vendredi 4 mai 2012

L'homme ligoté

Notes sur le Journal de Jules Renard. Extrait.
Il a créé la littérature du silence. On sait quelle fortune elle a connue depuis. Nous avons eu le théâtre  du silence, et aussi ces énormes consommations de mots qu'étaient les poèmes surréalistes: le rideau des mots s'enflammait; derrière ce voile en feu, il était permis d'entrevoir une grande présence muette: L'Esprit.
Aujourd'hui Blanchot s'efforce de construire de singulières machines de précision - qu'on pourrait nommer des "silencieux" comme ces pistolets qui lâchent leurs balles sans faire de bruit - où les mots sont soigneusement choisis pour s'annuler entre eux et qui ressemblent à ces opérations algébriques compliquées, dont le résultat doit être zéro. 
Formes exquises du terrorisme. Mais Jules Renard n'est pas terroriste. Il ne vise pas à conquérir un silence inconnu par delà la parole; son but n'est pas d'inventer le silence. Le silence, il s'imagine le posséder d'abord. Il est en lui, il est lui. C'est une chose. Il ne s'agit plus que de le fixer sur le papier, que de le copier avec des mots. C'est un réalisme du silence.
(Jean-Paul Sartre, Situations I, Gallimard, 1947).

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