mercredi 9 mai 2012

L'homme ligoté

Suite du blog du 4 mai.
Il [Jules Renard] a derrière lui des générations de mutisme; sa mère parlait par courtes phrases paysannes, pleines et rares. Son père était un de ces originaux de village, dont fut aussi mon grand-père paternel qui, déçu par son contrat de mariage, n'adressa pas trois mots à ma grand'mère en quarante cinq ans et qu'elle appelait "mon pensionnaire". Il a passé son enfance au milieu de paysans qui, chacun à sa manière, proclamaient l'inutilité de la parole.
"Rentré chez lui, écrit-il, le paysan n'a guère plus de mouvement que l'aï et le tardigrade. Il aime les ténèbres, non seulement par économie, mais aussi par goût. Ses yeux brûlés se reposent."
Voyez le portrait du père Bulot. Une nouvelle servante se présente:
"le premier jour elle demanda:
- Qu'est-ce que je vas donc faire cuire, pour votre goûter?
- Je te l'ai dit: une soupe aux pommes de terre.
Alors elle comprit et elle fit désormais chaque jour, de son propre mouvement, sa soupe aux pommes de terre."
(Jean-Paul Sartre, situations I, Gallimard, 1947).

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

En publiant un commentaire sur Jules Renard, vous vous engagez à rester courtois. Tout le monde peut commenter. Les commentaires sont publiés après modération (Pas de langage SMS), Merci.