jeudi 13 juin 2013

Actualité littéraire

Vient de paraître :
Fernand Gregh,  Mon amitié avec Marcel Proust, souvenirs et lettres inédites, 159 p. Grasset, imprimé par la Nouvelle Imprimerie Laballery en avril 2013.
" Du jour où je l'ai connu jusqu'à celui de sa mort prématurée, j'ai été l'ami de Marcel Proust. Dans notre première jeunesse, lui demeurent boulevard Malesherbes, moi boulevard Haussmann , nous nous sommes vus souvent deux fois par jour. Ensuite la vie nous fit espacer nos relations sans jamais les interrompre. Et j'étais, la nuit, de sa mort, devant son corps à peine refroidi, à côté de son cher Reynaldo Hahn..."

mercredi 12 juin 2013

Journal du 12 juin 1897

La tristesse de ce moulin inhabité! L'écriteau que, d'abord, de la route, on essayait de lire, et que plus personne ne lit! Les portes fermées, l'herbe qui pousse dans la cour, plus de pigeons sur le toit. Mais, venue la nuit, la rivière fait du bruit: c'est la roue du moulin qui se met à tourner toute seule, au clair de lune.

Actualité littéraire

Les Enthoven et Proust
Le 29 août prochain, chez Plon, Jean-Paul Enthoven et son philosophe de fils, Raphaël, publieront ensemble un Dictionnaire amoureux de Proust. D' "A" comme Agonie à "Z" comme Zinedine de Guermantes, de "Kabbale" à "asperge", de "datura" à "rhinogoménol", ils ont choisi de sortir des sentiers battus balisés du proustisme pour mettre en avant des "bizarreries", des "curiosa" inédites. Une démarche qui se veut aussi savante que divertissante.
(Le Figaro littéraire, jeudi 6 juin 2013, p. 3.)

mardi 11 juin 2013

Journal du 11 juin 1901

La vache. On lui a enlevé son veau, ce soir, pour le donner à Raymond qui l'élèvera. Que va faire cette bonne mère que ne se lassait pas de lécher son petit tout gluant, plutôt par gourmandise, sans doute, que par maternité?
Quand elle rentre à l'écurie, j'attends presque une crise. Elle flaire la paille où le veau était couché et meugle doucement. Elle mange un peu de paille, qui a l'odeur du veau.
Mais la porte du râtelier s'ouvre. Bien qu'elle sorte du pré, elle mange avec avidité le foin que lui donne Philippe. Elle appelle encore le veau, mais elle se laisse traire par Ragotte. On lui donne du pain, qu'elle avale.
Dans deux jours, elle ne se rappellera de rien. Ses sentiments de mère, si profonds en apparence, auront disparu. 
On entend déjà plus rien.

lundi 10 juin 2013

Journal du 10 juin 1905

Marinette s'accoude à la rampe du petit pont..
- Oh! le joli balcon! dit-elle.
Par le ruisseau, un flot de soleil couchant semble venir à nous. Il y a, de chaque côté de mystérieuse grottes faites de racines et de branches. Le ruisseau passe entre ces vertes demeures comme une rue dans un village.

Actualité littéraire

Une bière glacée
Henri Raczymow vient d'inventer un genre littéraire: l'essai hyperdocumenté qui ne le montre pas. la monographie pointue écrite de chic. L'essai littéraire mégaprécis balancé à la cool.
Le document supersérieux livré comme une impro. C'est qu'il a fallu tout lire, tout étudier, pour obtenir cette synthèse - au style superbement paresseux - sur les derniers jours de Marcel Proust. Aucune note de bas de page vient parasiter le récit. [...] Les souvenirs sont là, inscrits pour toujours. Proust va nous laisser seuls avec eux. Sans toucher à sa bière glacée, il est parti retrouver le Temps.
Notre cher Marcel est mort ce soir, Henri Raczymow, Denoël, 115 p., 14, 50 €.
Achevé d'imprimer par la Nouvelle Imprimerie Laballery à Clamecy le 26 mars 2013.
(Yann Moix, Le Figaro littéraire, jeudi 6 juin 2013, p. 1.)

dimanche 9 juin 2013

Journal du 9 juin 1893

C'est gentil, cette nuque découverte des femmes. Quelques-unes ont même de petits poils dessus.

samedi 8 juin 2013

Journal du 8 juin 1904

Maman redevient une petite fille. Elle aime qu'on la gronde, et elle gémit, d'une voix d'enfant qui parle à peine.

vendredi 7 juin 2013

Journal du 7 juin 1902

Tristan admire l'intelligence de Schwob. Lui, intelligent, est-ce bien sûr?
Le talent de Schwob, c'est une mixture de vins, ce n'est pas un vin. Je me moque de cette intelligence. Tous ses contes, il les a empruntés.
Il a traduit Hamlet et Francesca de Rimini. Il a un style de traducteur exact.
Pas d'esprit. La préoccupation de savoir des choses que personne ne sait. La mauvaise humeur d'un artiste qui n'a jamais rien trouvé tout seul. Une affectation à ne lire que le livre qui est sale et vieux. 
Une âme et un esprit de vieille femme. 
Un homme à vous dire:" Êtes-vous content d'avoir sur moi la supériorité de m'avoir prêté cent sous?"
Il me ferait regretter de n'avoir pas été antisémite.

jeudi 6 juin 2013

Journal du 6 juin 1908

À Chaumot.
- Et vos choux, Philippe?
- Oh! ce n'est pas une année de choux.
- Pourquoi?
- Les pucerons et les boeufs les ont mangés.
- On fait la chasse aux bœufs et aux pucerons.
- Ils reviennent. Ce n'est pas une année de choux. Personne n'en a.
- Arrosez!
- Quand on a arrosé une fois, il faut continuer. On n'en finirait pas.
- Qu'est-ce qu'à donc la vache?
- Elle breuille.
- J'entends bien. Mais pourquoi?
- Elle s'ennuie. J'ai vendu son veau hier.
- Que de chenilles, Philippe!
- Jamais je n'en ai tant vu.
- Vous les épargnez pour les oiseaux?
- Ma foi, j'ai souvent vu deux oiseaux entrer là et en sortir. Je n'ai pas encore pu trouver leur nid.
- Ils vont se régaler de vos chenilles. Regardez donc! Votre clou a fait éclater le plâtre.
- Ce n'est rien. Nous, nous le voyons parce que nous le savons, mais ceux qui ne sont pas prévenus...
- Y aura-t-il des prunes cette année?
- Il y aura bien des fleurs, mais je n'ai pas regardé si elles ont donné du fruit.

mardi 4 juin 2013

Journal du 4 juin 1898

Chez Capus, à Blois. À chaque croisement de route, il lâche les guides de sa petite jument blanche, Bichette. Elle prend la route de l'écurie. Brusquement, il lui donne une première désillusion.
- Je n'aime pas les paysages qui me dominent, dit-il.
Il a gagné près de 100.000 francs cette année, et ne sait ce qu'ils sont devenus. Il a besoin d'avoir autour de lui des gens dont la vie dépend de la sienne.
- Dans une pièce de théâtre, dit-il, rien de plus inutile qu'une phrase bien faite.
Il n'admire Victor Hugo que comme un professionnel qui n'a jamais hésité devant le mot à trouver.

lundi 3 juin 2013

Journal du 3 juin 1907

M. Roy, mon instituteur, n'a jamais eu de récompenses. Toujours en retard (ce n'est même pas par injustice: c'est la faute des circonstances) pour passer d'une classe à une autre. Il n'a obtenu qu'une lettre de félicitations, grâce à moi. Il ne sait pas qu'être officier d'Académie et avoir les palmes c'est la même chose. Je le fais rougir en lui disant que je lui ferai obtenir les palmes dès que ses chefs lui auront fait obtenir les récompenses qui précèdent: médaille de bronze, je crois.
Sa modestie fait honte à la mienne. Je lui dis trop: "Je déjeunais l'autre jour avec Barthou... Je causais avec Barthou..."
Très sincèrement peiné par l'attitude des jeunes fonctionnaires qui ne savent pas rester dans leur rôle.

samedi 1 juin 2013

Journal du 1er juin 195

Pauvres gens! Il faut savoir les prendre comme des gamins, les pucer de leurs petits mensonges et de leurs hypocrisies, moucher leur nez qui pleure sans savoir pourquoi, et fermer d'une caresse leur bouche qui veut mordre, leur dire: " Parlez! Expliquez-vous!"