mercredi 19 février 2014

Journal du 19 février 1907

Voyage à Chaumot. Une nature trempée. Ils ont tous des figures rouges, le sang à la tête. Ils se chauffent les uns chez les autres.
Les doigts de Philippe tremblent quand il touche une feuille de papier. Je voulais toujours lui parler doucement, mais il faut que je lui parle haut, parce qu'il devient sourd. J'ai l'air en colère.
Il fait si froid qu'il ne sent pas mauvais. Il entre un tel froid par la cheminée qu'il a la barbe toute gelée.
Dans le jardin, le poireau indomptable ne gèle jamais.
L'eau du puits est la seule qui ne gèle pas.
L'arbre qui n'a qu'un pied dans la tombe.
Un peuplier se balance comme une grande perche.
La pie, corbeau qui passe en demi-deuil.
On ne sait jamais comment ils feraient pour élever leurs enfants si la mort ne les aidait pas.
Ils ont du goût quand on va les voir entre deux trains. Ils sont près de la nature, aussi près du sol que leurs bêtes. Ils ont une vie silencieuse de poireaux, et on s'étonne qu'ils ne gèlent pas.

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