un dompteur montrait à la fois des poules, des renards et des chiens. Les renards s'avançaient amicalement vers les poules: c'était le progrès. Les poules n'avaient pas l'air trop rassuré: c'était la routine. Grâce aux chiens pacificateurs, tout allait bien: c'était la civilisation.

La bicyclette au temps de Jules Renard

Aux vélocewomen
Ce n 'est pas sans raison que nous nous adressons aux femmes qui ont adopté le sport de la bicyclette. Nous signalions récemment à nos lecteurs et aux amateurs du cyclisme le manège vélocipédique de l'Opéra, qui est le plus confortable, le plus luxueux, le mieux compris des vélodromes; situé en plein Paris, à portée de tout le monde, à deux pas de l'Opéra, 3 rue Auber, il offre de plus l'avantage d'un bon marché exceptionnel, puisque pour 20 francs à forfait, l'amateur apprend à monter sans avoir à fournir sa machine ni accessoire quelconque, dont se charge l'administration.
Ce que nous voulions dire aujourd'hui c'est que ce manège est décidément le rendez-vous de la mode et des jolies femmes; nous y avons rencontré plusieurs des amies du Courrier, et c'est un charmant spectacle que cette piste encombrée des plus jolies vélocewomen de Paris.
(Le Courrier français, n°13, 31 mars 1895, p. 8)