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lundi 26 janvier 2015

Jules Renard et le Mercure de France

Jules Renard fut, dès sa création, le plus gros actionnaire du Mercure de France. Certains en conclurent qu'il était riche.
Dans son petit carnet, Vallette avait inscrit de sa main les cotisations des onze camarades de lettres qui fondèrent le Mercure de France. Pour totaliser le somme de 230 francs qui permit l'impression du premier numéro, Albert Aurier versa 22 franc; Jean Court, 12 fr.; Louise Denise, 12 fr.; Edouard Dubus, 12 fr.; Louis Dumur, 42 fr.; Julien Leclerq, 12 fr.; Ernest Raynaud, 22 fr.; Jules Renard, 62 fr.; Albert Samain, 12 fr.; et alfred Vallette, 22 fr.
(Léon Deffoux, L’Œuvre, 24 août 1936.)

vendredi 24 janvier 2014

Journal du 24 janvier 1890

On constatait hier soir une grande originalité pour le Mercure de France. Les poètes n'y ont pas encore parlé de leur lyre.

vendredi 1 mars 2013

Jules Renard critique littéraire

Le Roman en France pendant le XIXe siècle par Eugène Gilbert (Plon).
La plus amusante façon, je crois, de lire ce relevé de la littérature romanesque en France au XIXe siècle, c'est de parcourir la table, de choisir un nom et de se reporter au texte. A la fin, tout y passe, et, le livre feuilleté comme un album, il faut savoir gré à M. E. Gilbert :
1° D'admirer notre littérature, et d'aimer presque tous ses littérateurs. M. Gilbert n'a pas la dent dure. Il ne se fâche contre Rachilde, par exemple, qu'au nom de la morale. Ça ne froisse personne.
2° D'être souvent mieux informé que nous. Il cite comme des inséparables Lavedan, Gyp, Hervieu et M. Rabuson. Je connais les trois premiers, d'un bout à l'autre. Je piocherai le dernier.
3° De rester de bonne foi, quand il est moins bien informé. Et je suis sûr qu'il ne tardera guère à tirer Marcel Schwob « des cohortes de l'armée psychologique » pour le mettre à part, dans son cœur, très haut. De même, s'il avait lu Le et non La Vierge d'Alfred Vallette, ils lui accorderait une pleine page de gratitude.
4° De multiplier les divisions et les subdivisions, en sorte que chaque auteur classé, s'il se trouve mal du genre d'espèce auquel il appartient, sait ce qu'il doit écrire pour permuter.  
5° D'avoir osé, patiemment, cette minutieuse revue littéraire dont le détail échappe à nos critiques si riches d'idées générales qu'ils n'ont que faire d'idées personnelles.  
6° D'avoir parlé des « jeunes » qui n’avoue pas encore cinquante ans d'âge et vingt-cinq de service.
7° Et d'avoir cédé, dans sa conclusion, la parole à M. Marcel Prévost, ce qui laisse à tout le monde le droit de la reprendre, pour ne rien dire, d'ailleurs, de plus définitif.
(Jules Renard, Les Livres, Mercure de France, février 1896.)

lundi 14 janvier 2013

Jules Renard critique littéraire

Bonne Dame d'Edouard Estaunié.
- A : Je trouve ce livre-là très beau. - B : Avez-vous noté les maladresses ? - A : Monsieur Edouard Estaunié est un garçon plein de talent. - B : Vous en parlé familièrement, mais il manque de métier, mais il manque de métier. - A : J'ai en horreur les professionnels. - B : Avouez que « Bonne Dame » est malheureuse un peu longuement. On n'est pas malheureux comme ça. Elle a l'air de souffrir exprès, pour obtenir une médaille. - A : J'aime « Bonne Dame » entièrement, y compris son argot original. - B : C'est original d'estropié des mots ? - A : Citez moi beaucoup de « jeunes » capables de faire vivre un pareil type pendant trois cent pages ? - B : Il se mourait depuis la centième. - A : Au moins, goûtez-vous, comme-moi, les images nombreuses ? - B : Les meilleures m'auraient suffi. - A : Rappelez-vous : « Bonne-Dame roule, roule, au lieu de marcher, semblable à quelque cloche tombée sur terre, faute d'ailes, pendant le voyage du jeudi-saint » ; et encore : « La ligne télégraphique semblait une quintuple portée sur laquelle des oiseaux marquaient des notes ». Et Cætera ! Et cætera ! Les lettres de Féfé sont vraiment exquises. - B : Exquises, les lettres d'une petite fille mal élevée ! Vous vous démoralisez. - A : Le voyage à Montauban est un pur chef-d’œuvre. - B : Cela vous amuserait, vous, d'attendre dix heures dans la neige la correspondance d'un train ? - A : Je ne sais rien de plus navrant que le séjour de « Bonne Dame » chez sa fille. - B : Quel gendre a jamais traité de la sorte une belle-mère riche ? - A : Rien de plus lamentable que son abandon, sa fuite à Paris, son bonheur enfin, à l'asile, de sacrifiée incorrigible. - B : L'auteur est de votre avis. A propos, pourquoi montre-t-il toujours le bout de ce qu'il pense ? Que nous importent des phrases de ce genre : « Il faut avoir connu les grandes douleurs pour pratiquer les grandes indulgences à l'égard de l'âpre vie » - ou bien : « De même que la santé morale est le principe facteur du bien-être physique, ainsi l'existence...... » - ou mieux : « Les cœurs aimants sont les plus inconséquents ». - A : Bref, mon petit, puisque vous êtes malin, faites-en donc autant. - B : Oh ! Si vous en venez aux personnalités !.....
(Jules Renard, Les livres, Mercure de France, janvier 1892.)