mardi 28 juin 2016

Journal du 28 juin 1897

En somme, cette mort a ajouté à mon orgueil.
Le 21 juin, à une heure, on sort le cercueil par le jardin pour que maman et ma soeur n'entendent rien.  Des gens attendent sur la route. La plupart ont l'immortelle rouge à la boutonnière. M. Hérisson est là. Je dis: 
- Nous vous remercions spécialement d'avoir bien voulu venir. 
Je sors dans la rue. Je crois que tout le monde me regarde, qu'après mon père c'est moi le plus important de la cérémonie, et qu'il faut faire une figure. Je la sens dure.
On s'ébranle. Les dix conseillers municipaux se relaient pour porter le cercueil. Contre son bois on entend, à chaque pas, battre les poignées de métal.
On passe devant la mairie et devant l'église. Le soleil nous chauffe la tête. Par toutes les routes il arrive du monde en retard.  Dans une voiture, le père Rigaud, maire de Marigny, âgé de 84 ans, et son fils qui  a l'air plus vieux que lui.
Le cimetière. la fosse est là, dans un coin, près de la route.

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