mardi 10 décembre 2013

Journal du 10 décembre 1890

Vu, ce matin, Alphonse Daudet. Bonnetain était là. Daudet s'est levé, m'a regardé à la lumière et m'a dit: "Je reconnais Poil de Carotte." Un belle tête, bien telle qu'on la voit aux vitrines, la barbe salée un peu. Un méridional très adouci, vieux, déjà estropié, marchant à l'aide d'une canne terminée par un bout de caoutchouc. Il me fait de grands compliments. Je ne sais de quelle manière lui répondre. Faut-il dire "Monsieur" ou "cher Maître"? Il nous parle un peu de tout, sans esprit, mais largement, sainement. Il dit que les protestations de Renan ont fait mal à l'estomac de Goncourt.  Il nous parle de Brinn'Gaubast qui a été professeur de Lucien, son fils, et de la vilaine histoire du manuscrit, volé, des Lettres de mon moulin. Daudet disait à Brinn'Gaubast: "Vous, vous feriez le coup de la lutte pour la vie: vous assassineriez pour trois francs. 
Il dit:
- La première, l'unique fois que je voulus jouer du biniou, c'était devant mes cousines, et je fis un gros pet; oui, en voulant enfler ma pauvre joue,  je fis un énorme pet. C'est à cette piteuse aventure que me font penser les jeunes littérateurs d'aujourd'hui.

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