Affichage des articles dont le libellé est Lucien Descaves. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Lucien Descaves. Afficher tous les articles

dimanche 31 mai 2015

Journal du 31 mai 1908

J'ai visité l’abbaye de Valoires et la chartreuse de Neuville. C'est tout ce que je peux faire pour Huysmans. 
A Abbeville, sur le ponr:
-Qu'est-ce que c'est que çà? dis-je.
- De l'eau, répond Descaves.
On me présente un peintre, un sculpteur, un architecte, dont, les saluts échangés, je ne sais déjà plus les noms.
Descaves me montre une dictée de son fils. C'est du Jules Renard: la Louée. Le petit Descaves dit: "Oh! du Jules Renard, ce n'est pas difficile: personne ne fait de fautes." 
Abbeville, le matin: un jolie jardin autour du musée, une place qui doit être terrible par une après-midi d'août, des cloches qui exagèrent et qui ont l'air de jouer une polka. Ces messieurs parlent des vieilles maisons en connaisseurs.

vendredi 28 juin 2013

Résultat de la vente Jules Renard

Jules Renard n'a pas la cote.
Mieux vaut posséder des lettres de Marcel Proust que de Jules Renard. Une lettre de Proust estimée 8.000 € a été adjugée 34.000 €. Une autre estimée 15.000 €, adjugée 40.000 €.
Voici le résultat de la vente de manuscrits de Jules Renard chez Me Ader jeudi 27 juin:
- 2 lettres à Alphonse Labitte estimées 400/500 adjugées 300 €
- 5 lettres à Alfred Vallette estimées 1000/1200 adjugées  1000 €
- Page du Journal estimée 1500/2000 adjugée 3000 € (1)
- 1 lettre à Lucien Descaves estimée 400/500 adjugée 280 €
- 9 lettres à Louis Paillard estimées 1000/1200 € adjugées 1000 €
- 2 lettres à Rosa Bruck estimées 400/500 adjugées 350 €
- 2 lettres au directeur de  La Flèche estimées 200/300 adjugées 200 €
- 2 lettres à Henri Beaulieu estimées 400/500 adjugées  350 €
- 1 lettre à Jules Lévy estimée 150/200 adjugée 200 €
- 1 lettre à Jules Bois estimée 150/200 adjugée 100 €
- 1 lettre à X. estimée 200/300 adjugée 180 €
- 1 lettre à Paul Fort estimée 400/500 adjugée 350 €

(1) Ce document mis à prix à 1200 € avait atteint poussivement 2000 €. Alors que le commissaire priseur allait adjuger 2000 €, une représentante d'un organisme publique présente au fond de la salle annonça 3000 €. (50% au dessus de la précédente enchère). Le commissaire priseur, bouche bée, faillit, de surprise, en avaler son marteau déjà levé. Médusé, il adjugea 3000 € un lot qui aurait dû à peine dépasser 2000 €. Jackpot pour le vendeur.

samedi 4 mai 2013

Journal du 4 mai 1909

Dîner Goncourt. Le Conseil d'État va statuer. Il est presque sûr que nous aurons nos 4000 francs.
Bourges n'est pas là, Daudet non plus. Mirbeau se fait excuser par sa femme. Je ne suis pas fichu de retrouver le nom de l'autre qui manque. Ah! Marguerite. On est sévère pour son attitude. Rosny jeune donne comme excuse une vieille maladie de coeur. 
Idée de Descaves et de Geffroy de publier, en volume, des choses inédites de Vallès avec ce sous-titre: "Éditions de l'Académie Goncourt." Ce ne serait certainement pas une mauvaise affaire. Adopté.
Idée de nous présenter tous en bloc au prix Nobel, chacun avec notre meilleur livre. C'est l'Académie française qui propose les candidats: pourquoi pas nous?
Idée de demander à Barthou le demi-tarif pour les membres de l'Académie Goncourt. On voudrait me déléguer; je me dérobe à cause de mon caractère officiel de maire.
Les deux Rosny savent leur géographie. L'aîné, me demandant où se trouve mon pays, ajoute qu'il est sur un canal qui passe un peu plus loin sous des tunnels. Il est homéopathe, me conseille de boire de l'eau chaude le matin. Lui-même en boit quelques gorgées à tous ses repas. 
Soirée charmante. Ils admirent Hugo, mais tout autant Balzac, ou Dickens, ou Michelet.

vendredi 15 février 2013

Jules Renard vu par Han Ryner 2/3

  Sur Jules Renard et sur Vigny
Suite d'hier.
Il n'est pas question de prendre pour argent comptant tout ce que peux écrire Jules Renard. Ni ce que peut, dans l'occasion, écrire Jules Renard révisionniste de Jules Renard, si l'on peut dire.  Mais que de souffrance se cache derrière l'aigreur ou le dépit. "Un auteur dont le livre vient de paraître est un pauvre con stupide" écrit-il le 19 novembre 1908 à Edmond Sée. Et, au même, le 4 février 1909, il donnera ce conseil: "N'oubliez pas que vous ne serez jugé que par des cons." Il y a une sacrée part de vérité tant dans l'observation que dans le conseil, si dans un cas comme dans l'autre il faut se garder de généraliser. Un des plus méchants coup de patte de Renard est celui-ci, du 7 juin 1902: "Il me ferait regretter de ne pas avoir été antisémite." Il, c'est son ex-ami Marcel Schwob. Lorsque Schwob mourra, en 1905, il n'assistera à ses obsèques que pour rencontrer des confrères. C'est poussé par le même conformisme étudié qu’en 1909 il se rendra à l'enterrement de Catulle Mendès, autre juif qu'en fait Jules Renard a toujours méprisé. À la mort de Mendès, écrasé par un train, il ne lui ménage aucune petite méchanceté. "Pourquoi sa mort m'attristerait-elle, confesse-t-il sans détour: je lui fus toujours indifférent."
Humaniste à l'ironie grinçante, voire perfide, Jules Renard ne voyait dans les foules qui iront au cinématographe qu'un public vulgaire. C'était bien vu, cette fois encore.
Mais avec son caractère tout renardien, trop de ses bons et grands amis (Tristan Bernard, Léon Blum, Alfred Capus, Léon Daudet, Lucien Descaves, Marguerite Moreno, Maurice Pottecher, Rachilde, Ernest Raynaud, Marcel Schwob...) se trouveront un jour ou l'autre reléguée à une place beaucoup moins intime. Car le rouquin est tout susceptibilité. Aux noms que nous venons de citer, il faudrait en ajouter quelques-uns, ainsi que ceux de Romain Coolus, Louis Dumur, Léo d'Orfer, et aussi les Rostand, Edmond, Rosemonde et Maurice. Le nivernais Jules Renard a bel et bien appartenu au Tout Paris littéraire.
(Han Ryner, Les Messages de Psychodore, n°53, novembre 1992)

mercredi 23 janvier 2013

Sur Jules Renard 2/2

Suite d'hier.
Depuis deux ans Jules Renard faisait partie de l'Académie Goncourt où il avait pris la place laissée vacante par la mort de J.K. Huysmans.
Jules Renard était un excellent confrère, serviable, loyal, d'un esprit bref et délicieux. Il sera vivement regretté.
Les obsèques
Paris 23 mai - La levée du corps de M. Jules Renard a été faite cet après-midi à 3 heures, 44 rue du Rocher. 
De nombreuses personnalités appartenant au monde de la politique, des lettres et du théâtre assistaient à cette cérémonie.
Reconnus au hasard, MM. Buer, représentant le président du conseil; Jean Jaurès, Georges Lecomte, président de la Société des gens de lettres; Victor et Paul Marguerite, J.-H. Rosny, Jules Claretie, administrateur de la Comédie-Française; Octave Mirbeau, Henri de Régnier, M. et Mme Edmond Rostand, Léon Barthou, Peyrebrune, secrétaire-adjoint de l'association des journalistes départementaux; Lucien Descaves, Léon Daudet, Léon Diertz, la rédaction du Mercure de France ayant à sa tête le directeur M. Vallette! MM. Antoine, directeur de l'Odéon; Lucien Guitry, Maurice Leblond, littérateur; le sous-préfet de Clamecy, etc, etc. 
Le corps de M. Jules Renard a été transporté à la gare de Lyon pour être conduit à Chitry-les-Mines (Nièvre) dont le défunt était maire.
(Paris-Centre, (Nevers) non signé, mardi 24 mai 1910.)

jeudi 13 décembre 2012

Jules Renard vu par Lucien Descaves 2/2

Suite d'hier.
Le dîner de janvier 1910 fut le dernier auquel participa Jules Renard. Il avait vendu "la Gloriette", (1) sa maison de Chaumot, dans la Nièvre, où sa mère était morte l'année précédente. (En fait, Jules Renard avait rendu la maison dont il était locataire.) La santé de Jules Renard était devenu inquiétante et j'avais accompagné chez lui le docteur Crépel, mon beau-frère. Il ne parut pas plus inquiet qu'un de ses confrères, consulté précédemment. Ni l'un ni l'autre n'avaient diagnostiqué l'artério-sclérose à laquelle le malade succomba trois mois après. A ce dernier dîner Goncourt, Renard avait approuvé l'intention de Geffroy et la mienne, de publier les inédits de Vallès, aux frais de l'Académie Goncourt. C'était sa réponse au badinage de Léon Daudet qui appelait Jules Renard Poil de Vallès, en souvenir de Jacques Vingtras enfant. Autant en emporte le vent...
Vers 1901, alors que je passais mes vacances à Gérardmer, je me rendis à Bussang avec ma femme pour assister à une représentation de Poil de Carotte, au théâtre de Bussang. J'y retrouvai Jules Renard et Maurice Pottecher, fondateur et animateur de ce théâtre. Maurice Pottecher devint aussitôt mon ami et je fus heureux, une quinzaine d'années plus tard, lorsque le hasard le fit habiter rue de la Santé, à deux pas de chez moi. Ce voisinage nous permit de fortifier une affection que le temps ni l'éloignement de Paris n'ont diminuée.
La version que Jules Renard donne de la mort de sa mère dans son Journal, m'apparaît aussi incertaine qu'à Antoine notre ami commun. Celui-ci reçut un jour une lettre de Renard, terminée par ce post-scriptum: "La vieille a encore fait des siennes;  elle s'est f... dans le puits." j'en aurais douté si Antoine ne m'avait dit: - Je voulais t'offrir une lettre de Jules Renard, mais elle a disparu avec toute ma correspondance lors de mon dernier déménagement, quand j'ai quitté Paris. Cette lettre n'avait d'ailleurs d'intéressant que le post-scriptum.
Et il m'en répéta les termes qu'il savait par cœur.
Renard laisse planer le doute sur la mort de sa mère: accident ou suicide. Il ne s'apparentait à Jules Vallès, si féroce pour ses parents, que pour amplifier. Je me suis souvent demandé si, possédant cette lettre de Jules Renard, je ne l'aurais pas brûlée; décision que ne prendra jamais l'amateur d'autographes qui l'aura achetée. L'obsession peut très bien avoir conduit Poil de Vallès à exagérer.
(1)  La "Gloriette" ne lui appartenant pas, il avait seulement cesser la location.
Fin
(Lucien Descaves, Mémoires d'un ours, p. 237)

mercredi 12 décembre 2012

Jules Renard vu par Lucien Descaves 1/2

Heureux de l'élection de Jules Renard (à l'Académie Goncourt), nous eûmes hâte de la lui annoncer. Par malchance, il n'était pas chez lui, rue du Rocher; il dînait avec sa femme chez Marthe Brandès et ce ne fut qu'à minuit, à leur retour, qu'il trouva notre carte de visite avec ces seuls mots: "Cette fois, vous l'êtes!"
En réalité il fut très sensible à son élection.
Son Journal intime et ses Sourires pincés qui lui étaient bien personnels et qu'il essayait dans la glace avant de les traduire en prose, portent la trace d'un évènement qui lui tenait à cœur. Quand il se montre aimable et reconnaissant, c'est parce qu'il ne peut faire autrement. Il a recueilli tous les échos de son succès et s'en amuse. Il a ruminé ce qu'il appelle des mots de théâtre, compté les voix qui lui semblent assurées, celles qu'il n'a pas et qu'il aura. On dirait qu'il procède  à des réussites. Au fond, il ne pense qu'à cela... Et c'est l'histoire de presque toutes les élections. 
"La réclame de cette histoire m'amuse", avoue-t-il. Et de conclure gentiment: "l'Académie me paraît malade; ça a l'air d'une maison de retraite pour vieux amis. La littérature s'en désintéresse. " nommé, il nous remercie du bout des lèvres et de la plume et s'empresse de noter, sans changer de gamme: " Je proposerai une augmentation de traitement. Il faudrait maintenant acquérir une juste obscurité."
Le souvenir de Huysmans le préoccupe: "Je suis moins tranquille en ce qui le concerne. Je sens tout le poids de cette lourde succession. J’imagine la figure géométrique, pointue pour de bon, que feraient les traits de son visage. Il me regarderait avec bienveillance, mais aussi avec son sourire énigmatique."
Puis, il se demande s'il ne devrait pas envoyer toute cette Académie à la balançoire... A quoi il répond: -Oui si j'étais riche.
Or, sans être riche, son aisance pouvait lui permettre ce luxe.
Suite demain.
(Lucien Descaves, Mémoires d'un ours, p. 235)

lundi 5 novembre 2012

Jules Renard vu par...

Maurice Rostand: son dur visage, taillé à coups de serpe, avait quelque chose d'un peu terrifiant.
Lui-même: Je suis carrément laid, parait-il... Il est certain que je marche sûrement vers une irrémédiable laideur.
Régis Gignoux: Le grand front convexe.
Henri Bataille: La tête en forme de haricot, et le double menton des oies vexées.
Léon-Paul Fargue: Son œil de rouge-gorge, son oreille de chasseur, et son nez de poil à gratter.
Marcel Boulenger: Mais son oeil rond et noir vous eût en même temps percé comme une balle de fusil.
Rachilde: Ce grand et robuste garçon, haut en couleur, avait des yeux en trous d'épingle dans un abat-jour; on devinait qu'un lampe brûlait derrière!
Lucien Descaves: ... Froid, boutonné, l’œil aigu, la barbe rissolée.
Edmond de Goncourt: ... Un garçon encore jeune, mais froid, sérieux, flegmatique, n'ayant pas aux bêtises qui se disent le rire de la jeunesse.
Camille Mauclair: Jules Renard... ne parlait guère, mais était toujours aux écoutes, pointilleux, susceptible, attentif et méfiant comme un lapin roux, dont il avait le continuel frémissement de bouche et d'oreille.
(In Léon Guichard, Renard, La Bibliothèque idéale, Gallimard, 1961, P. 9 et 10.)

mercredi 10 octobre 2012

Jules Renard et la politique

C'est seulement après la trentaine que l'on voit Jules Renard s'intéresser à la politique, et à la vie politique locale, d'une façon de plus en plus active.
Si sa mère était catholique, son père avait été républicain, franc-maçon et maire de Chitry. Les lettres de jeunesse de son fils indiquent que François Renard avait quelques relations avec certains hommes politiques de la Nièvre, députés ou sénateurs. Mais Jules Renard, à ce moment-là, ne pensait guère qu'à se servir de leur crédit pour trouver un emploi à Paris. Après son mariage, en 1988, il mène une vie toute d'homme de lettres et semble se soucier fort peu des questions politiques.
Mais deux circonstances vont l'amener à sortir de cette indifférence et à affirmer, d'une manière de plus en plus nette, ses convictions politiques et sociales: son installation à Chaumot, en 1896, et les rebondissements de l'affaire Dreyfus, en 1898 et 1899. Renard ne put supporter sans essayer d'agir cette misère et cette injustice. Le milieu de la Revue Blanche, qu'il fréquentait depuis longtemps, de même que les relations amicales nouées avec Lucien Descaves, ne pouvaient que renforcer, d'ailleurs, ses opinions dreyfusardes et ses convictions républicaines, antimilitaristes et anticléricales.
(Léon Guichard, Dans la vigne de Jules Renard, PUF, 1965, p. 93)

mardi 9 octobre 2012

Journal du 9 octobre 1893

Schowb, de passage à Épinal, et en officier, fait appeler Descaves à la caserne. Et il le voit boutonnant sa veste, et inquiet, car, à cause de son livre et de sa dégradation, les sous-offs ne font que lui marcher sur les pieds. Et il gémie et s'écrie:
- Je me demande toujours en vertu de quel règlement on m'a dégradé. Et, aujourd'hui, je suis de piquet d'incendie, et on m'a nommé instructeur, de sorte que j'ai les inconvénients du grade sans en avoir les bénéfices.
- Et c'était bien amusant, me dit Schwob.