lundi 11 novembre 2013

Jules Renard aux enchères

Chez PIASA Drouot, le mercredi 20 novembre 2013 à 14 h.
Dispersion d'un vingtaine de manuscrits, lettres et photo de JULES RENARD.

dimanche 10 novembre 2013

Journal du 10 novembre 1897

Guitry sait raconter. Il ne raconte que ce qu'il faut, et il sait s'arrêter. S'il a du succès, il n'ajoute rien, et ne revient pas sur son histoire.
- Avec lui, dit Bernard, on n'est jamais gêné. On cause d'égal à égal. on n'a pas peur de dire tout à coup une chose qui froisse un cabot.
Jamais je n'oserai lire à cet homme-là ma petite pièce naïve et bébête.
Nous avons aussi beaucoup parlé cravates, et j'ai tout de même rougi de plaisir parce que Guitry m'a dit que la mienne n'avait pas l'air d'une cravate toute faite.

jeudi 7 novembre 2013

Journal du 7 novembre 1887

Une nature métallique, une végétation de tuyaux de poêle, des toits de zinc plus blancs que des lacs, des creux de cavernes qui sont des ouvertures de tabatières, une cité presque enfouie sous l'eau jusqu'à hauteur des cheminées de briques rouges, une noyade sous un soleil très pâle, couleur de brique lui aussi, tout un monde flottant, fantomatique, vu au travers des vitres vaporeuses par un temps de pluie.

mercredi 6 novembre 2013

Journal du 6 novembre 1902

L'arbre droit dans un bouclier d'écorce qui en fait tout le tour.

L'asperge au temps de Jules Renard

Mais mon ravissement  était devant les asperges, trempées d'outre-mer et de rose dont l'épi, finement pignoché de mauve et d'azur, se dégrade insensiblement jusqu'au pied - encore souillé pourtant du sol et de leur plant - par des irisations qui ne sont pas de la terre. Il me semblait que ces nuances célestes trahissaient les délicieuses créatures qui s'étaient amusées à se métamorphoser en légumes et qui, à travers le déguisement de leur chair comestible et ferme, laissaient apercevoir en ces couleurs naissantes d'aurore, en ces branches d'arc-en-ciel, en cette extinction de soirs bleus, cette essence précieuse que je reconnaissais encore quand, toute la nuit qui suivait un dîner où j'en avait mangé, elles jouaient, dans leurs farces poétiques et grossières comme une féerie de Shakespeare, à changer mon pot de chambre en un vase de parfum.
 (Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Première partie, Combray II)

mardi 5 novembre 2013

Journal du 5 novembre 1900

Exposition. Chrysanthèmes qui ressemblent trop à des caniches. Belles pommes qui ont des peaux humaines. Je préfère les belles porcelaines aux orfèvreries. Au moins, c'est fragile: on peut espérer que ça ne va pas durer indéfiniment.

lundi 4 novembre 2013

Journal du 4 novembre 1895

Le crapaud, et sa jambe de forçat qui a traîné le boulet à la patte.

Actualité littéraire

La vie de Stevenson
C'est lorsqu’il était enfant , dans son lit ou sa santé fragile le consignait, que Robert Louis Stevenson devint romancier. Son imagination métamorphosait en batailles de pirates les combats qu'il menait contre le mal qui lui rongeait les poumons. Plus tard, il expliquera que pour écrire des romans d'aventure, il n'est point besoin d'aller au bout du monde, que l'aventure est en soi, lorsqu'on se bat contre soi-même. Stevenson, le Pirate intérieur est une très belle biographie scénarisée par Rodolphe, l'un des biographes de l'écrivain, et dessinée par René Follet, qui fit ses premiers pas de dessinateur, en 1946, à quinze ans, en illustrant L'Ile au trésor. Les dessins aquarelles, aux accents romantiques, plongent le lecteur dans l'univers mouvementé de Stevenson, tout en racontant avec douceur et réalisme les étapes de sa vie, ses voyages en France, où il rencontra sa femme, puis en Amérique, où il alla la rejoindre, dans le pacifique enfin.
Stevenson, le Pirate intérieur, de Follet et Rodolphe, Aire libre-Dupuis, 72 p.
(Le Figaro littéraire, jeudi 31 octobre 2013, p. 7)

samedi 2 novembre 2013

Journal du 2 novembre 1887

Projet de préface. " Ma chère Maîtresse, je te dédie ces vers, d'abord parce que tu ne les liras pas, et que, d'autre part, je suis bien tranquille, car, si tu les lis, tu n'y comprendras rien. Mais je te les offre parce qu'ils sont nés sur les galets de la Manche, dans les coins de paysage de Normandie, dans une nature tapageuse parmi les dessous de bois et les buissons. Nous y sommes-nous piqués, hein! Effet bizzare; presque tous ont une allure triste. Très peu sont gais. En me les rappelant, je songe à un vol de corbeaux que j'ai vu, où, se mêlaient, ça et là, quelques alouettes effarées, et qui s'élevait au-dessus d'un parterre enchanteur et très riant de pavots rouges, de marguerites neigeuses et de belles gueules-de-loup. C'est, vois-tu, une habitude des faiseurs de vers de n'être jamais où ils sont. Si tu venais m'embrasser pendant la lecture d'un sonnet de Baudelaire, je serais capable de ne pas m'interrompre, et, si l'on m'annonçait la mort de mon père entre deux strophes d'Hugo, je dirais :"Attendez." Je me rappelle aussi les enthousiasmes. Tu as beau dire: tu admirais, mais tu ne comprenais pas. Pourtant, il était d'un grand charme pour moi, ce battement de mains tout de confiance, et rien n'est plus doux au coeur d'un homme que le ravissement de la femme qu'il aime, qui l'aime, et la mine attentive qu'elle prend à chacune de ses paroles, d'autant plus  émue et intérieurement grisée qu'elle ne sait pas ce qu'il lui dit.
Ton adoré.
P.S. Tu sais que je me marie."

vendredi 1 novembre 2013

Journal du 1er novembre 1901

Fantec. Quand il y a "bâtard" dans Regnard, il met "parent".
Regnard parmi les classiques, Theuriet parmi les modernes.
Il m'apporte un témoignage de satisfaction.
- Je ne sais pas pourquoi on m'a donné ça, dit-il.
Il traduit Jupiter regens par "le commandant Jupiter". C'est son élégance à lui.
Il ne sait pas encore se servir du mot "camarade". Il dit:
- J'ai demandé à un petit garçon.

jeudi 31 octobre 2013