vendredi 7 novembre 2014

Les mouches au temps de Jules Renard

Mardi 11 février. -Voici de bien traits de l'amour des bêtes. Vallette et Rachilde n'ont pas seulement comme animaux la chatte qu'ils ont sauvée de l'eau il y a deux ou trois ans. Rachilde élève également sur des branches de mimosa deux coccinelles. Mlle Vallette a un escargot. Ils ont encore, dans leur salle à manger, une simple mouche fort bien apprivoisée, que les fenêtres ouvertes ne font pas du tout partir, qui vient manger dans leurs mains. Que de choses mystérieuses cela évoque. une simple mouche, s’apprivoiser ainsi, rester ainsi à demeure, venir ainsi manger tout comme une bête domestique. Nous le disions ensemble ce matin, Vallette et moi. À connaître ces choses, on arrive à ne plus oser marcher, de peur de tuer quelque chose. Je lui disais qu'à la campagne, j'ai vu quelquefois la route barrée d'un large ruban de fourmis qui traversaient, prenant mes précautions pour n'en écraser aucune.  De même pour les limaces, dans les sentiers des prés. Hélas! les voitures, les paysans?
(Paul Léautaud,  Journal littéraire, mardi 11 février 1908.)

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