Le document. Zola, pour écrire la Terre, prenant une voiture à l'heure et se faisant promener par la Beauce.
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mardi 12 avril 2016
mardi 22 mars 2016
Journal du 22 mars 1902
Société des gens de lettres. M. de Saint-Arroman, qui préside, ayant dit que M. Alfred Capus n'est peut-être pas le premier que par ordre alphabétique, personne ne proteste, mais personne n'approuve. Il ne faut pas faire de ces plaisanteries à des gens de lettres.
Georges Renard, un Zola maigre et blanc, un exilé, me dit:
- On me demande souvent, monsieur, si je suis parent de M. Jules Renard.
Le vote, une arme sournoise et dégradante.
Femmes de lettres, leur laideur, leurs ridicules petits chapeaux verts. Les plus jeune ont des allures masculines: on dirait qu'elles font de la littérature.
samedi 6 décembre 2014
Journal du 6 décembre 1889
Rosny, une sorte de Zola compliqué, avec une phrase artiste où les incidentes se bousculent.
mercredi 15 janvier 2014
Journal du 15 janvier 1892
Ces soirées chez Daudet! ce qu'on y entend de plus intéressant:
Goncourt: "Maupassant a du métier. Il réussit très bien le nouvelle normande, et encore y a-t-il dans Monnier des choses plus drôles que son Cochon de Morin. Mais ce n'est pas un grand écrivain; ce n'est pas ce que nous appelons, nous, un artiste."
Qui ça, nous? Il répète: "Ce n'est pas un artiste", regarde autour de lui pour voir si on proteste, mais personne ne proteste.
Daudet: "Ce qui l'a tué, mon cher, c'est le désir de faire un livre de plus que les autres. Il se disait: Barrès a publié, Bourget, Zola ont publié, et moi, je n'ai encore rien publié cette année. Voilà ce qui l'a tué..."
La main de Goncourt a une douceur d'édredon humide.
mercredi 8 janvier 2014
Actualité littéraire
Les méthodes d’Émile Zola "ardent autodidacte", peuvent aider un apprenti écrivain à trouver sa voix.
Un essai passionnant d'Olivier Lumbroso montre l'atelier du romancier, à partir des dossiers préparatoires des Rougon-Macquart. Où l'on entre de plein-pied dans la fabrique de l'écrivain, où l'on découvre qu'il écrit en précurseur des techniques actuelles, où l'on trouve de quoi réfléchir sur nos propres pratiques de l'écriture actuelle.
Naît-on écrivain ou le devient-on? Entre partisans du "don des Muses" et ceux qui prônent le travail, la question reste ouverte. Olivier Lumbroso la pose à nouveau en introduction à son Zola autodidacte, en se référant au premier bilan de l'Institut littéraire de Bienne, en 2009. Il lui en ajoute un autre: un artiste confirmé peut-il progresser?[...]
Naît-on écrivain ou le devient-on? Entre partisans du "don des Muses" et ceux qui prônent le travail, la question reste ouverte. Olivier Lumbroso la pose à nouveau en introduction à son Zola autodidacte, en se référant au premier bilan de l'Institut littéraire de Bienne, en 2009. Il lui en ajoute un autre: un artiste confirmé peut-il progresser?[...]
Olivier Lumbroso, Zola autodidacte. Genèse des œuvres et apprentissages de l'écrivain en régime naturaliste, Droz, 2013, 424 p.
(Isabelle Rüf, Le Temps- Genève- p. 23, samedi 28 décembre 2013)
mercredi 16 octobre 2013
Journal du 16 octobre 1887
Elle vit avec 39 francs par mois et n'achète pas de livres dont le prix dépasse quatre sous. Elle a, pour l'entretien de son poêle, toute une théorie, et ne consent à en rejeter la cendre que quand elle est blanche et fine comme de la poudre de riz. Comme dessert, des noix en toute saison, parce que les coquilles se brûlent. Elle a un monstre qui la dévore, une pieuvre qui la suce: l'omnibus. Qu'on en juge! Quatre omnibus par semaine font 4 fr.80 par mois, qu'il faut déduire d'une leçon de 40 francs. Avec cela, gaie, prenant la vie par les fleurs, le soleil, tout ce qui brille, tout ce qui chante, tout ce qui sent bon gratis, heureuse peut-être. L'hiver est sa terreur. Il augmente la dépense.
A ses murs pendent des chromos, mais elle a su si bien choisir qu'elles sont réjouissantes pour la vue comme des peintures fraîches. L'objet d'art est une faïence peinte par elle, où s'enlacent des lisérés ténus, de pauvres lisérés.
Tellement sincère qu'elle ajoute à la vérité par mégarde, avec un Dieu Alphonse Karr, et un demi-satan, Zola, qu'elle repousse par propreté.
"J'admire son talent. Toutefois, dit-elle, ne lui en demandez pas plus long."
Au théâtre, dans l'étouffement des loges, elle quitte son jupon de dessous.
En musique ni l'opéra, ni l'opérette: l'opéra-comique.
jeudi 4 avril 2013
Journal du 4 avril 1889
Les Sœurs Vatard, de Huysmans, c'est du Zola en zinc, du naturalisme en toc.
jeudi 28 février 2013
Jules Renard vu par Gabriel Reuillard 4/4
Suite d'hier.
Et moi je déclare:
Que je suis écœuré à plein cœur, à cœur débordant par la condamnation de Zola;
Que je n'écrirai plus jamais une ligne à l'Écho e Paris;
Que M. Fernand Nau est, physiquement, un des plus petits hommes que je connaisse, mais que à force de platitude dans ses déclarations à ses abonnés, il arrive à paraître encore plus petit;
Qu'ironiste par métier, je deviens tout à coup sérieux pour cracher à la face de notre vieux pantin national, M. Henri Rochefort;
Que le professeur d'énergie Maurice Barrès n'est qu'un Rochefort de peu de littérature et de moindre aplomb, et qu'il fera tant que les électeurs ne voudront plus de lui pour conseillé municipal enfariné;
Que M. Drumont n'a aucun talent, aucun, et qu'on s'apercevra que le joujou antisémite se cassera dans sa main;
Que si le Figaro ne se hâte pas de s'appeler le Bartholo, l'ombre de Beaumarchais ne peut manquer de venir lui tirer les oreilles;
Que fier de lire dans leur texte les Français: Racine, La Bruyère, La Fontaine, Michelet et Victor Hugo, j'ai honte d'être un sujet de Méline.
Et je jure que Zola est innocent.
Et je déclare:
Que je n'ai pas de respect pour nos chefs d'armée qu'une longue paix a rendus fiers d'être soldats;
[...] Je déclare que je me sens un goût subit et passionné pour les barricades, et je voudrais être un ours afin de manier aisément les pavés les plus gros que, puisque nos ministres s'en fichent, à partir de ce soir je tiens à la République qui m'inspire un respect, une tendresse que je ne me connaissais pas. Je déclare que le mot justice est le plus beau de la langue des hommes, et qu'il faut pleurer si les hommes ne le comprennent plus..."
Tout le morceau est sur ce ton. L'homme de cœur, qui se dérobait par pudeur derrière l'humoriste délicat, sort, poitrine en avant, crie sa haine, sa foi. Renard pouvait se payer le luxe, le grand luxe de l'indépendance. Il pouvait aussi se le refuser. Il n'a pas hésité. C'est un luxe qui coûte cher, ou plus exactement qui ne rapporte qu'à longue, longue échéance - après la mort - encore à condition d'avoir un grand, grand, grand talent.
Dieu Merci, c'est le cas pour Renard. Justice - le plus beau des mots de la langue des hommes, comme il dit - lui est enfin rendue.
Son nom, son œuvre - et son exemple - sont imposés.
(Gabriel Reuillard, Les Maîtres de la plume, avril 1929.)
Que je n'écrirai plus jamais une ligne à l'Écho e Paris;
Que M. Fernand Nau est, physiquement, un des plus petits hommes que je connaisse, mais que à force de platitude dans ses déclarations à ses abonnés, il arrive à paraître encore plus petit;
Qu'ironiste par métier, je deviens tout à coup sérieux pour cracher à la face de notre vieux pantin national, M. Henri Rochefort;
Que le professeur d'énergie Maurice Barrès n'est qu'un Rochefort de peu de littérature et de moindre aplomb, et qu'il fera tant que les électeurs ne voudront plus de lui pour conseillé municipal enfariné;
Que M. Drumont n'a aucun talent, aucun, et qu'on s'apercevra que le joujou antisémite se cassera dans sa main;
Que si le Figaro ne se hâte pas de s'appeler le Bartholo, l'ombre de Beaumarchais ne peut manquer de venir lui tirer les oreilles;
Que fier de lire dans leur texte les Français: Racine, La Bruyère, La Fontaine, Michelet et Victor Hugo, j'ai honte d'être un sujet de Méline.
Et je jure que Zola est innocent.
Et je déclare:
Que je n'ai pas de respect pour nos chefs d'armée qu'une longue paix a rendus fiers d'être soldats;
[...] Je déclare que je me sens un goût subit et passionné pour les barricades, et je voudrais être un ours afin de manier aisément les pavés les plus gros que, puisque nos ministres s'en fichent, à partir de ce soir je tiens à la République qui m'inspire un respect, une tendresse que je ne me connaissais pas. Je déclare que le mot justice est le plus beau de la langue des hommes, et qu'il faut pleurer si les hommes ne le comprennent plus..."
Tout le morceau est sur ce ton. L'homme de cœur, qui se dérobait par pudeur derrière l'humoriste délicat, sort, poitrine en avant, crie sa haine, sa foi. Renard pouvait se payer le luxe, le grand luxe de l'indépendance. Il pouvait aussi se le refuser. Il n'a pas hésité. C'est un luxe qui coûte cher, ou plus exactement qui ne rapporte qu'à longue, longue échéance - après la mort - encore à condition d'avoir un grand, grand, grand talent.
Dieu Merci, c'est le cas pour Renard. Justice - le plus beau des mots de la langue des hommes, comme il dit - lui est enfin rendue.
Son nom, son œuvre - et son exemple - sont imposés.
(Gabriel Reuillard, Les Maîtres de la plume, avril 1929.)
mercredi 27 février 2013
Jules Renard vu par Gabriel Reuillard 3/4
Suite d'hier.
À force de quintessencier et de tourner par goût - peut-on dire par excès de goût - le dos aux lieux communs, Renard a frisé parfois la préciosité, avec certaines de ses Histoires naturelles. C'est, bien souvent de la bimbeloterie, très jolie, parce que Renard reste, malgré tout, un grand artiste, mais c'est souvent faux et guindé. Quelques-unes de ses descriptions et de ses images sont à la nature ce qu'une bergerie de bazar est au paysage montagnard: du bibelot d'étagère, élégant, chantourné, souvent amusant de formes et de contours, mais aussi loin de la vie que tous les poncifs littéraires si soigneusement évité par l'écrivain.
Erreur momentanée, d'ailleurs, car bientôt, Renard, revenu à des thèmes plus larges, plus humains, surtout avec Nos frères farouches, a retrouvé la large et saine voie de la poésie éternelle, à base d'observation directe, prolongeant, par la douce harmonie des mots, l'émotion profonde du poète: "Qui a éprouvé comme lui, à la lecture des Feuilles d'automne, le frisson brusque et sans cause connue, que les arbres se transmettent en une courte agitation, passe au cœur de l'homme soudain grave et le laisse longtemps troublé."
Un classique, certes, mais un classique poète bien qu'il y ait aussi du moraliste en lui. Ce qu'il disait de son compatriote Claude Tillier peut lui être largement appliqué aussi: "Les poètes lui ont donné le goût de la rêverie, de l'image qui peint, du rythme nécessaire à la phrase, si prosaïque qu'elle soit, du mot rare qui frappe, du trait brillant qui éclaire l'idée comme un rayon de soleil presse l'ombre des feuilles."
Poète et moraliste, ai-je dit. comme dans toutes les grandes figures, il y avait, en effet, du moraliste en lui, du redresseur de torts: un Caton dans la république des lettres.
À l'extérieur, c'était un bourgeois janséniste, boutonné dans sa redingote, qui croyait fermement que la vertu finit toujours par triompher par la seule force: "Ma moralité disait-il à peu près - je cite de mémoire - c'est mon squelette."
Cet être d'apparence froid, réfléchi, concentré, passionné qui serrait les dents, avait des explosions soudaines, d'autant plus violentes qu'elles libéraient toutes sortes de forces longtemps accumulées.
Le jour de la condamnation de Zola (23 février 1898), on trouve, dans son Journal, une des pages les plus fortes inspirées à un homme par une écœurante injustice. On pense, en la lisant, à son ancêtre littéraire, Paul-Louis Courier, Nivernais comme lui:
"Zola est condamné à un an de prison et mille francs d'amende.
Suite demain.
(Gabriel Reuillard, Les Maîtres de la plume, avril 1929.)
(Gabriel Reuillard, Les Maîtres de la plume, avril 1929.)
vendredi 22 février 2013
Actualité littéraire
La cartographie littéraire de la France
La carte offre ainsi une promenade dans l'Hexagone au rythme des lettres. Car les écrivains sont attachés à leur terroir qui leur inspire souvent de très belles pages.
En quelques clics, on flâne sur les grands boulevards de Paris avec Zola et Huysmans, et on déambule sous les pins du Midi de Pagnol et Daudet. On apprend par exemple que l'auteur des Lettres de mon moulin a décrit les côtes bretonnes.
La carte de France est interactive et s'enrichit chaque jour de nouveaux extraits. Les internautes sont invités à étoffer la cartographie littéraire en envoyant les textes de grands auteurs sur leur ville.
Pour la balade, rendez-vous sur www.cartographie-littéraire.net.
(Pierre Adrian, Le Figaro littéraire, jeudi 21 février 2013.)
Pour la balade, rendez-vous sur www.cartographie-littéraire.net.
(Pierre Adrian, Le Figaro littéraire, jeudi 21 février 2013.)
jeudi 17 janvier 2013
Journal du 17 janvier 1906
Ligue des Droits de l'Homme. le samedi, huitième anniversaire de J'accuse. M. Painlevé m'étonne par quelques unes de ses formules, très belles. Je me sens plein d'admiration pour ce jeune mathématicien, membre de l'Institut à quarante-trois ans. Je voudrais lui écrire: je ne le fais pas. Le lundi suivant, à la conférence de M. Challaye sur le Congo, M. Painlevé vient à moi et me dit:
- Voulez-vous me permettre de me présenter? Monsieur Painlevé.
- Voilà une minute charmante, dis-je.
- Je vous ai lu, me dit-il.
Il me parle de mes Pointes sèches. Ça ne fait rien, je passe un bon moment. Psichari, homme à femmes, terrible, paraît-il, bâille trois grandes fois au nez du conférencier.
Pierre Mille, raie au milieu, figure poupine, voix lebargienne, monte à la tribune. On entend:
- Je parlais au ministre... Je disais au ministère... J'étais enrhumé, de mauvaise humeur... Je lui ai dit des choses désagréables.
mercredi 9 janvier 2013
Journal du 9 janvier 1891
Vu, ce matin, Daudet. Il dit de Vignier: " Il porte la mort de Robert Caze en bandoulière"; de Zola: qu'il travaille tant qu'il en est tout noir.
Goncourt, paraît-il, a lu Sourires pincés et va m'écrire...
Il est plein d'une grande pitié pour les pauvres honnêtes, pour les femmes qui savent résister aux besoins de l'entre-cuisses. Il s'est battu deux fois en duel, l'une, au pistolet, l'autre, à l'épée, avec Delpit qu'il a blessé au ventre et au bras. Au duel Drumont-Meyer, après que Drumont fut blessé, Daudet quittait sa veste et demandait à se battre à son tour...
Mme Daudet: une femme bien plus artiste que moi, la femme d'art par excellence.
Il a peur que ses enfants héritent de sa maladie, et sa pièce L'Obstacle lui a été particulièrement douloureuse à faire. Il a dit:
- Je voudrais mourir de pitié comme je ne sais plus quel roi ancien, auquel on avait amené des captifs si misérables qu'il en est tout de suite tombé malade.
mercredi 19 décembre 2012
Jules Renard à Autun
À
la découverte de Jules Renard
Une
dizaine d’enfants et quelques adultes ont activement participé à cette
intéressante redécouverte de Jules Renard.
Mercredi
12 décembre après-midi, la bibliothèque d’Autun proposait, à l’espace jeunesse,
une animation lecture autour de textes de Jules Renard.
Cette
activité pour jeunes et adultes, animée par Jean-Pierre Lamy, animateur
culturel pendant près de quarante ans, avait pour objectif, à travers des
lectures, jeux, devinettes et charades, autour des histoires naturelles et
d’extraits de théâtre et du journal de Jules Renard, de redécouvrir cet auteur,
dont l’œuvre romanesque, le théâtre et le journal restent beaucoup moins
connus.
Jean-Pierre
Lamy, en rappelant que la notoriété de Jules Renard n’était pas réduite au seul
Poil de carotte, s’est attaché, après une rapide biographie de l’écrivain, à
décrire un homme aux multiples facettes, à la fois auteur à succès (l’Écornifleur), critique, prosateur, rédacteur en chef, mais aussi militant
républicain.
Dans
un autre registre, Jean-Pierre Lamy a évoqué ses relations avec Rostand, Zola
et le milieu artistique et littéraire de la fin du XIX e et du début du XX
e siècle.
vendredi 14 décembre 2012
lundi 5 novembre 2012
Jules Renard vu par...
Maurice Rostand: son dur visage, taillé à coups de serpe, avait quelque chose d'un peu terrifiant.
Lui-même: Je suis carrément laid, parait-il... Il est certain que je marche sûrement vers une irrémédiable laideur.
Régis Gignoux: Le grand front convexe.
Henri Bataille: La tête en forme de haricot, et le double menton des oies vexées.
Léon-Paul Fargue: Son œil de rouge-gorge, son oreille de chasseur, et son nez de poil à gratter.
Marcel Boulenger: Mais son oeil rond et noir vous eût en même temps percé comme une balle de fusil.
Rachilde: Ce grand et robuste garçon, haut en couleur, avait des yeux en trous d'épingle dans un abat-jour; on devinait qu'un lampe brûlait derrière!
Lucien Descaves: ... Froid, boutonné, l’œil aigu, la barbe rissolée.
Edmond de Goncourt: ... Un garçon encore jeune, mais froid, sérieux, flegmatique, n'ayant pas aux bêtises qui se disent le rire de la jeunesse.
Camille Mauclair: Jules Renard... ne parlait guère, mais était toujours aux écoutes, pointilleux, susceptible, attentif et méfiant comme un lapin roux, dont il avait le continuel frémissement de bouche et d'oreille.
(In Léon Guichard, Renard, La Bibliothèque idéale, Gallimard, 1961, P. 9 et 10.)
samedi 6 octobre 2012
Actualité littéraire
En lice pour le Goncourt 2012
La deuxième sélection du prix Goncourt est tombée. Ils ne sont plus que huit auteurs en lice pour la récompense littéraire qui sera décernée le mercredi 7 novembre. Le jury présidé par Edmonde Charles-Roux, a choisi les auteurs suivants:
Vassilis Alexakis (L'Enfant grec, Stock). Thierry Beinstingel (Ils désertent, Fayard). Patrick Deville (Peste & Choléra, Seuil). Joël Dicker (La Vérité sur l'affaire Harry Quebert, Fallois/L'Age d'homme). Mathias Enard (Rue des valeurs, Actes Sud). Jérôme Ferrari (Le Sermon sur sur la chute de Rome, Actes Sud). Linda Lê (Lame de fond, Bourgeois). Joy Sorman (Comme une bête, Gallimard).
Rendez-vous le mardi 30 octobre pour une ultime sélection qui ne devrait plus compter que 4 ou 5 noms.
864, c'est le nombre de pages de l'Auto-dictionnaire Zola concocté par Henri Mitterrand, le spécialiste de l'auteur des Rougon-Macquart. De A comme Abattoir à Z comme Zone, l'ouvrage offre 1500 mots et citations tirés de ses romans, de sa correspondance et de ses articles.
(Le Figaro littéraire, jeudi 4 octobre 2012, p. 5 et 7)
vendredi 28 septembre 2012
Cycle de conférences: Des animaux et des hommes
Jacques Perrin, Président de l'association des Amis de Jules Renard et Agnès Perrin
Les représentations des animaux et des hommes dans la littérature
Ambigües et riches, les relations entre l'homme et l'animal révèlent aussi bien nos rapports sociaux que notre psyché profonde. L'animal, au cœur des mythes fondateurs et des stéréotypes littéraires n'est plus la "machine" que décrivait Descartes. Au fil du temps, il apparaît comme un véritable "frère" pour des écrivains aussi différents que Renard, Zola ou Colette, ou Céline qui dédicace son dernier livre... "aux animaux"!
Après avoir enseigné en classes préparatoires aux grandes écoles et à l'institut universitaire de formation des maîtres, Jacques-Louis Perrin est aujourd'hui critique littéraire. Agnès Perrin est professeur agrégée de Lettres modernes à l'université Paris-Est Créteil. Sa conférence du 6 novembre permettra d'analyser la présence animalière dans les œuvres destinées aux enfants et de mieux comprendre comment cette présence peut être un passeur vers la littérature.
Jeudi 4 octobre: Bêtes et gens: regards croisés.
Jeudi 11 octobre: L'animal comme miroir 'déformant de l'homme.
Jeudi 18 octobre: Des "animaux-machines" aux animaux-frères".
Jeudi 25 octobre: Les animaux de Renard, Zola et Hugo.
Jeudi 8 novembre: L'animal dans la littérature enfantine.
Jeudi 5 novembre: Bestiaires d'aujourd'hui.
18 h 30 au Centre culturel Atrium, 3 parvis Robert Schuman, 92370 CHAVILLE
mardi 11 septembre 2012
L'homme ligoté
Suite du 3 septembre.
(Jean-Paul Sartre, l'homme ligoté, Situations I, Gallimard, 1947)
Tel est pourtant le cas de Jules Renard: il se moque de Zola et de sa manie du document, mais il reconnait cependant que l'écrivain doit rechercher la vérité. Or cette vérité, c'est précisément la description exacte de l'apparence sensible et psychologique telle qu'elle se présente à un observateur supposé impartial. Ainsi, pour Renard comme pour les naturalistes, la réalité c'est l'apparence, telle que la science positiviste l'a organisée, filtrée, triée, et ce fameux "réalisme" à quoi il adhère est un compte-rendu pur et simple du phénomène comme tel.
Mais, dans ce cas, de quoi peut-on écrire?
L'analyse des grands types psychologiques ou sociaux n'est plus à faire: que dire de neuf sur le financier, le mineur, la femme galante? Zola est passé par là. L'étude des sentiments généraux est épuisée. Reste le détail, l'individuel, ce que les aînés de Jules Renard ont négligé, précisément parce que leur ambition visait plus haut. Renard écrit, le 17 janvier 1889:
"Mettre en tête du livre: je n'ai pas vu des types mais des individus. Le savant généralise, l'artiste individualise."
A suivre.(Jean-Paul Sartre, l'homme ligoté, Situations I, Gallimard, 1947)
lundi 3 septembre 2012
L'homme ligoté
(Depuis le 4 mai 2012, je publie en plusieurs étapes l'homme ligoté. Ce texte de Jean-Paul Sartre étant très long, je l'étale sur plusieurs posts. Le dixième aujourd'hui. On peut accéder aux dix pages déjà publiées, en cliquant sur l'onglet l'homme ligoté dans la rubrique libellés, à droite de cette page.)
Suite du 29 juillet.
Cet entretien dut être d'un comique assez gras. Mais enfin prenons-le pour ce qu'il est. Il nous prouve qu'en 1870 déjà, un jeune écrivain se croyait obligé de devenir grossiste, parce qu'il y avait trop de concurrence dans le commerce de détail. Fort bien. Mais après? Après les épopées en dix volumes? Que restait-il à faire?
Or c'est à ce moment que Renard apparaît. Il figure à l'arrière-queue de ce grand mouvement littéraire qui va de Flaubert à Maupassant, en passant par les Goncourt et Zola. Toutes les issues sont bouchées, toutes les voies barrées. Il entre dans la carrière avec le sentiment désespéré que tout est dit et qu'il vient trop tard. Il est hanté par le désir d'être original et par la crainte de n'y point parvenir.
Faute d'avoir choisi une nouvelle manière de voir, il cherche partout et en vain des spectacles neufs. Pour nous, qui trouvons aujourd'hui toutes les voies libres, qui pensons que tout est encore à dire et sommes pris de vertige, parfois, devant ces espaces vides qui s'étendent devant nous, rien n'est plus étranger que ces hommes ligotés, confinés sur un sol trop travaillé, cent fois labourés, et qui cherchent anxieusement un lopin de terre vierge. Tel est le cas de Jules Renard:
A suivre.
(Jean-Paul Sartre, l'homme ligoté, Situations I, Gallimard, 1947)
(Jean-Paul Sartre, l'homme ligoté, Situations I, Gallimard, 1947)
mardi 5 juin 2012
À l'Académie Goncourt, qui succédera à Jules Renard ? 2/2
L'élu sera il est probable, M. Victor Marguerite. S'il se présente, il a toutes les chances , semble-t-il, qui assurent la victoire. Il manqua l'emporter, il y a trois ans, sur Jules Renard. Il compte enfin beaucoup d'amitiés au sein de l'Académie Goncourt.
On ne saurait dire que l'art de M. Victor Marguerite s'apparente à celui de Jules Renard. Leur technique n'est certes pas, de la même souplesse et de la même et de la même étendue. M. Victor Marguerite s'affirme comme l'un des meilleurs continuateurs d'Émile Zola, dans des romans copieux, abondants, bourrés de notes et de faits, surchargés de description, de portraits et de scènes dramatiques, écrits dans une langue rapide, nerveuse, entraînante, imagée. Il est pourrait-on dire, l'un des derniers naturalistes, en qui survivent la foi, les procédés et les théories de l'école de Médan. Enfin, à côté d'un romancier ardent et fécond, il y a, en M. Victor Marguerite, un polémiste virulent, qui sait gagner à lui toutes les convictions, un défenseur, né de toutes les bonnes causes et de toutes les idées généreuses.
On parle aussi du grand poète Léon Dierx, pour succéder au grand prosateur Jules Renard. Certes, l'Académie Goncourt s'honorerait en choisissant, entre tous, l'un de ceux qui ont tiré du vers parnassien, les plus purs accents. Il serait peut-être temps de donner au beau vieillard modeste la place qui lui est due. Sans doute, les règlements de l'Académie Goncourt ne permettront pas cette consécration tardive.
Il serait bien, enfin, que l'attention des académiciens se portât sur M. Léon Frapié, historiographe attendri du petit monde de la maternelle. Il emporta l'un des prix les mieux justifiés de l'Académie. Il a gardé le secret de l'écriture goncourtiste, mouvante, trépidante, colorée. La Maternelle, M'ame Préciat, Les Contes de la Maternelle sont des livres de tout premier ordre.
M. Léon Frapié, de l'Académie Goncourt, cela serait très bien.
(Louis Handler, Comoedia, 30 mai 1910).
Nota: comme on le sait, Jules Renard fut remplacé par l'écrivain Judith Gauthier. T.J.
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