mardi 14 juin 2016

Journal du 9 juin 1902

Opéra. La Walkyrie. C'est l'ennui, le carton et la niaiserie du feu de Bengale: un Quatorze juillet à Chaumot. Pas une minute d'émotion, de vraie beauté. Seule, la chevauchée - les Montagnes Russes - dans l'orage, m'amuse. Et ils sont avares.
Que puis-je penser d'une œuvre qui ne touche pas un homme sensible de trente-huit ans? C'est bien la peine de passer sa vie à chercher des impressions vraies, à exprimer des sentiments qui aient le goût de la vérité, avec des mots exacts,  si le bric-à-brac poétique est de la beauté! Ce qui est beau, ridiculement beau, c'est l'Opéra. C'est officiel, ministériel. C'est une espèce de grand café où se donnent rendez-bous les décolletages et les diamants, et des sourds qui veulent faire croire qu'ils entendent.
Un vieux monsieur se plaint qu'on fasse trop de bruit dans les coulisses - on arrête l'orage - et, deux minutes après, il s'endort. C'était donc pour ça! je ne connais rien de plus lâche, de plus dégradant, que ce snobisme.
Ah! vous pouvez, Delmas - oh! cette petite bouche, et cette mèche de cheveux dans l’œil gauche! - Bréval, belle dans votre armure de poisson comme un beau poisson d’argent, vous pouvez chanter: les lorgnettes ne vous regardent pas.
D'ailleurs, on triche. On ne vient qu'au 2e acte, et même qu'au dernier.  Pourquoi si c'est beau? Et puis, ça fait mal aux oreilles. L'un d'eux, qui doit relever d'une otite, a une bande de taffetas sur l'oreille.
- Il a pris ses précautions, dit Guitry, mais il a tort:  ce qui lui entrera par une oreille ne peut sortir par l'autre.
Et que de mollets dès l'entrée! Tous ces larbins qui nous feraient croire que c'est le palais des dieux! Et jamais un contribuable ne se lève pour dire: "Rendez-moi mon argent!"

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