samedi 18 juin 2016

Journal du 18 juin 1907

Le maréchal pose, tout seul, une barrière à un nouveau pré du comte. Il dit que le métier se perd parce qu'aujourd'hui on fabrique tout, même les fers à cheval. Il n'y a plus que la pose qui occupe le maréchal. 
Fier de pouvoir travailler en plein air, la poitrine nue.  Il rit comme un nègre. Sa femme lui apporte dans un panier la soupe du soir.  les journées sont si longues qu'il peut travailler à sa barrière jusqu'à huit heures.
Ils sont mariés depuis peu. Ils forment un couple vigoureux. Pourtant, elle a déjà l'ait triste. 
- C'est agréable, dis-je, d'avoir une petite femme qui vient vous voir comme ça pendant votre travail.
- N'est-ce pas, monsieur Renard?
- Vous avez bien fait de la prendre. Bonsoir, les amoureux.
Je m'imagine qu'il vont se coucher là, dans l'herbe, et se caresser après la soupe.
Je m'éloigne, mais comme je marche lentement, une femme me dépasse: c'est la jeune mariée. Elle n'est pas restée près de lui. Elle a laissé le panier. On dit que ses parents l'ont forcée à ce mariage et qu'elle aurait mieux aimé en épouser un autre.

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