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mercredi 20 janvier 2016

Journal du 20 janvier 1903

La châtelaine. Souper de centième chez Ritz.
- Rappelez-vous, dis-je à Robert de Flers; mon admiration pour Capus, voilà cinq ans, vous étonnait. C'est vous qui l'admirez maintenant.
Granier, les seins gonflés de talent.
Jane Heller, toujours jolie, mais, ce soir, elle scintille particulièrement.
Granier cite, avec trop de rire, un de mes mots d'enfants à Sarah Barnhardt, qui feint de ne pas avoir entendu.
Je dis à Lavallière, un peu au hasard:
- Vous avez un visage qui me plaît pour sa franchise. Vous devez avoir des qualités morales, vous.
Et voilà une pauvre petite bonne femme très émue, qui me prend la main à plusieurs reprises:
- Oh! que je suis contente! De tous les amis de Guitry, je me disais que vous étiez le seul à me mépriser, et j'en souffrais. Je pensais que vous n'auriez jamais de sympathie pour moi, et voilà ce que vous me dites. Oh! que je suis contente!
- Ce que j'aurais voulu jouer, dit Granier, c'est Poil de Carotte.
Cette centième, l'aboutissement de toutes ces folies!
Si l'on dit à l'une d'elles: "Vous êtes jolie", ça lui est égal.
Si on lui dit: "Vous avez du talent", elle est déjà plus touchée.
Si on lui dit: "Vous avez des qualités morales", on s'aperçoit qu'elles ont toutes un coeur de petite fille.

jeudi 7 janvier 2016

Journal du 7 janvier 1905

Coolus raconte que d'Annunzio, lors de sa première visite à Sarah Bernhardt, s'arrêta à quelques pas d'elle et dit, comme inspiré:
Belle! magnifique! D'Annunzienne!
Après quoi, il dit:
- Bonjour, madame.

jeudi 16 janvier 2014

Sarah Bernhardt au théâtre

Sarah Bernhardt, toujours!
Théâtre du Ranelagh - Tous les mardis du 14 janvier au 18 mars 2014
Note d’intention du metteur en scène:
Monstre sacré du théâtre, comédienne jamais égalée, Sarah Bernhardt fût aussi célèbre pour ses grandes interprétations que pour ses aventures amoureuses. Personnage mythique et extravagant, elle mena sa vie avec une liberté démesurée.
Grand admirateur depuis toujours de Sarah Bernhardt, Pierre Cardin a organisé une des plus grandes expositions consacrées à "la Divine", à Paris en 1976. Il souhaitait depuis longtemps lui consacrer un spectacle et a immédiatement pensé à Véronique Fourcaud pour l’incarner.
Je me suis donc plongé dans l’univers de ce personnage fascinant en partant de son autobiographie, intitulée Ma Double Vie, pour retracer son parcours, à partir de ses propres mots. J’ai volontairement choisi certains moments clés de sa vie souvent touchants, extravagants ou insolites…
Au sommet de sa carrière, star avant l’heure, ambassadrice de la culture française à l’étranger, Sarah Bernhardt nous accueille dans sa loge. Elle va jouer Phèdre, et tout en se préparant pour ce rôle majeur, elle se raconte au public invité dans cet espace privilégié à entendre les souvenirs de la comédienne.
Elle ne s’attarde pas sur les blessures de son enfance, l’abandon dont elle a été victime ou sa santé fragile, mais insiste sur les moments décisifs de sa vie d’artiste : le conseil de famille qui décide de son avenir, les premiers échecs suivis par de grands triomphes, ses démêlés avec la presse, son goût pour l’aventure et les voyages, sa vie de mère et de femme d’affaire, son intime expérience de la scène.
LA PRESSE EN PARLE, POLITIQUE MAGAZINE : "Avec une grâce et une élégance qui nous emportent, Véronique Fourcaud, comme sortie d’un tableau, nous restitue avec intériorité les ombres et lumières de cette destinée. Un défi que relève avec brio la mise en scène de Nicolas Laugero-Lasserre."
Théâtre du Ranelagh, 5 rue des vignes, Paris 16.

samedi 16 février 2013

Jules Renard vu par Han Ryner 3/3

Sur Jules Renard et sur Vigny
Suite d'hier.
Il a été de son vivant, mis en musique par Maurice Ravel, été illustré par Pierre Bonnard, Henri de Toulouse-Lautrec et quelques autres, et son théâtre a été joué par Antoine, Marthe Brandès, Jeanne Chéreil, Suzanne Desprès (Mme Lugné-Poe), Firmin Gémier, Jeanne Granier, Lucien Guitry, Marthe Mellot,  Henry Meyer, Cécile Sorel, et autres Signoret. De son vivant! Et cet ex-Carolingien (Ernest Raynaud était son condisciple au lycée Charlemagne où Renard, externe libre, a suivi les cours de réthorique) a connu aussi bien Jean Jaurès que Sarah Bernhardt. Le nom de tous ses interprètes, et celui de Danièle Davyle (Mme de Saint-Hilaire), la première a avoir lu des textes du futur auteur du Plaisir de rompre, ne sont assurément pas tous passés à la postérité, mais tout de même, Antoine, Desprès, Gémier, Guitry ou Sorel, cela n'en constitue pas moins une belle carte de visite.
Mais Jules Renard était né pour être aigri et il semble dans la logique des choses que son Journal soit, en bien des passages, aussi grinçant que Mes poisons de Sainte-Beuve. À ce sujet, Maurice Toesca, qui après les biographies de Jean Paulhan, George Sand, Alphonse de Lamartine, Alfred de Musset, et Alfred de Vigny, a publié chez Albin Michel un Jules Renard en 1977, écrit justement: "Dommage que Jules Renard n'ait pu prendre connaissance des Carnets de Sainte-Beuve! Il y aurait lu cette réflexion qui s'applique à tous les hommes de lettres de tous les temps: les littérateurs français font aujourd'hui avec leur esprit ce qu'autrefois les gentilshommes français faisaient avec dans les duels avec leur épée: il s'entre-tuent". Cependant ajoute Toesca, "Jules Renard n'est pas Sainte-Beuve, et c'est à son éloge: il ne blesse pas pour le plaisir de blesser; il n'y a pas de parti une fois pour toutes pris, comme Sainte-Beuve à l'endroit de Vigny par exemple". Que Maurice Toesca ne tienne pas Sainte-Beuve en très haute estime, nous le savions depuis quelques lustres déjà. Il a raison lorsqu'il déplore que Renard n'ait pas pu prendre connaissance des Poissons beuviens. Il s'en serait assurément délectés, en disciple qui s'ignorait. Je suis moins sûr que Toesca que son modèle ne blesse jamais pour le plaisir de blesser. Quitte à s'en repentir. Sainte-Beuve il est vrai ne se repentait pas du fiel qu'il dispensait[...]
(L'article se poursuit sur Vigny.)
(Han Ryner, Les Messages de Psychodore, n°53, novembre 1992)

samedi 1 septembre 2012

Jules Renard, Mohican ou Huron ?

... Plus tard, Renard connaitra de belles dames, Sarah Bernhardt, Mme Rostand, Mme Muhlfeld, Mme Marcel Boulanger, mais en face d'elles, il tiendra à rester le Mohican, ou le Huron, ou le paysan de Chitry, simple et narquois. Mme Muhlfeld raconte, en un livre de souvenirs, qu'elle fut invitée un soir à dîner avec son mari et les Rostand, dans le petit appartement de la rue du Rocher :
"Au moment de passer à table, la porte de la salle à manger s'ouvrit à deux battants et un jeune garçon de douze à quatorze ans, vêtu d'une serpillère bleue, faisant fonction de valet de chambre, nous dit simplement: - C'est cuit. Cela nous enchanta et nous vîmes dans cette interprétation de l'habituelle "Madame est servie" une manière bien à lui de nous éclabousser de sa simplicité.
(Léon Guichard, Jules Renard, La Bibliothèque idéale, Gallimard, p. 62)

lundi 2 janvier 2012

Journal du 2 janvier 1896

Chez Sarah Bernhardt. Elle est couchée près d'une cheminée monumentale, sur une peau d'ours blanc. D'ailleurs, chez elle,  on ne s'assied pas: on se couche. Elle me dit: "Mettez-vous là, monsieur Renard." Là? Où? entre elle et Mme Rostand il y a un coussin. Je n'ose pas m'y asseoir, et je m'agenouille aux pieds de Mme Rostand, et les miens dépassent, dépassent, comme dans un confessionnal.