Affichage des articles dont le libellé est Jean Jaurès. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jean Jaurès. Afficher tous les articles

samedi 7 mai 2016

Journal du 7 mai 1907

Gérault-Richard me raconte ses griefs contre Jaurès. Aucune sensibilité; à la fois impérieux et lâche, il a tout supporté de Gohier. Leur brouille date de la fondation de l'Humanité. Gérault devait être rédacteur en chef. Il avait trouvé 200.000 francs, Jaurès, une centaine de mille, fournis par des petits juifs, qui demandaient 5.000 francs d'appointements. Ils ont obligé Jaurès à écarter Gérault.
-Simple ouvrier dit-il, j'ai pu devenir journaliste. Je ne serai jamais que journaliste.
Il brûle d'envie d'être ministre.

vendredi 11 décembre 2015

Journal du 11 décembre 1901

Déjeuner chez Blum. Jaurès a l'aspect d'un professeur de quatrième qui ne serait pas agrégé et ne prendrait pas assez d'exercice, ou du gros commerçant qui mange bien.
De taille moyenne, carré. Une tête assez régulière, ni laide, ni belle, ni rare, commune. Beaucoup de poil, mais ce n'est que de la barbe et des cheveux. Un nerveux clignement de paupière à l’œil droit. Col droit, et cravate qui remonte.
Une intelligence très cultivée. Les quelques citations que je fais, auxquelles je ne tiens pas beaucoup, il ne me laisse même pas les achever. A chaque instant, il fait intervenir l'histoire ou la cosmogonie. une mémoire d'orateur toute pleine, étonnante.
Crache volontiers dans son mouchoir.
Je ne sens pas une forte personnalité. Il me fait plutôt l'impression d'un homme dont le bulletin  pourrait être ainsi rédigé: "Bonne santé sous tous les rapports."
A une de ses plaisanteries, il rit trop, d'un rire qui descend des marches et ne s'arrête qu'à terre.
L'accent: un bizarre dédain pour le c d' "avec". La parole lente, grosse, un peu hésitante sans nuances.
Évidemment, il faudrait voir l'acteur qui est dans cet orateur. Et puis, je vis, par la pensée, avec des hommes trop grands pour que celui-là m'étonne.
- Faire un discours ou écrire un article, pour moi, c'est à peu près la même chose dit-il
Je lui demande ce qu'il préfère de l'exactitude d'une phrase, ou de la beauté poétique d'une image.
- L'exactitude, répond-il.
L'homme qui l'a le plus frappé comme orateur, c'est Freycinet.
Il lui est plus facile de parler dans une réunion publique qu'à la chambre, que de faire une conférence. Où il a été le plus mal à l'aise, c'est à la cour d'assises où il défendait Gérault-Richard.
En religion il paraît assez timide. Il est gêné quand on aborde cette question. Il s'en tire par des "je vous assure que c'est plus compliqué que vous ne croyez". Il a l'air de penser que c'est un mal nécessaire, et qu'il faut en laisser un peu. Il croit que le dogme est mort et que le signe, la forme, la cérémonie, sont sans danger.
D'après Léon Blum, il se sépare de Guesde comme tacticien. Socialiste de gouvernement, il croit aux réformes partielles. Guesde n'admet que la révolution complète.

samedi 31 janvier 2015

Journal du 31 janvier 1901

- La chambre n'a compté, ces derniers temps, dit Léon Blum, que deux orateurs: Jaurès et Clemenceau. Jaurès est un candide. En prose, il égale Victor Hugo. Il a supplié Millerand de n'être pas ministre; mais, Millerand une fois ministre, il l'a soutenu. Il est désintéressé.  Il ne souffre que de l'inintelligence de certains socialistes.  Comme on critique le détail d'un de ces discours, il répond: "Est-ce que je le rappelle ce que j'ai dit!" 
L'homme libre est celui qui ne craint pas d'aller jusqu'au bout de sa raison. Viviani est un homme de proie que je ne croie pas tout-à-fait désintéressé. Barthou a osé prendre la responsabilité de la chute du ministère Brisson. Brisson est un homme incorruptible, de cerveau limité, mais dont les quelques idées me sont agréables, ce qui me suffit. Waldeck-Rousseau est intelligent, mais pas supérieur à Freycinet, par exemple. Clemenceau est l'homme de la riposte incomparable, pendant vingt minutes, à la tribune.

mardi 13 janvier 2015

Journal du 13 janvier 1907

Blum dit de Briand et de Viviani:
- Au fond, ce sont des sceptiques, presque des cyniques, mais ils ont passé par le socialisme, et il leur en restera toujours quelque chose. Ça vaut mieux que des radicaux.
Jaurès très accablé par les soucis que lui a donnés l'Humanité.

vendredi 9 janvier 2015

Journal du 9 janvier 1905

Jaurès dit que Syveton n'avait aucun intérêt à se tuer; mais à y regarder de près, oui, en cherchant bien, on trouve que nous avons tous un intérêt quelconque à nous tuer.

jeudi 25 septembre 2014

Jean Jaurès dans la Nièvre

Jean Jaurès n’est jamais venu dans la Nièvre pour soutenir des ouvriers en grève. Ni pour aller voir son ami Jules Renard. 
Il a répondu à l’invitation de la fédération socialiste de la Nièvre. Et a donné trois conférences en tout. Toutes bondées. C’est l’affluence, qui frappe, d’abord. Entre 700 et 800 personnes à Nevers, au moins 400 à Guérigny. À Nevers, dans la salle de la Paume, tout le monde n’a pas pu entrer. Pour assister à la première conférence de Jean Jaurès, ce 26 octobre au soir, on se presse. Ouvriers, enseignants, officiers en civil, « quelques dames » : le rapport de police fait le portrait d’un public très divers. 
À Guérigny le lendemain soir, en revanche, les ouvriers seront majoritaires. Rien d’étonnant dans cette ville marquée par les forges. 26 et 27 octobre 1901. Jean Jaurès est de passage dans la Nièvre, donc. Deux conférences très politiques, à l’invitation de la fédération socialiste de la Nièvre. « On est déjà à ce moment-là dans la précampagne pour les élections de 1902, explique Catherine Moulin, agrégée d’histoire, enseignante à Villeurbanne, et membre de la société d’études jaurèsiennes. Jean Jaurès vient pour parler du socialisme et du capitalisme.
 Ce sont deux réunions très classiques, dans lesquelles il s’agit de développer les grands points de l’idéologie socialiste de l’époque : la condamnation du capitalisme, la nécessité d’un nouveau système économique et social et l’appel à voter socialiste et, pour les ouvriers, à s’organiser et à s’unir ».
(Valérie Mazerolle,  Le Journal du Centre, 31 juillet 2014.)

jeudi 20 mars 2014

La société au temps de Jules Renard

Nous  préparons une société nouvelle, jusqu'au jour où tous les hommes seront libres, assez éduqués, assez conscients, pour être à la fois les spectateurs et les acteurs du grand drame social et humain, où tous les hommes vivront une vie assez libérale et assez noble pour que parfois ils puissent s'arrêter et regarder la marche de l'humanité en travail et se réjouir de cette marche harmonieuse, comme de la plus belle des oeuvres d'art, - mais celle-là, œuvre vivante, multiple, immense, qui se confondra avec l'humanité affranchie.
(Jean Jaurès, La Revue d'Art dramatique, numéro spécial, décembre 1900.)

lundi 24 juin 2013

Journal du 24 juin 1905

Affaire du Maroc. Ça ne s’arrange pas si vite. Jaurès m'inquiète par son accent de patriotisme. S'il le faut...
Je regarde mon livret. Il me dit qu'en cas de mobilisation il faut attendre un nouvel ordre. J'attendrai. On a moins peur de la guerre à quarante ans qu'à vingt. A vingt ans, le patriotisme est imposé; à quarante, il est raisonné.
Oui, la guerre est odieuse! Oui, je veux la paix, et je lâcherais tous les Maroc pour vivre en paix.
Si, tout de même, les Allemands prenaient cette soif de paix pour de la peur, s'ils s'imaginaient qu'ils vont nous avaler, d'une bouchée, ah! non.
Au fond, je tiens plus à la paix qu'à la vie.
On marcherait, et bien, je vous jure!

dimanche 23 juin 2013

Journal du 23 juin 1902

Blum, nerveux, vibrant comme une tige d'acier, encore ébranlé par les images qui lui reviennent de l'accouchement de sa femme.
Très admirateur de l'intelligence de Retz, il le trouve moins grand écrivain que Saint-Simon;  me dit que Jaurès passera cette législature à poser nettement la question d'Alsace-Lorraine. Habituer la Chambre et le pays à entendre des paroles qui ne sonnent pas faux, voilà le programme.
Blum fait trois actes sur la Colère. Coolus m'a dit que son héros ne parle pas comme un homme en colère, qu'il ne jure pas assez. Mais, le meilleur moyen de faire du théâtre original, c'est d'en faire qui  ne soit pas trop "théâtre".

samedi 16 février 2013

Jules Renard vu par Han Ryner 3/3

Sur Jules Renard et sur Vigny
Suite d'hier.
Il a été de son vivant, mis en musique par Maurice Ravel, été illustré par Pierre Bonnard, Henri de Toulouse-Lautrec et quelques autres, et son théâtre a été joué par Antoine, Marthe Brandès, Jeanne Chéreil, Suzanne Desprès (Mme Lugné-Poe), Firmin Gémier, Jeanne Granier, Lucien Guitry, Marthe Mellot,  Henry Meyer, Cécile Sorel, et autres Signoret. De son vivant! Et cet ex-Carolingien (Ernest Raynaud était son condisciple au lycée Charlemagne où Renard, externe libre, a suivi les cours de réthorique) a connu aussi bien Jean Jaurès que Sarah Bernhardt. Le nom de tous ses interprètes, et celui de Danièle Davyle (Mme de Saint-Hilaire), la première a avoir lu des textes du futur auteur du Plaisir de rompre, ne sont assurément pas tous passés à la postérité, mais tout de même, Antoine, Desprès, Gémier, Guitry ou Sorel, cela n'en constitue pas moins une belle carte de visite.
Mais Jules Renard était né pour être aigri et il semble dans la logique des choses que son Journal soit, en bien des passages, aussi grinçant que Mes poisons de Sainte-Beuve. À ce sujet, Maurice Toesca, qui après les biographies de Jean Paulhan, George Sand, Alphonse de Lamartine, Alfred de Musset, et Alfred de Vigny, a publié chez Albin Michel un Jules Renard en 1977, écrit justement: "Dommage que Jules Renard n'ait pu prendre connaissance des Carnets de Sainte-Beuve! Il y aurait lu cette réflexion qui s'applique à tous les hommes de lettres de tous les temps: les littérateurs français font aujourd'hui avec leur esprit ce qu'autrefois les gentilshommes français faisaient avec dans les duels avec leur épée: il s'entre-tuent". Cependant ajoute Toesca, "Jules Renard n'est pas Sainte-Beuve, et c'est à son éloge: il ne blesse pas pour le plaisir de blesser; il n'y a pas de parti une fois pour toutes pris, comme Sainte-Beuve à l'endroit de Vigny par exemple". Que Maurice Toesca ne tienne pas Sainte-Beuve en très haute estime, nous le savions depuis quelques lustres déjà. Il a raison lorsqu'il déplore que Renard n'ait pas pu prendre connaissance des Poissons beuviens. Il s'en serait assurément délectés, en disciple qui s'ignorait. Je suis moins sûr que Toesca que son modèle ne blesse jamais pour le plaisir de blesser. Quitte à s'en repentir. Sainte-Beuve il est vrai ne se repentait pas du fiel qu'il dispensait[...]
(L'article se poursuit sur Vigny.)
(Han Ryner, Les Messages de Psychodore, n°53, novembre 1992)

mercredi 23 janvier 2013

Sur Jules Renard 2/2

Suite d'hier.
Depuis deux ans Jules Renard faisait partie de l'Académie Goncourt où il avait pris la place laissée vacante par la mort de J.K. Huysmans.
Jules Renard était un excellent confrère, serviable, loyal, d'un esprit bref et délicieux. Il sera vivement regretté.
Les obsèques
Paris 23 mai - La levée du corps de M. Jules Renard a été faite cet après-midi à 3 heures, 44 rue du Rocher. 
De nombreuses personnalités appartenant au monde de la politique, des lettres et du théâtre assistaient à cette cérémonie.
Reconnus au hasard, MM. Buer, représentant le président du conseil; Jean Jaurès, Georges Lecomte, président de la Société des gens de lettres; Victor et Paul Marguerite, J.-H. Rosny, Jules Claretie, administrateur de la Comédie-Française; Octave Mirbeau, Henri de Régnier, M. et Mme Edmond Rostand, Léon Barthou, Peyrebrune, secrétaire-adjoint de l'association des journalistes départementaux; Lucien Descaves, Léon Daudet, Léon Diertz, la rédaction du Mercure de France ayant à sa tête le directeur M. Vallette! MM. Antoine, directeur de l'Odéon; Lucien Guitry, Maurice Leblond, littérateur; le sous-préfet de Clamecy, etc, etc. 
Le corps de M. Jules Renard a été transporté à la gare de Lyon pour être conduit à Chitry-les-Mines (Nièvre) dont le défunt était maire.
(Paris-Centre, (Nevers) non signé, mardi 24 mai 1910.)

mercredi 19 décembre 2012

Journal du 19 décembre 1904

Fête familiale des Nivernais socialistes.
Salle Jules. La dame du comptoir me dit: "C'est au premier." Il y a un socialiste et sa petite fille. Pauvre salle, où passent tous les gens du bas pour aller aux cabinets. Je m'assieds dans un coin à une table de marbre, très gêné. Roblin arrive après d'autres. On lui dit: 
- Il y a là un citoyen qui te demande.
Tout de suite je vois que nous resterons étrangers.
Comment les appeler? Citoyens? Compatriotes? Camarades? Messieurs? 
- Qu'est-ce que vous buvez? du vin blanc?
- Oui.
Des hommes, avec leurs femmes et les mioches. Très peu, d'ailleurs, sont de vrais Nivernais.
Le conseiller municipal Paris, de la Villette, je crois, a le premier la parole. L'air d'un Jules Lemaître gros et gras. La nature se répète. Il parle gros, sans intérêt.
Le citoyen Fribourg, autre conseiller de Paris, refuse d'abord, fait des manières, puis devient intarissable. Il parle bien, non sans esprit et netteté, mais il a une si petite taille, une figure de petit juif tellement inexpressive!...
Je n'ose pas tirer mon bout de papier. Je débite ma petite affaire. Ça n'est pas fort, mais c'est mieux, parce que  c'est tout de même personnel.
Une femme me vend un journal féministe, un programme de revendications. 
Un rédacteur de L'Aurore est venu pour m'entendre. Très étonné que je ne lise pas mon discours, qu'il voulait me demander, il me dit:
- Il paraît que vous avez été dur pour Jaurès, la veille de son duel?
On chante. Des enfants crient. Le garçon passe, récolte des pièces de dix sous. On ne veut pas que je paie: je suis invité. J'ai l'air d'un étranger, avec ma décoration, avec mon air modeste d'homme qui se croit connu.

vendredi 23 novembre 2012

Jules Renard vu par Franc-Nohain 3/3

Suite d'hier.
Dans la narration de cette aventure persistait un arrière-goût d'amertume qui nous révélait clairement que le conteur appréciait peu le sens des valeurs, le jugement littéraire des sous-officiers  de Bourges.
Notre rupture? La cause, je vous l'ai dit, elle fut toute politique. je n'ai jamais aimé Jaurès. Une certaine éloquence m'a toujours déplu. Je déteste au surplus tous les excès et ma politique est une politique de brave homme, de juste milieu, comme mes vers...
Un jour donc, dans L’Écho de Paris, je fis un petit papier sans tendresse sur Jaurès. De Chaumot dont il était le maire et où il résidait alors, Jules Renard m'adressa un blâme circonstancié. Il écrivait toujours longuement. Il terminait en me déclarant qu'il était inutile de répondre à cette lettre. je pris alors un crayon et griffonnai en travers de la fulminante épitre: "Une lettre à laquelle je n'ai pas le droit de répondre est une lettre que je n'ai pas reçue."
Plus tard, lors de la représentation de la Bigote, je fis, dans la Vie parisienne dont j'étais critique dramatique, un feuilleton assez sévère. Se jugeant offensé, Jules Renard m'envoya ses témoins qui eurent avec les miens le bon goût d'arranger cette affaire ridicule. Il m'eût été fort pénible de me rencontrer sur le terrain avec un écrivain pour la conscience littéraire duquel j'avais tant de respect.
Nos vies demeurèrent séparées et je n'en souffris pas trop. Renard était autoritaire et j'ai toujours supporté difficilement les contraintes extérieures.
Fin.
(Franc-Nohain, les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques, 10 janvier 1925.)

mercredi 28 mars 2012

Jaurès

J'ai pour Jaurès une affectueuse admiration, chaque jour renforcée. C'est un puissant esprit et un brave homme. Je ne sais rien de plus émouvant et de plus neuf de la définition qu'il a donnée du patriotisme aux récentes crises. C'était courageux et pudique. Clemenceau se contente de souffler, avec talent, d'ailleurs, dans le clairon faussé de Déroulède. Je crois Jaurès absolument désintéressé, et je le trouve l'égal des plus grands. C'est vous dire que les petites combinaisons radicales, fussent-elles nécessaires, ne me suffisent pas, mais je veux rester un homme de lettres.
(Jules Renard, lettre à M. Vadez, 20 septembre 1906, extrait).