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mercredi 14 mai 2014

Qu'est-ce qu'une nation? au temps de Jules Renard

Qu'est-ce qu'une nation? Peut-elle accueillir ceux qui viendraient de l'extérieur, dans l'idée d'en faire partie?  À l'heure de l'Europe, les réponses apportées par le philosophe et historien français, Ernest Renan, donnent à réfléchir.
"Une agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de coeur, crée une conscience morale qui s'appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu'elle exige l'abdication de l'individu au profit d'une communauté, elle est légitime, elle a le droit d'exister. Si des doutes s'élèvent sur ses frontières, consultez les populations disputées. Elles ont bien le droit d'avoir un avis dans la question. Voilà qui fera sourire les transcendants de la politique, ces infaillibles qui passent leur vie à se tromper et qui, du haut de leurs principes supérieurs, prennent en pitié notre terre à terre."
- Ernest Renan, Qu'est-ce qu'une nation?, conférence à la Sorbonne, 1882 - .
(Gauthier Ambrus, Le Temps (Genève), samedi 22 février 2014, p. 40.)

lundi 1 avril 2013

Journal du 1er avril 1896

Renan, ses lettres glacées, et celles non moins frappées, de sa sœur Henriette. Ça, de l'intimité? C'est de la gelée de confidences. 

mercredi 3 octobre 2012

Journal du 3 octobre 1892

M. Ernest Renan étant mort, quelques jeunes gens se demandent avec inquiétude ce que nous allons devenir. On se passe d'avoir la foi. Je voudrais entendre un homme souffrir du doute comme d'un panaris, et crier de rage. Alors, je croirais aux douleurs morales.
Et, moi aussi, j'ai été voir Renan.

lundi 12 mars 2012

Jules Renard par lui-même 4/6

Le renanisme. – Mon père, ayant lu la Vie de Jésus, que je lui avais prêtée, me dit : « Mais enfin, d’après ton monsieur Renan, Jésus-Christ était-il un dieu ou n’était-il pas un dieu ? »
Je crois qu’on peut aimer Renan comme les plus grands, et tout de même lui reprocher un peu son renanisme…
MM. Paul Desjardins et Melchior de Vogüé. – Je ne connais pas.
M. Bourget. – Je ne connais plus.
Le nationalisme. – Barrès le dit mort. Et je renonce à dire du mal de Barrès. Ça ne m’amuse plus. Gloire à cet homme qui nous donne de si lumineuses fêtes d’art avec des idées si obscures !
Mais ne pardonnons pas au nationalisme de nous avoir pris Jules Lemaître. Ça, ce fut une brisure douloureuse, une rupture (que Lemaître ne se fâche pas, j’ose le dire) de famille.

Le mercantilisme, la pornographie. – Ah !  ma foi, je les excuse. Cette indulgence, d’ailleurs, ne m’est pas naturelle. C’est le fruit de ma raison, et elle m’échappe à chaque instant.
Combien de fois n’ai-je pas désiré me vendre, à tout prix ? il y a de la pornographie dans l’Ecornifleur. Ça ne m’a servi à rien. Je ne recommencerai donc plus ; mais l’immoralité des autres ne me gêne pas, à condition qu’elle ne prenne pas des airs de vertu.
Les amateurs. – Je vous répète qu’il n’y a que le talent qui compte.
J.R.    Suite demain

vendredi 9 mars 2012

Jules Renard par lui-même 1/6

Nous allons reproduire sur plusieurs jours une interview épistolaire peu connue de Jules Renard, publiée dans le quotidien Le Matin du 28 août 1904.
Jules Renard d’hiver et Jules Renard d’été, jolie formule pour désigner celui chez qui un autre  voyait  « le côté de Chitry et le côté de Guitry », le paysan et le parisien.
Loin de l’interviewer, il s’épanche  avec ironie, toujours, mais  sans méchanceté, sans amertume. Son esprit vagabonde sur l’école, sur Dreyfus, les politiques et les poètes, sur Renan, le mercantilisme littéraire, les femmes-écrivains, l’Académie et la vie qui s’écoule paisiblement face à la vallée de l’Yonne et les collines du Morvan. Étrange sérénité alors que depuis plus d’un an, face à cette vallée et au pied de ces mêmes collines, il se livre à ce que Léon Guichard a appelé « La guerre au village », violente polémique, par journaux locaux interposés, avec ses détracteurs politiques. Toujours, Jules Renard nous surprendra.
(Voir : Association les amis de Jules Renard, volume 10, année 2009, « Jules Renard, l’apôtre de Chitry ».)
T.J.

AU PAYS DES LETTRES
M. JULES RENARD
LES DEUX JULES RENARD – GENS DE LETTRES, FAITES DE LA POLITIQUE – LE RENANISME DE RENAN - RACHILDE ET Mme de NOAILLES – DE L’UTILITE DE LA CRITIQUE LITTERAIRE – « POIL DE CAROTTE », MAIRE DE SON VILLAGE – L’ACADEMIE FRANCAISE EST UN BOUI-BOUI.

Il y a deux Jules Renard, le Jules Renard d’hiver et le Jules Renard d’été.
Le Jules Renard d’hiver est vêtu d’une douillette robe de chambre et tient à la main un porte-plume. Il est situé au deuxième étage d’une maison bourgeoise, rue du Rocher, à Paris, dans un cabinet de travail sobre de fanfreluches, et où je vois, entre autres, un subtil portrait dû au poète Henry Bataille. Quand un ami vient, le matin, vers dix heures, le maître de céans pose son porte-plume ; son visage sérieux et placide, ses yeux aigus d’analyste s’éclairent d’un sourire accueillant ; il parle littérature, journaux, théâtre, d’une voix posée, sans effets, sans phrases. Point d’énervements, un équilibre parfait. Et ses propos sont judicieux ; l’ami part, lesté d’un bon conseil…
C’est là, dans ce cabinet paisible, près de sa femme et de ses beaux enfants, que Jules Renard, avec une sûre et sagace lenteur, a écrit ses Sourires pincés, et le Vigneron dans sa vigne, et l’Écornifleur, et Monsieur Vernet, et les Histoires naturelles.
Réaliste probe et concis, il décrit l’âme des bêtes, et l’âme, moins souple, des gens. Il voit net et ne déforme pas. Il peint avec l’art méticuleux du miniaturiste. Son « écriture », nullement gênée par le goncourtisme, est d’une pureté classique et s’apparente aux meilleures pages de La Bruyère.
C’est là qu’il a conçu Pain de ménage et Plaisir de rompre, chefs-d’œuvre de railleuse sensibilité ; c’est là qu’est né Poil de Carotte, gosse amer, douloureux ironiste de quinze ans.
Le Jules Renard d’été est un homme d’action et un politique. Il est maire de son « patelin », Chitry-les-Mines, par Corbigny (Nièvre). Il tient le curé par un bouton de sa soutane et lui prouve qu’il a tort. Il s’arrête dans un champ et enseigne la République au cultivateur. Il lutte contre le presbytère et le château. Sa parole est simple et chaleureuse.
Cela ne l’empêche pas de jeter des escargots à ses poules, de sourire de son coq vernissé, de rêver, silencieux, parmi les familles d’arbres, escorté de Pointu, son chien, de jouir des tons fins du ciel et de l’eau, et peut-être bien de pêcher à la ligne…
Jules Renard m’a envoyé les notes suivantes, avec l’autorisation de les arranger. Je préfère vous les soumettre telles quelles, nature, de peur de les déranger. Vous goûterez mieux ainsi l’accent de sincérité de cette confession :
Louis Vauxcelles (Le Matin du 28 août 1904).
Suite demain.