lundi 30 juin 2014

Journal du 30 juin 1892

Qu'est-ce que ça prouve, le succès? Faut-il donner les noms des hommes incompris, des pièces tombées, des livres dédaignés? 
- Et puis, vous aurez peut-être du  talent, un jour.

Intermède

Nous sommes une société où tout le monde prétend agir à son corps défendant, des médiocres, nous sommes d'autant plus médiocres que nous refusons d'être responsables de notre médiocrité.
(Henri Lhéritier,  Moi et Diderot (et Sophie), p. 138,  Éditions Trabucaire, 2013.)

dimanche 29 juin 2014

samedi 28 juin 2014

Journal du 28 juin 1897

En somme cette mort a ajouté à mon orgueil.
Le 21 juin, à une heure, on sort le cercueil par le jardin pour que maman et ma sœur n'entendent rien. Des gens attendent sur la route. La plupart ont l'immortelle rouge à la boutonnière. M. Hérisson est là. Je dis:
- Nous vous remercions spécialement d'avoir bien voulu venir.
Je sors dans la rue. Je crois que tout le monde me regarde, qu'après mon père c'est moi le plus important de la cérémonie, et qu'il faut faire une figure. Je la sens dure.
On s'ébranle. Les dix conseillers municipaux se relaient pour porter le cercueil. contre son bois on entend, à chaque pas, battre les poignées de métal.
On passe devant la mairie et devant l'église. Le soleil nous chauffe la tête. Par toute les routes il arrive du monde en retard. Dans une voiture, le père Rigaud, maire de Marigny, âgé de 84 ans, et son fils qui a l'air plus vieux que lui.
Le cimetière. La fosse est là, dans un coin, près de la route.
M. Billard prend la parole et lit d'une voix claire, à effets, son adieu écrit, me regarde après chaque phrase, dit "ses constitutions" au lieu de "ses concitoyens", puis tout à coup s'arrête: un feuillet s'est égaré. Long silence, un peu de malice dans l'air. Il improvise ou récite la fin. M. Hérisson lui succède, et, très ému, dit trois mots. Pendant tout cela, je me passe fréquemment la main sur la tête. Le soleil me fait mal.
On attend. Plus rien. Je voudrais expliquer le sens de cette mort, mais plus rien. On jette les immortelles dans la fosse. Un peu de terre s'éboule.  Pas de défilé pour nous serrer les mains. On commence à s'éloigner. Je reste là, je reste là. Ah! misérable  cabotin! Je sens que je le fais un peu exprès. Pourquoi, misérable? Tout le reste de mes sentiments n'est-il pas de moi, comme ma tristesse?
Tous ces gens avait l'air peu rassuré de prendre, par décence, part à cette cérémonie sans prêtre. C'est sans doute le premier enterrement civil de Chitry.

vendredi 27 juin 2014

Journal du 27 juin 1890

Ah! notre vanité! Je lis, dans le Roquet, mon article, L'Art pour l'argent, émasculé de belle manière. Il m'a semblé toute la matinée qu'on me donnait des coups de canifs en pleine chair.

L'alimentation au temps de Jules Renard

Un médecin, le docteur Chantemesse, avait expliqué que l'huitre donnait la fièvre typhoïde et entrainait la mort.
En ce moment, ils (les médecins) vous interdisent, le plus impérieusement du monde, toute sorte d'aliments qu'ils vous ordonnaient hier, et qu'ils vous recommanderont, a nouveau, demain. si on les écoutait, on ne pourrait plus rien manger, ni plus rien boire, ni plus rien respirer. Qui vous dit que, dans huit jours, il ne sera pas décrété par d'impeccables microbiographes que le bifteck, le gigot de mouton, le poulet, les œufs,  les épinards, les fruits, le pain lui-même, et en général tout ce qui se mange, se boit et se respire, et l'eau pure des sources, et l'air vivifiant des montagnes, que tout cela, reconnu jusqu'ici pour excellent et hygiénique, n'est plus que d'affreux poisons.
Je reverrai toujours le visage bouleversé d'un médecin qui, entrant chez moi et constatant que je mangeais des fraises, s'écria avec un profond accent d'indignation: 
- Des fraises! des fraises! Mais, malheureux, vous voulez donc vous tuer! Mais vous ne savez donc pas que les fraises, c'est du tétanos, du tétanos condensé en pilules.
Et il ajouta en apercevant, sur le buffet, la desserte de mon déjeuner:
- La salade aussi, d'ailleurs...et tout...et tout. Tout ce qui pousse dans la terre, dans ce foyer d'infection tétanique qu'est la terre.
Puis, revenant aux fraises, il me dit, sur un ton suppliant:
- Des fraises! Vous n'avez pas le droit, sapristi! Voyons, mon cher, vous avez une famille, que diable! des amis. C'est scandaleux.
(Octave Mirbeau, Le Figaro, 1er décembre 1903.)

jeudi 26 juin 2014

Journal du 26 août 1901

Quelques mots de Ponge, poète de village.
- Moi, je suis primesautier, de ma nature.
- De Calife en Sylla.
- L'épi de Damoclès.
- Oui, la lune tendre a de l'influence sur la coupe du peuplier et du chêne. Il ne faut pas les couper en lune tendre.
- Une dame qui connaît Bourget, Theuriet et Stiégler, mais qui ne vous connaît pas, m'a dit que, si j'avais besoin de ses services à Paris...

Journal du 26 juin 1894

Baïe, voyant couper les cheveux de Fantec, dit: "Oh! qu'il a la tête sale! " Elle prenait pour de la saleté les cheveux qui tombaient.

Conférence de Jules Renard

Odéon - 1er décembre 1909.
Comme les feuilles de Giacosa. On a également remis à la scène le Saint-Genest de Rotrou; Charles VII chez ses grands vassaux de Dumas père et Turcaret de Lesage. Les Conférences du jeudi ont été faites par Bernardin, Léon Blum, Abel Bonnard, Ernest Charles, d'Esparbès, Ledrain, Nozière, Jules Renard et Jean Richepin.
(André Antoine, Le Théâtre, T.I. Les Éditions de France)

mercredi 25 juin 2014

Journal du 25 juin 1890

Cette nuit, on entendait les trompes des brêmiers rentrant au port gémir et jeter leurs rauques avertissements dans la brume. On aurait dit le cor d'Hernani, ou plutôt des taureaux apocalyptiques beuglant la fin du monde.

lundi 23 juin 2014

Journal du 23 juin 1889

Le soleil pareil à un balancier immobilisé.

Le bac au temps (ou presque) de Jules Renard

A 37 ans, Julie-Victoire Daublé vient d'entrer dans l'histoire. La voici...bachelier, comme on dira encore pendant des décennies. La première française  à décrocher un diplôme de l'enseignement supérieur. Dans le "Salut public" du 23 août 1861, Francisque Bouillier, salue l'exploit avec emphase: "Aujourd'hui, par son exemple, elle ouvre une voie nouvelle aux femmes, plus nombreuses qu'on ne le pense, qui, comme elle, ont reçu en partage la force de la volonté et les dons de l'intelligence."
(Charles de Saint-Sauveur, Aujourd’hui en France, samedi 21 juin 2014, p. 33)

dimanche 22 juin 2014

Journal du 22 juin 1894

Décidément, ce qui m'empêche d'admirer Barrès comme il faudrait, c'est qu'il n'a que quelques années de plus que moi.