mercredi 26 novembre 2014

Tristan Bernard au temps de Jules Renard

Jeudi 20 décembre.- L'été dernier, en chemin de fer, Bernard est pris à partie, par un voyageur, dans un compartiment de 2e classe, où se trouvait également une dame, pour s'être mis à fumer une énorme pipe. Mutisme de Bernard sous les reproches. Le voyageur ne s'en échauffe que mieux, menaçant Bernard du chef de gare de la prochaine station. On y arrive, le chef est appelé, le voyageur lui explique l'inconvenance de Tristan Bernard: pas compartiment de fumeurs, pas demandé permission, etc. Là-dessus:   "Demandez donc d'abord à cette dame comment il se fait qu'elle voyage en seconde classe avec un billet de troisième", dit Bernard au chef de gare. Celui-ci oublie l'histoire de la pipe, ne voit plus que l'intérêt de la compagnie, demande son billet à la dame, billet de troisième, en effet, et la prie de descendre. 
Le train repart. Tristan Bernard seul maintenant avec le voyageur. Celui-ci se met à ne pas le féliciter de sa goujaterie: avoir ainsi procuré un affront à cette femme..." Et d'ailleurs, lui dit-il, comment avez-vous pu savoir que cette dame voyageait avec un billet de troisième?... - Parce que, répond placidement Tristan Bernard, parce qu'il était de la même couleur que le mien." Il parait que le voyageur a été "tué".
(Paul Léautaud, Journal littéraire, jeudi 20 décembre 1906.)

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