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mercredi 23 décembre 2015

Journal du 23 décembre 1891

Vu, chez Schwob, André Gide, l'auteur des Cahiers d'André Walter. Schwob me présente comme un entêté insupportable.
Si vous ne l'êtes pas, dit Gide d'une voix grêle, vous en avez l'air. 
C'est un imberbe, enrhumé du nez et de la gorge, mâchoires exagérées, yeux entre deux bourrelets. Il est amoureux d'Oscar Wilde, dont je vois la photographie sur la cheminée: un monsieur à la chair grasse, très distingué, imberbe aussi, qu'on a récemment découvert.
Impossible d’avoir  Courteline à dîner. Il dîne tous les soirs dans sa famille.
- Mais, dit Schwob, vous dînez tous les mardis avec Mendès.
- Mendès, c'est encore ma famille, dit Courteline.

mardi 21 avril 2015

Jules Renard vu par andré Gide

Je ne crois pas avoir encore eu l'occasion de dire combien j'admire Jules Renard. Je l'admire comme s'il était mort, tant je suis étonné qu'on écrive si bien aujourd’hui. Je le relis comme un classique...
(André Gide, l'Ermitage, décembre 1901.)

mardi 16 décembre 2014

Intermède

Quand Narcisse fut mort les fleurs des champs se désolèrent et demandèrent à la rivière des gouttes d'eau pour pleurer. - Oh! leur répondit la rivière, quand toutes mes gouttes d'eau seraient des larmes, je n'en aurai pas assez pour pleurer moi-même Narcisse: je l'aimais. - Oh! reprirent les fleurs des champs,  comment n'aurais-tu pas aimé Narcisse? Il était beau. - Était-il beau? dit la rivière. - Et qui mieux saurait? chaque jour penché sur ta rive, il mirait dans tes eaux sa beauté...si je l'aimais répondit la rivière, c'est que, lorsqu'il se penchait sur mes eaux, je voyais le reflet de mes eaux dans ses yeux.
(Oscar Wilde, cité par André Gide, Oscar Wilde, In memoriam, Mercure de France, p. 16.)

vendredi 19 avril 2013

On aura tout lu, même du Thierry Clermont

Le journal intime a-t-il un avenir ?
Évoquer aujourd'hui le journal intime, c'est remonter une tradition littéraire que l'historiographie fait naître au début du XIXe siècle avec les écrits de Maine de Biran et de Benjamin Constant. c'est également pointer un vaste corpus d'où émergent les grands diaristes tels que Vigny, Stendhal, les Goncourt, Bloy, Gide, Claudel, Léautaud, Morand, Julien Green, Cocteau, Bauchau ou Calaferte (seize volumes de Carnets entre 1956 et 1994), sans oublier Matthieu Galey, l'excentrique Philippe Julian, ou la grande réfractaire des années folles, Mireille Havet, récemment exhumée.
(Thierry Clermont, tclermont@lefigaro.fr,  Le Figaro littéraire, jeudi 18 avril 2013, p. 2)

Comme tout le monde ne le sait pas, mais c'est l'occasion de l'apprendre, Jules Renard a, lui aussi, écrit un Journal. Il est même publié dans la Bibliothèque de la Pléiade.
T.J.

dimanche 16 septembre 2012

L'homme ligoté

Suite du 11 septembre.
Cette formule peut sembler offrir comme un avant-goût des pages fameuses où Gide réclame des monographies; mais je crois qu'il faut plutôt y voir un aveu d'impuissance. Gide est attiré par ce qu'il voit de positif dans l'étude de l'individu; mais pour Renard et ses contemporains, l'individu, c'est ce qui leur a été laissé par leurs anciens. 
La preuve en est l'incertitude où ils demeurent touchant la nature de ces réalités singulières. Certes, Renard, en 1889, s'agace contre Dubus parce qu'il a des théories sur la femme. "Encore? Ce n'est donc pas fini d'avoir des théories sur la femme?" Mais cela ne l'empêche pas, en 1894, de conseiller à son fils: "Fantec, auteur, n'étudie qu'une femme, mais fouille-là bien et tu connaîtras la femme."
Ainsi, le vieux rêve d'atteindre au typique n'a pas disparu. Simplement on y parviendra par un détour: l'individuel, bien gratté, s’effrite, s’éclipse et, sous ce vernis qui s'écaille, l'universel apparaît.
A d'autres moments, au contraire, il semble que Renard désespère de pouvoir jamais généraliser ses observations. Mais c'est qu'il subit, presque à son insu, l'influence d'une conception pluraliste, antifinaliste et pessimiste de la vérité, qui naissait, vers la même époque, de la désagrégation du positivisme et des difficultés que les sciences, après un départ triomphal, commençaient à rencontrer dans certains domaines. Il écrit, par exemple: "Nos anciens voyaient le caractère, le type continu... Nous voyons le type discontinu, avec ses accalmies et ses crises, ses instants de bonté et ses instants de méchanceté."
A suivre.
(Jean-Paul Sartre, l'homme ligoté, Situation I, Gallimard, 1947)

lundi 4 juin 2012

À l'Académie Goncourt, qui succèdera à Jules Renard? 1/2

On pense déjà à donner un successeur à Jules Renard, à l'Académie Goncourt.  Comme il les connaissait bien ses chers confrères, le bon écrivain aux sourires pincés!  À peine a-t-on descendu son corps dans la fosse que, déjà, dix concurrents intriguent pour obtenir la "suite" du maître de Poil de Carotte et de Ragotte. Car il ne s'agit point, cette fois, d'une "chaise" quelconque à l'Académie Goncourt: il va falloir trouver un égal à J.K. Huysmans et à Jules Renard. On cherchera longtemps.
Il faut bien le dire: la mort de Jules Renard est une perte irréparable pour l'Académie Goncourt. On ne voit point, parmi les candidats proposés, quelqu'un qui puisse lui succéder dignement. Ce petit jeu des intrigues littéraires servira, au moins, à prouver l'exceptionnelle valeur de Jules Renard. Rien ne se perd, même dans le monde des idées...et des vanités.
Je ne sais rien d'amusant comme de considérer la variété de tous ces candidats. On parle à la fois de Mme Tinayre, qui écrit des romans solides et platoniques, de M. René de Boylesve, écrivain subtil et bon prosateur de France, de M. Pierre Mille, remarquable disciple de Maupassant et d'Anatole France, de M. Jean Ajalbert, conservateur de la Malmaison de M. Rémy de Gourmont, toute sagesse et toute science, sage égaré dans une époque de fous, de M. André Gide, à la dialectique louvoyante et perfide, de M. André Suarès, un des plus grands poètes de la prose française et qui sait l'art de penser harmonieusement.
Suite demain
(Louis Handler, Comoedia, 30 mai 1910).

vendredi 1 juin 2012

Madame de Rorthays de Saint-Hilaire

Rachilde écrit à André Gide pour motiver son refus de communiquer sa correspondance avec Jules Renard: 
30 juin 1913
Je vous dois tout de même une plus ample explication mon cher Gide et je vais vous la donner tout-à-fait entre nous. Les lettres de Jules Renard que je possède sont presque toutes datées de sa prime jeunesse et du temps où il était l'amant de la vicomtesse de Rorthays de Saint-Hilaire, actrice de la Comédie-Française sous un pseudonyme que j'ai oublié. On ne peut pas faire passer ces lettres là sous les yeux de Mme Renard! De plus, la dame en question (qui vit toujours quoique beaucoup plus âgée que J. Renard) est l'héroïne du Plaisir de rompre...et a fait le mariage de Renard avec Mme Renard.
Voilà. Je les garde pour me rappeler les dates que je n'aurai plus en tête sans elles. On y voit un Jules Renard inquiet, torturé du désir d'arriver, faisant des vers assez médiocres... et un très spirituel anecdotier en herbe...
Rachilde
Le volume 13 des cahiers de l'association des Amis de Jules Renard révèle qui était cette Mme de Rorthays de Saint-Hilaire, alias Danièle Davyle, Danièle Davyle... la vraie, pages 76 à 90. Disponible auprès de amisjulesrenard@gmail.com

jeudi 3 mai 2012

Jules Renard / Louis-Ferdinand Céline

On a fait des études sur Renard et Gide, Renard et Daudet, Renard et Barrès, Renard et Proust, etc. 
Personne n'a pas encore fait le parallèle entre l'imaginaire dans les ouvrages autobiographiques de Jules Renard et dans ceux de Louis-Ferdinand Céline. Entre Poil de Carotte et Mort à crédit. Quelles sources d'inspiration communes, quelle part faite à l'affabulation chez chacun? 
Cela viendra, comme viendra aussi une étude sur leurs veuves respectives: "Lucette (Mme Céline) est une veuve assez exemplaire, qui a toujours défendu son mari et son œuvre;" "elle n'a rien de la veuve abusive qui ne laisse rien passer." (François Gibault et David Alliot, Le Journal du dimanche, 29 avril 2012, p.20).
En attendant, les curieux liront Madame Céline, route des Gardes, par David Alliot, Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 144 p., en librairie le 15 mai 2012.
T.J.

lundi 30 avril 2012

"L'Ombre d'Oscar Wilde" au Théâtre du Nord-Ouest

Le procès d'Oscar Wilde jugé par les écrivains français  
"Octave Mirbeau reçoit chez lui Frank Harris, Laurent Tailhade, André Gide, Jules Renard, Edmond de Goncourt, Rachilde, pour organiser la défense de l'auteur de Dorian Gray. Au travers de ces échanges, on découvre en filigrane un portrait d'Oscar Wilde, écrivain controversé, haï par certains, adulé par d'autres. Texte de défense, texte engagé mais aussi texte de réflexion littéraire, cette pièce de théâtre se caractérise par des dialogues percutants, et replace le procès dans le contexte d'une morale victorienne rigide. Un nouveau regard donc, sur les hommes de lettres, leurs engagements intellectuels et privés, mais aussi sur " une affaire qui les aura divisés et surtout, aura mis en lumière, la limite de leur humanité dès que le sensuel risque d'éclabousser leur confort familial et social – d'une certaine façon... " 
De Lou Ferreira.           Théâtre du Nord-Ouest à partir du mardi 1er mai 2012.

vendredi 10 février 2012

Jules Renard vu par André Gide

Je ne crois pas avoir encore eu l'occasion de dire combien j'admire Jules Renard. Je l'admire comme s'il était mort, - tant je suis étonné qu'on écrive si bien aujourd'hui. Je le relis comme un classique. Peu m'importe si, dans le cours du livre, de ci de là je trouve quelques petits morceaux moins bons: La Fontaine a bien écrit aussi de mauvais contes; ils sont même plus fréquents que les bons. L'important c'est que les bons y soient. Honorine, Mademoiselle Olympe, Le Petit Bohémien, et combien d'autres! sont des chefs-d'oeuvres, - ou ce mot n'a pour moi plus de sens... Je crains d'exagérer, relis encore une fois ces pages, et pas plus qu'à ma première lecture, je ne trouve rien à reprendre, rien à vouloir de plus, rien à gratter. Et vive la littérature française.
André Gide, L'Ermitage, n°12, décembre 1901.
Nota: Honorine, Mademoiselle Olympe, Le Petit Bohémien, in le Vigneron dans sa vigne.

vendredi 23 décembre 2011

Journal du 23 décembre 1891

Vu, chez Schwob, André Gide, l'auteur des Cahiers d'André Walter. Schwob me présente comme un entêté insupportable.
- Si vous ne l'êtes pas, dit Gide d'une voix grêle, vous en avez l'air.
C'est un imberbe, enrhumé du nez et de la gorge, mâchoires exagérées, yeux entre deux bourrelets. Il est amoureux d'Oscar Wilde, dont je vois la photographie sur la cheminée: un monsieur à la chair grasse, très distingué, imberbe aussi, qu'on a récemment découvert.