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samedi 2 novembre 2013

Journal du 2 novembre 1887

Projet de préface. " Ma chère Maîtresse, je te dédie ces vers, d'abord parce que tu ne les liras pas, et que, d'autre part, je suis bien tranquille, car, si tu les lis, tu n'y comprendras rien. Mais je te les offre parce qu'ils sont nés sur les galets de la Manche, dans les coins de paysage de Normandie, dans une nature tapageuse parmi les dessous de bois et les buissons. Nous y sommes-nous piqués, hein! Effet bizzare; presque tous ont une allure triste. Très peu sont gais. En me les rappelant, je songe à un vol de corbeaux que j'ai vu, où, se mêlaient, ça et là, quelques alouettes effarées, et qui s'élevait au-dessus d'un parterre enchanteur et très riant de pavots rouges, de marguerites neigeuses et de belles gueules-de-loup. C'est, vois-tu, une habitude des faiseurs de vers de n'être jamais où ils sont. Si tu venais m'embrasser pendant la lecture d'un sonnet de Baudelaire, je serais capable de ne pas m'interrompre, et, si l'on m'annonçait la mort de mon père entre deux strophes d'Hugo, je dirais :"Attendez." Je me rappelle aussi les enthousiasmes. Tu as beau dire: tu admirais, mais tu ne comprenais pas. Pourtant, il était d'un grand charme pour moi, ce battement de mains tout de confiance, et rien n'est plus doux au coeur d'un homme que le ravissement de la femme qu'il aime, qui l'aime, et la mine attentive qu'elle prend à chacune de ses paroles, d'autant plus  émue et intérieurement grisée qu'elle ne sait pas ce qu'il lui dit.
Ton adoré.
P.S. Tu sais que je me marie."

samedi 16 février 2013

Jules Renard vu par Han Ryner 3/3

Sur Jules Renard et sur Vigny
Suite d'hier.
Il a été de son vivant, mis en musique par Maurice Ravel, été illustré par Pierre Bonnard, Henri de Toulouse-Lautrec et quelques autres, et son théâtre a été joué par Antoine, Marthe Brandès, Jeanne Chéreil, Suzanne Desprès (Mme Lugné-Poe), Firmin Gémier, Jeanne Granier, Lucien Guitry, Marthe Mellot,  Henry Meyer, Cécile Sorel, et autres Signoret. De son vivant! Et cet ex-Carolingien (Ernest Raynaud était son condisciple au lycée Charlemagne où Renard, externe libre, a suivi les cours de réthorique) a connu aussi bien Jean Jaurès que Sarah Bernhardt. Le nom de tous ses interprètes, et celui de Danièle Davyle (Mme de Saint-Hilaire), la première a avoir lu des textes du futur auteur du Plaisir de rompre, ne sont assurément pas tous passés à la postérité, mais tout de même, Antoine, Desprès, Gémier, Guitry ou Sorel, cela n'en constitue pas moins une belle carte de visite.
Mais Jules Renard était né pour être aigri et il semble dans la logique des choses que son Journal soit, en bien des passages, aussi grinçant que Mes poisons de Sainte-Beuve. À ce sujet, Maurice Toesca, qui après les biographies de Jean Paulhan, George Sand, Alphonse de Lamartine, Alfred de Musset, et Alfred de Vigny, a publié chez Albin Michel un Jules Renard en 1977, écrit justement: "Dommage que Jules Renard n'ait pu prendre connaissance des Carnets de Sainte-Beuve! Il y aurait lu cette réflexion qui s'applique à tous les hommes de lettres de tous les temps: les littérateurs français font aujourd'hui avec leur esprit ce qu'autrefois les gentilshommes français faisaient avec dans les duels avec leur épée: il s'entre-tuent". Cependant ajoute Toesca, "Jules Renard n'est pas Sainte-Beuve, et c'est à son éloge: il ne blesse pas pour le plaisir de blesser; il n'y a pas de parti une fois pour toutes pris, comme Sainte-Beuve à l'endroit de Vigny par exemple". Que Maurice Toesca ne tienne pas Sainte-Beuve en très haute estime, nous le savions depuis quelques lustres déjà. Il a raison lorsqu'il déplore que Renard n'ait pas pu prendre connaissance des Poissons beuviens. Il s'en serait assurément délectés, en disciple qui s'ignorait. Je suis moins sûr que Toesca que son modèle ne blesse jamais pour le plaisir de blesser. Quitte à s'en repentir. Sainte-Beuve il est vrai ne se repentait pas du fiel qu'il dispensait[...]
(L'article se poursuit sur Vigny.)
(Han Ryner, Les Messages de Psychodore, n°53, novembre 1992)

vendredi 1 juin 2012

Madame de Rorthays de Saint-Hilaire

Rachilde écrit à André Gide pour motiver son refus de communiquer sa correspondance avec Jules Renard: 
30 juin 1913
Je vous dois tout de même une plus ample explication mon cher Gide et je vais vous la donner tout-à-fait entre nous. Les lettres de Jules Renard que je possède sont presque toutes datées de sa prime jeunesse et du temps où il était l'amant de la vicomtesse de Rorthays de Saint-Hilaire, actrice de la Comédie-Française sous un pseudonyme que j'ai oublié. On ne peut pas faire passer ces lettres là sous les yeux de Mme Renard! De plus, la dame en question (qui vit toujours quoique beaucoup plus âgée que J. Renard) est l'héroïne du Plaisir de rompre...et a fait le mariage de Renard avec Mme Renard.
Voilà. Je les garde pour me rappeler les dates que je n'aurai plus en tête sans elles. On y voit un Jules Renard inquiet, torturé du désir d'arriver, faisant des vers assez médiocres... et un très spirituel anecdotier en herbe...
Rachilde
Le volume 13 des cahiers de l'association des Amis de Jules Renard révèle qui était cette Mme de Rorthays de Saint-Hilaire, alias Danièle Davyle, Danièle Davyle... la vraie, pages 76 à 90. Disponible auprès de amisjulesrenard@gmail.com

vendredi 16 mars 2012

Danièle Davyle

Dans son numéro 376 de juillet-août 2010, la Revue administrative, sous la signature de son rédacteur en chef adjoint Guy Thuillier, a publié un article intitulé: Autour de Jules Renard, la maîtresse de Renard, la vicomtesse de Rorthays de Saint-Hilaire.
Cet article récapitule tout ce qui a été écrit depuis des décennies sur Danièle Davyle en reconduisant les erreurs propagées par les biographes successifs de Jules Renard. Néanmoins Guy Thuillier s'interroge: 
"Peut-être retrouvera-t-on d'autres traces de Mme de Rorthays de Saint-Hilaire, qui appartenait à une grande famille (un Rorthays de Saint-Hilaire est préfet en 1877)... Quelle était sa famille? Comment devint-elle pensionnaire de la Comédie Française, par quelles influences? Avait-elle joué dans d'autres théâtres? Quels étaient ses "protecteurs"? Quand elle rompt avec Jules Renard, s'est-elle mariée comme l'héroïne du Plaisir de rompre? Quand meurt-elle? la famille a-t-elle conservé des lettres, des portraits de Mme de Saint-Hilaire?... Nous aimerions qu'un chercheur nous donne un jour la biographie de Mme de Saint-Hilaire."
Ce souhait est désormais exaucé. Toutes ces questions trouvent leur réponse dans le cahier n°13 de l'Association les Amis de Jules Renard qui vient de paraître dans l'article ayant pour titre: Danièle Davyle, la vraie...rédigé par le chercheur tant souhaité par M. Guy Thuillier. On peut se procurer ce cahier n°13 à l'adresse: amisjulesrenard@gmail.com.
T.J.