mercredi 5 février 2014

Journal du 5 févier 1902

J'ai en horreur le critique esclave de son esprit indépendant qui, après avoir fait l'éloge d'un premier livre, se croit obligé d'éreinter le second et réserve à ses amis ses meilleures rosseries.
Je serai, non pas méchant, mais partial. Je dirai mon goût à moi, qui est bien le plus faillible que je connaisse. Aucune théorie, pas de système. Le bon livre est celui qui me plaît. Arrangez-vous!
Cependant, je déclare que j'ai un point de vue moral: la propreté d'âme , et un point de vue littéraire: la propreté du style. 
J'ai encore, mais j'y tiens moins, un point de vue social. Je parlerai avec plaisir des livres à la portée du peuple. Il aime la lecture beaucoup plus qu'on ne croit. Je consulterai souvent Philippe.
La sympathie a ses droits. Il est certain qu'un livre de Capus ou de Bernard me déplairait difficilement.
Je lirai, non pour faire de la critique, mais pour ma joie. Si j'arrive à m'imaginer que quatre lignes de moi puissent faire vendre cent exemplaires d'un livre, j'écrirai vingt lignes sans paresse. 
Je citerai souvent. Je dirai: c'est bien, ou: c'est mal, sans souci d'expliquer pourquoi, d'abord, parce que ça allonge inutilement, et puis, parce que, plus d'une fois, je ne le saurai pas.
Il faudra avoir confiance: c'est obligatoire.

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