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mardi 22 mars 2016

Journal du 22 mars 1902

Société des gens de lettres. M. de Saint-Arroman, qui préside, ayant dit que M. Alfred Capus n'est peut-être pas le premier que par ordre alphabétique, personne ne proteste, mais personne n'approuve. Il ne faut pas faire de ces plaisanteries à des gens de lettres. 
Georges Renard, un Zola maigre et blanc, un exilé, me dit: 
- On me demande souvent, monsieur, si je suis parent de M. Jules Renard.
Le vote, une arme sournoise et dégradante.
Femmes de lettres, leur laideur, leurs ridicules petits chapeaux verts. Les plus jeune ont des allures masculines: on dirait qu'elles font de la littérature.

dimanche 31 janvier 2016

Journal du 31 janvier 1895

Hier soir, entre Capus, Muhlfeld et moi, la conversation a roulé - au risque de les aplatir un peu - sur l'extraordinaire habileté marchande des P... et des V.. Ils offrent des volumes dédicacés même aux petites vendeuses des gares. Ils sont du dernier bien avec Achille. Ils font des voyages en Allemagne, en Angleterre, en Danemark même, pour surveiller la vente, etc. Et ils envoient aux critiques des exemplaires sur Vélin avec marge. 
Le mal, c'est qu'ils donnent aux éditeurs des habitudes d'indifférence. Confiant en son auteur, l'éditeur ne s'occupe plus de rien.

mercredi 20 janvier 2016

Journal du 20 janvier 1903

La châtelaine. Souper de centième chez Ritz.
- Rappelez-vous, dis-je à Robert de Flers; mon admiration pour Capus, voilà cinq ans, vous étonnait. C'est vous qui l'admirez maintenant.
Granier, les seins gonflés de talent.
Jane Heller, toujours jolie, mais, ce soir, elle scintille particulièrement.
Granier cite, avec trop de rire, un de mes mots d'enfants à Sarah Barnhardt, qui feint de ne pas avoir entendu.
Je dis à Lavallière, un peu au hasard:
- Vous avez un visage qui me plaît pour sa franchise. Vous devez avoir des qualités morales, vous.
Et voilà une pauvre petite bonne femme très émue, qui me prend la main à plusieurs reprises:
- Oh! que je suis contente! De tous les amis de Guitry, je me disais que vous étiez le seul à me mépriser, et j'en souffrais. Je pensais que vous n'auriez jamais de sympathie pour moi, et voilà ce que vous me dites. Oh! que je suis contente!
- Ce que j'aurais voulu jouer, dit Granier, c'est Poil de Carotte.
Cette centième, l'aboutissement de toutes ces folies!
Si l'on dit à l'une d'elles: "Vous êtes jolie", ça lui est égal.
Si on lui dit: "Vous avez du talent", elle est déjà plus touchée.
Si on lui dit: "Vous avez des qualités morales", on s'aperçoit qu'elles ont toutes un coeur de petite fille.

mardi 24 novembre 2015

jeudi 8 octobre 2015

Journal du 8 octobre 1895

Allais me dit hier soir qu'il a vu Schwob dans un misérable petit café, sirotant, effondré, un verre de liqueur noire.
Il n'y a que les hommes de lettres qui soient capables de piétiner un sujet de conversation avec une telle opiniâtreté. Ce sujet, c'était les Tenailles de Paul Hervieu. Allais déclare que la pièce l'a tout bêtement empoigné.  Capus proteste contre cette sècheresse d'Hervieu, ce manque d'humanité, d'intérêt, ce parti pris de froideur. aucune émotion, dit-il. Des phrases où il n'en faut pas.  Il est aigre, ce soir, Capus, et il prétend qu'il faut comprendre la critique comme Rochefort et Drumont comprennent la politique: avec partialité et indignation. 
- Je rencontre, dit Allais, Hervieu qui me dit: "Crois-tu que j'ai de la guigne! Le Français fait relâche ce soir à cause de la mort de Pasteur! "Et il a 15 000 francs de rente!
Et Allais ne rit que du coin de la bouche, ou il se met la main sur les lèvres pour cacher l'âge de ses dents.

lundi 11 mai 2015

Journal du 11 mai 1902

- Tu as parlé, dis-je à Capus, de la tristesse de l'homme fidèle.
- Ah?
- Oui, dans la Petite Fonctionnaire, et cette remarque est de moi.
- Ah! Je savais bien, dit-il, qu'elle n'était pas de moi, mais j'ignorais qu'elle fût de toi.
Il dit: "Allons! à Mardouille!" (pour: à mardi).
- Tu ne m'avais pas trompé, dit-il. La Bruyère, c'est bien, mais Marivaux m'embête.
Il achète, très cher, des petits complets à carreaux qui lui donnent l'air d'un ouvrier. Il dit: "Je suis malade. Je me suis découvert un commencement de tuberculose."
Rien n'est plus drôle que ce petit bonhomme chauve qui a le nez sale, des yeux "tâtonnants" de myope, point de front, et plus d'esprit, à lui seul, que Voltaire et nous tous.

mercredi 15 avril 2015

Journal du 15 avril 1903

Dumas fils avait beaucoup de talent pour son époque. Depuis, on a appris une autre langue. Il n'y aurait peut-être qu'à récrire tout ça, je ne dis  pas:  avec plus de talent, mais avec d'autres mots. Dans vingt ans, il faudra peut-être faire le même travail pour les pièces de Capus et d'Hervieu.
On a dit que le Théâtre libre est rosse. Mais combien Dumas est mufle! Il a pour la femme un mépris d'esclave affranchi.
Nous faisons nos pièces avec nous-mêmes: où est-il dans les siennes? C'est plus général, mais ça manque de vie, et ce n'en est pas plus de tous les temps, puisque déjà on en est las.
Théâtre de dompteur.
Le valet de chambre lui-même a du style, et tous en ont un peu comme les valets de chambre. On annonce: "Monsieur le comte." Nous voilà fixés: c'est monsieur le comte. Tout le monde sait, par convention, ce que c'est, mais, quel homme, ça ne nous regarde pas.
C'est du sport, et ça reste humain parce qu'après tout, par travail et entraînement, il y a de l'humanité dans tous les sports.
On dit quelquefois: "C'est émouvant", et presque toujours: "C'est curieux." Oui, c'est bien curieux! Quelles drôles de gens! allons souper.

jeudi 2 avril 2015

Journal du 2 avril 1901

La Veine. Tout ce que disent Granier et Guitry, je l'écrirais peut-être avec moins d'esprit, mais avec plus de vérité, j'en suis sûr. Mais comment me déciderai-je à adopter des fantoches? Et toutes ces combinaisons faciles comme des mensonges! Voilà pourquoi je n'écrirai jamais une pièce en trois actes. Il y a un bon quart de la pièce de Capus que je n'écrirai pas, et c'est ce quart qui le mènera à deux cents représentations.

mardi 17 mars 2015

Journal du 17 mars 1897

Première représentation. Bon public. La salle débordait. Il y avait partout des gens debout.  Rachilde et Vallette se tenaient près de la rampe. Mayer est très sûr de lui. Il a travaillé la pièce toute la journée. Granier a les mains glacées. Comme toujours, elle fait sa prière avant d'entrer en scène. "Mon Dieu, faites-moi la grâce de bien jouer!"  le rideau se lève. On n'applaudit pas comme à la répétition générale. Oh! qu'ils mettent de temps à dire le premier mot! il me semble que ça ne va pas aussi bien qu'hier. Le gentil Capus me dit que ça va mieux. Parce que certains effets que j'attendais ne se renouvellent pas, je suis désolé, et les effets nouveaux ne me consolent pas. Et, cependant, tout porte, et mon nom, jeté par Meyer, est si bien reçu que je salue derrière le décor.
J'embrasse Granier qui rayonne. Elle et Mayer trouvent cette soirée meilleure que l'autre.
Souper aux Escholiers. Granier rit. Je fais de l'esprit et je tâche de rattraper mon succès que je crois avoir perdu.

lundi 9 mars 2015

Journal du 9 mars 1902

Décor de meubles bordés d'or. Guitry met en scène. Voilà donc un acteur qui ajoute au texte, qui n'est pas absolument inutile! Où je ne le suis pas, c'est dans la scène de "Je veux te reprendre". A quoi bon toutes ces histoires?
Il salue les acteurs avant de faire une observation.
Quand on le voit monter sur la scène par l'escalier de bois, avec son gros ventre, sa tête dénudée, on a un peu peur de cette personne lourde. Puis, au premier mot, tout s'allège, tout s'illumine. 
- C'est un homme merveilleux, dis-je à Claretie.
- Oui, dit-il. C'est un homme de lettres.
- Il écrirait des pièces s'il savait et voulait se servir de l'outil qu'est une plume. 
- Il a eu, dit Claretie, une grosse influence sur votre génération.
- Énorme.
Je bâtis mes pièces en drames, et je les écris en comédie, dit Capus.

samedi 7 février 2015

Journal du 7 février 1901

Capus. Son genre d'esprit.
- Je vais entrer dans cette boutique, dit-il, pour le faire dresser le hair (Hair dresser).
Il en sort, et pas content, disant:
- Je n'y remettrai plus jamais les cheveux.

samedi 29 novembre 2014

Journal du 29 mars 1898

Dîner chez Capus. Son rire réjouissant. Sa petite tête est comme une bille de billard qui tourne et fait de l'effet sur place.
Décidément, Guitry est un homme à part. Il a une façon discrète de charmer. Il raconte ses histoires en ayant l'air de s'excuser de les raconter encore.

jeudi 2 janvier 2014

Journal du 2 janvier 1903

Capus dit qu'il aura la rosette au mois de juillet, automatiquement. Il n'a pas le courage de payer 5000 francs de dédit, qui le dispenseraient de donner une pièce promise à Samuel et lui permettraient de jouir du succès de la Châtelaine.
- Et  les Deux Écoles à Berlin?
- Très bien! dit-il. A l'étranger, ça se passe toujours très bien.
Comme dans un four.

lundi 23 décembre 2013

Journal du 23 décembre 1903

Cornu, gaffeur et donneur de conseils.
Il a éprouvé une "douleur effroyable" à la nouvelle qu'il y aurait une exécution à Nevers.
Comme je dis qu'on écrit beaucoup sur moi dans les journaux de la Nièvre, il répond trop:
- Oh! moi, je ne ferais pas deux fois la même conférence.

samedi 7 décembre 2013

Journal du 7 décembre 1905

Sacha. hier, aux Mathurins, Nono, trois actes qui sont une révélation. C'est du Guitry accouchant lui-même d'un auteur dramatique. 
De la jeunesse, de l'esprit, de l'audace, et jamais bête. Nous étions tous ravis et frappés.
La pièce, signée d'un Capus ou d'un Donnay, nous aurait paru bien, et Sacha aura d'étonnants succès.
Quelqu'un, Sée, je crois, ayant dit: "Sacha devrait collaborer avec Renard: ça lui ferait du bien", Franc-Nohain a dodeliné de la tête et a répondu:
- Je ne crois pas.

lundi 2 décembre 2013

Journal du 2 décembre 1901

Capus a mal au bras parce qu'il n'a pas pris ce matin sa leçon d'escrime. Il n'avoue pas qu'il soit complètement chauve, mais il reconnaît qu'il a les tempes toutes blanches.
Son succès lui permet de dire, avec autorité, d'un air profond, des choses absolument insignifiantes. Il prédit à Guitry qu'il débutera par trois fours à la Comédie-Française, excepté avec Donnay.

lundi 7 octobre 2013

Journal du 7 octobre 1891

Schwob: "Oui, publiez L'Ecornifleur. On vous attend. Tout le monde prétend que vous manquez d'haleine. Rosny me disait ce soir: "Oui, sa supériorité dans les petites choses est incontestable, mais il faudrait le voir dans les grosses."
Capus: " Pourquoi voulez-vous qu''Ollendorf refuse L'Ecornifleur! Il publie un volume par jour. Est-ce qu'on a jamais vu un éditeur refuser un livre?

mercredi 25 septembre 2013

Jules Renard et la SACD

Jules Renard  a été admis a la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) le 18 avril 1902. Il avait pour parrain ses amis Alfred Capus et Tristan Bernard.
Ce même jour ont également été admis: Octave Mirbeau, Gustave Guiches et Henry de Gorse.

mardi 4 juin 2013

Journal du 4 juin 1898

Chez Capus, à Blois. À chaque croisement de route, il lâche les guides de sa petite jument blanche, Bichette. Elle prend la route de l'écurie. Brusquement, il lui donne une première désillusion.
- Je n'aime pas les paysages qui me dominent, dit-il.
Il a gagné près de 100.000 francs cette année, et ne sait ce qu'ils sont devenus. Il a besoin d'avoir autour de lui des gens dont la vie dépend de la sienne.
- Dans une pièce de théâtre, dit-il, rien de plus inutile qu'une phrase bien faite.
Il n'admire Victor Hugo que comme un professionnel qui n'a jamais hésité devant le mot à trouver.