mardi 15 mars 2016

Journal du 15 mars 1898

Le Pain de ménage. Au Figaro. Veber, ce soir:
- Eh bien, Renard, avez-vous digéré votre succès?
- Et vous? lui dis-je.
Hervieu préfère le Plaisir de rompre. Çà a été un succès aussi délicieux à la répétition générale, moins l'étonnement. Dès les premières phrases, je suis tranquille. Je ne suis plus auteur, et je me laisse charmer, et j'applaudis comme le public, qui accompagne la pièce comme s'il l'avait écrite. Brandès et Guitry me disent: 
- Nous avons dû  les calmer d'autorité; sans quoi, nous n'aurions pas pu dire une phrase.
Trois ou quatre rappels à le fin, et mon nom tombant comme une mare à grenouilles charmantes.
Me voilà bien! Sans ce nouveau succès, j'aurais peut-être fait cinq actes passables. Maintenant, tout m'est interdit, excepté le merveilleux.
Le soir, je rejoins Guitry qui dîne avec Noblet chez Joseph, restaurateur de la rue Marivaux. Ce Joseph découpe un canard comme s'il jouait du violon, et nous sert une fine, si chère qu'il ne peut pas la vendre et préfère l'offrir à ses amis.
Tout de même je n'ai même pas osé embrasser Brandès.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

En publiant un commentaire sur Jules Renard, vous vous engagez à rester courtois. Tout le monde peut commenter. Les commentaires sont publiés après modération (Pas de langage SMS), Merci.