samedi 4 juin 2016

Journal du 4 juin 1895

Tristan Bernard. Son premier soin, en arrivant à l'hôtel, est de demander s'il y a une dépêche pour lui, quoique personne ne sache son adresse. A table, il fait venir un de ces petits commissionnaires belges qui ont des blouses blanches de maçon, et lui donne un mot: "Prière de remettre au porteur toutes les dépêches et lettres adressées à M. Paul Bernard."
- Vous attendez quelque chose?
- Moi? Rien.
Il s'achète une éponge et une petite terrine à fond vert pour se laver la barbe et le reste, et il finit par se laver dans la cuvette de l'hôtel.
Nous cherchons des ressemblances, et nous avons déjà trouvé le père de Paul Hervieu, quand je dis:
- Tiens? sur l'autre trottoir, Alphonse Allais.
Et Alphonse Allais lui-même se retourne et lève les bras au ciel. Il nous invite à déjeuner. Comme le le garçon lui offre des pommes nouvelles:
- Il n'y a rien de nouveu sous le soleil, dit Allais.
Les demis de bière, on les appelle des gendarmes.
Léon Hamelle a déjà mangé un homard, plusieurs tranches de rosbif ; il demande des oeufs durs au garçon qui revient en disant:
- Monsieur, le buffet froid est fermé, et le chef est parti.
La nuit, et le matin de bonne heure, dans les rues, attelages de chiens qui font croire qu'un peuple de nains prend possession de la cité, vit et travaille pendant que dort la race des géants.
Bruxelles, c'est une capitale de province. Les bicyclettes y ont encore des trompes.

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