mardi 26 août 2014

Journal du 26 août 1904

Je n'ai jamais vu un homme plus laid, me dit Marinette.
Il me demande pardon de se présenter dans cet état.
- Je suis couvert de mouches, dit-il.
Comme deux ou trois volent autour de lui, je crois qu'il a une maladie qui les attire; à la fin, j'ai compris qu'il s'agit de vésicatoires. Il m'expose son cas, et tout à coup, baisse la tête avec une affreuse grimace. Va-t-il se trouver mal? 
Mais il a des douleurs, la moitié du visage paralysée, et il faut que ça passe. Quand c'est passé, il reprend la parole.  Il parle correctement. On voit qu'il n'a pas toujours été comme il est.
Il me raconte une histoire de bureau de tabac.
Blessé en 70 à la jambe gauche. Dans une petite boîte en carton il a l'éclat d'obus et les drains de caoutchouc qu'on lui a mis à sa blessure. Demeure à Saint-Martin. Vient quelquefois à Chitry, chez sa sœur Marie-Louise, ancienne servante de curé, naturellement, qui lui fait bien sentir sa férule. 
Il avait une recette de buraliste. Il a dû donné sa démission, victime d'un banquier qui s'amusait avec une directrice des postes, jolie fille. Les yeux du bonhomme clignent de gloutonnerie.

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