Affichage des articles dont le libellé est Octave Mirbeau. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Octave Mirbeau. Afficher tous les articles

lundi 22 février 2016

Journal du 22 février 1910

Le médecin de Mirbeau lui dit que je n'ai que de la gastralgie.
Selon Mirbeau, B..., commis voyageur recherche les manuscrits où il y a une faute. Claretie le fait reculer. Clemenceau, buté, amusant. La peau du crapaud est belle comme certaines étoffes orientales. Rodin est intelligent. Monet est intelligent.
Il ne vient me voir que pour vérifier si je suis aussi méchant et aussi terrible humoriste qu'on le dit.

mercredi 27 janvier 2016

Journal du 27 janvier 1910

Mirbeau vient me voir hier. Toute infiltration lui paraît une horreur. Consterné:
- Il faut acheter des provisions, dit-il, du pétrole, du charbon.
Il a toujours l’œil inquiet .
Il pense à une pièce sur les métallurgistes.
- Faites donc ça! lui dis-je.
Mais il semble accablé, tant ce sera beau.
Je persiste à le croire très timide. De là ses violences contre Claretie, cet autre faible.
Il me prévient que Claretie ne me pardonnera pas mes mots, et que Rostand ne m'enverra pas une place pour Chanteclerc.
Il veut absolument être inondé et cherche son chemin de tous côtés, loin de la Seine. 


vendredi 3 juillet 2015

Journal du 3 juillet 1900

Pourquoi définir ce que fait Rodin? Mirbeau est le plus fort à envelopper de ténèbres la simplicité de cet artiste, ouvrier robuste, pénétrant et malin.
Il y a une tête de femme en argent, et l'on ne peut nier qu'il ne tire sa grâce, une grâce neuve, de l'argent. Un monsieur hausse les épaules.
Dans le Balzac, il y a de l'admiration pour son œuvre, de la colère de sculpteur contre la terre qu'il pétrit, et un défi aux hommes.
Il y a des seins qui fondent dans la main de l'amant.
Un beau Rochefort, dont les joues font des plis tombants de rideau.
Un Victor Hugo dont la tête grossie par notre culte écrase un corps que nous ignorons.
Les Amants tournent l'un sur l'autre et semblent dire: " Comment nous prendre pour nous aimer comme personne ne s'est aimé avant nous?"

vendredi 3 avril 2015

Actualité culturelle

Journal d'une femme de chambre, de Benoît Jacquot. Avec Léa Seydoux, Vincent Lindon, Clotilde Mollet. Au cinéma, à partir du mercredi 1er avril.
On ne sait pas exactement ce qui a poussé Benoît Jacquot à refaire une adaptation du Journal d'une femme de chambre, mais il accomplit impeccablement le programme. A défaut de cette nécessité intérieure que Rilke demande aux artistes, le réalisateur apporte l'excellence de son savoir-faire.
Voilà la jeune Célestine (Léa Seydoux), femme de chambre par obligation mais rêvant de sortir du cadre, engagée chez un vieux ménage de notables de province, M. et Mme Lanlaire. Madame est d'une aigreur tatillonne et persécute volontiers le personnel.  C'est son seul divertissement. Monsieur profite de sa position pour satisfaire - plus ou moins -ses fantasmes libidineux. L'entourage villageois, militaire à la retraite, commère plantureuse, factotum sombre et mutique, complète  un tableau de la petite bourgeoisie  au pittoresque caricatural. Astucieusement, le réalisateur aère l'histoire en ouvrant des fenêtres sur les précédentes places de Célestine, qui révèlent d'autres aspects de sa personnalité.
L'écriture est intelligente, et Léa Seydoux éclatante de jeunesse et de sensibilité perdues. Rien d'une dévergondée, mais un tempérament indépendant mal étouffé par la contrainte sociale.
Benoît Jacquot traite l'évocation d'époque avec ce raffinement qui évite les décors léchés et les comportements trop appliqués. Décors, costumes, manières ont cette juste usure des choses familières. La dérision et l’amertume y passent d'autant mieux, comme des courants d'air actuels derrière  les tapisseries fanées.
(Marie-Noëlle Tranchant, le Figaro, mercredi 1er avril 2015, p. 28.)

jeudi 26 mars 2015

La croix de la légion d'honneur au temps de Jules Renard

Chemin de croix
[...] Est-ce que Jules Renard, qui est un écrivain parfait, un pur classique, qui compte à son actif trois ou quatre chefs-d’œuvre - des vrais! - et dont le nom, dans les temps à venir, s'accolera, sur des cartouches, à celui de notre La Fontaine, est-ce que Jules Renard est décoré?
Mais non, mon cher Antoine, il ne l'est pas... On annonçait partout, dans les gazettes, qu'il le serait... Oh! j'étais bien tranquille! C'est M. Jules Mary qui le fut à sa place.
Mon Dieu, oui! ... Et c'est juste!...
Et j'ose espérer qu'il ne le sera jamais. Car, le jour où il le serait, à voir ce qu'on décore, ce qu'on crucifie, ce qu'on légionnise, ce serait à se demander si son talent unique, et qui nous est si cher, n'a pas faibli, et s'il ne doit pas bientôt,  à l’abri de cette croix, entrer dans le grand silence des choses mortes!
Ah! que c'est donc mélancolique d'avoir à parler de ces choses oiseuses, et pourquoi faut-il que tous les ans, à la même époque, on éprouve au coeur cette petite tristesse, à voir, parmi ceux que l'on chérit et que l'on admire, les meilleurs, quelquefois, s'arrêter, eux aussi, comme les autres, et s'agenouiller devant chaque station de ce douloureux chemin de croix!...
(Octave Mirbeau, Le Journal, 21 janvier 1900.)

dimanche 8 février 2015

Journal du 8 février 1910

Contractions de Mirbeau quand je dis qu'il y a des choses bien dans Chantecler.
Athis me dit que la première a été mouvementée. Enthousiasme aux deux premiers actes. On criait bis.  C'était fou! Silence au troisième. Sifflements nourris au quatrième, à la bave des crapauds. Guitry n'a pas voulu dire le nom de l'auteur: c'est Coquelin qui l'a jeté.
Rostand n'est pas venu. Mme Rostand disait: "Tant mieux, qu'on siffle! Ça amuse." Il faudra supprimer où c’est dangereux, mais Rostand, paraît-il, ne veut rien entendre.
Et, par ces salles combles, Mellot a déjà un service. 
Beaucoup de presse mauvaise. Les nationalistes ne marchent pas.  Ils n'ont pas pardonné à Rostand d'avoir été dreyfusards.
Pottecher arrive et trouve médiocres les vers qu'il a lus. On s'accorde généralement à trouver Guitry mauvais.

jeudi 2 octobre 2014

Actualité culturelle

La sortie au cinéma du Journal d'une femme de chambre, film tiré du roman d'Octave Mirbeau, est prévue au cours de l'année 2015.
Le tournage est en cours, réalisé par Benoît Jacquot. Initialement le rôle de Célestine devait être interprété par Marion Cotillard mais finalement c'est Léa Seydoux qui sera l’Interprète. Vincent Lindon sera celui de Georges Géret.
T.J.

lundi 29 septembre 2014

Actualité culturelle

Une comédie d'Octave Mirbeau

Mise en scène et direction d'acteurs: Rui Ferreira et Olivier Bruaux
Première: 28 septembre 2014
Représentation du 10 octobre au 31 décembre 2014
Théâtre du Nord-Ouest, 13 rue du Faubourg Montmartre, Paris 9°.

vendredi 27 juin 2014

L'alimentation au temps de Jules Renard

Un médecin, le docteur Chantemesse, avait expliqué que l'huitre donnait la fièvre typhoïde et entrainait la mort.
En ce moment, ils (les médecins) vous interdisent, le plus impérieusement du monde, toute sorte d'aliments qu'ils vous ordonnaient hier, et qu'ils vous recommanderont, a nouveau, demain. si on les écoutait, on ne pourrait plus rien manger, ni plus rien boire, ni plus rien respirer. Qui vous dit que, dans huit jours, il ne sera pas décrété par d'impeccables microbiographes que le bifteck, le gigot de mouton, le poulet, les œufs,  les épinards, les fruits, le pain lui-même, et en général tout ce qui se mange, se boit et se respire, et l'eau pure des sources, et l'air vivifiant des montagnes, que tout cela, reconnu jusqu'ici pour excellent et hygiénique, n'est plus que d'affreux poisons.
Je reverrai toujours le visage bouleversé d'un médecin qui, entrant chez moi et constatant que je mangeais des fraises, s'écria avec un profond accent d'indignation: 
- Des fraises! des fraises! Mais, malheureux, vous voulez donc vous tuer! Mais vous ne savez donc pas que les fraises, c'est du tétanos, du tétanos condensé en pilules.
Et il ajouta en apercevant, sur le buffet, la desserte de mon déjeuner:
- La salade aussi, d'ailleurs...et tout...et tout. Tout ce qui pousse dans la terre, dans ce foyer d'infection tétanique qu'est la terre.
Puis, revenant aux fraises, il me dit, sur un ton suppliant:
- Des fraises! Vous n'avez pas le droit, sapristi! Voyons, mon cher, vous avez une famille, que diable! des amis. C'est scandaleux.
(Octave Mirbeau, Le Figaro, 1er décembre 1903.)

mardi 15 avril 2014

La circulation à Paris au temps de Jules Renard

Paris est la ville du monde où la circulation se fait le plus mal, et où elle coûte le plus cher. c'est un scandale, et qui s'aggrave de jour en jour. Ce problème des transports urbains a été parfaitement résolu dans les grandes villes de province et dans les grandes capitales de l'Europe. Ici, c'est le contraire. On entrave la circulation, comme à plaisir, et de toutes les manières. On a beau multiplier, stupidement, les lignes de tramway et les métropolitains, il y a des jours où il est impossible aux Parisiens de se faire transporter, dans Paris, d'un point à un autre. On passe une partie de sa journée à chercher une voiture qui ne vous prend jamais, à attendre, sous le soleil ou sous la pluie, des heures et des heures, aux stations des omnibus et des tramways, à faire la queue devant les métropolitains.
(Octave Mirbeau, Le Figaro, 24 juin 1903.)

mercredi 25 septembre 2013

Jules Renard et la SACD

Jules Renard  a été admis a la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) le 18 avril 1902. Il avait pour parrain ses amis Alfred Capus et Tristan Bernard.
Ce même jour ont également été admis: Octave Mirbeau, Gustave Guiches et Henry de Gorse.

vendredi 20 septembre 2013

Journal du 20 septembre 1905

Guitry. Une dépression. Il se marque, et il y a de ses histoires que j'ai trop entendues. Il n'y ajoute plus que de la longueur. Je lui dis parfois: "Allons! ne mentez pas!" Et ça le vexe: il a un petit sourire rentré.
Il avait déposé sa bonne amie à l'hôtel Cahouet à Corbigny.
- Qui est-ce?
- Je ne sais pas, dit-il.
- Il fallait l'amener.
- Elle dort à poings fermés, comme une enfant.
Avec Tristan ils ont bien ri parce que, la première enseigne qu'ils ont lue, c'est Paul Cocu.
Trop vite, l'auto. Tant de jolis paysages où l'on ne s'arrête pas. On laisse des regrets partout.
A Vézelay, ils n'ont pas vu passer la terrasse. Ils imaginent ce que dirait Mirbeau: "Une ville morte! Plus que cent habitants! Autrefois mille! Tous ont eu la maladie de la pierre!"

mardi 17 septembre 2013

L'automobile au temps de Jules Renard

L'automobile, c'est aussi la déformation de la vitesse, le continuel rebondissement sur soi-même, c'est le vertige.
Quand après une course de douze heures, on descend de l'auto, on est comme le malade, tombé en syncope, et qui, lentement, reprend contact avec le monde extérieur. Les objets vous paraissent encore animés d'étranges grimaces et de mouvements désordonnés. Ce n'est que peu à peu, qu'ils reprennent leur forme, leur place, leur équilibre. Vos oreilles bourdonnent, comme envahies par des milliers d'insectes aux élytres sonores. Il semble que vos paupières se lèvent avec effort sur la vie, comme un rideau de théâtre sur la scène qui s'illumine.
Que s'est-il donc passé? On n'a que le souvenir ou plutôt la sensation très vague d'avoir traversé des espaces vides, des blancheurs infinies, où dansaient, se tordaient des multitudes de petites langues de feu...
(Octave Mirbeau, La 628-E8, Eugène Fasquelle, 1908)

samedi 4 mai 2013

Journal du 4 mai 1909

Dîner Goncourt. Le Conseil d'État va statuer. Il est presque sûr que nous aurons nos 4000 francs.
Bourges n'est pas là, Daudet non plus. Mirbeau se fait excuser par sa femme. Je ne suis pas fichu de retrouver le nom de l'autre qui manque. Ah! Marguerite. On est sévère pour son attitude. Rosny jeune donne comme excuse une vieille maladie de coeur. 
Idée de Descaves et de Geffroy de publier, en volume, des choses inédites de Vallès avec ce sous-titre: "Éditions de l'Académie Goncourt." Ce ne serait certainement pas une mauvaise affaire. Adopté.
Idée de nous présenter tous en bloc au prix Nobel, chacun avec notre meilleur livre. C'est l'Académie française qui propose les candidats: pourquoi pas nous?
Idée de demander à Barthou le demi-tarif pour les membres de l'Académie Goncourt. On voudrait me déléguer; je me dérobe à cause de mon caractère officiel de maire.
Les deux Rosny savent leur géographie. L'aîné, me demandant où se trouve mon pays, ajoute qu'il est sur un canal qui passe un peu plus loin sous des tunnels. Il est homéopathe, me conseille de boire de l'eau chaude le matin. Lui-même en boit quelques gorgées à tous ses repas. 
Soirée charmante. Ils admirent Hugo, mais tout autant Balzac, ou Dickens, ou Michelet.

mercredi 23 janvier 2013

Sur Jules Renard 2/2

Suite d'hier.
Depuis deux ans Jules Renard faisait partie de l'Académie Goncourt où il avait pris la place laissée vacante par la mort de J.K. Huysmans.
Jules Renard était un excellent confrère, serviable, loyal, d'un esprit bref et délicieux. Il sera vivement regretté.
Les obsèques
Paris 23 mai - La levée du corps de M. Jules Renard a été faite cet après-midi à 3 heures, 44 rue du Rocher. 
De nombreuses personnalités appartenant au monde de la politique, des lettres et du théâtre assistaient à cette cérémonie.
Reconnus au hasard, MM. Buer, représentant le président du conseil; Jean Jaurès, Georges Lecomte, président de la Société des gens de lettres; Victor et Paul Marguerite, J.-H. Rosny, Jules Claretie, administrateur de la Comédie-Française; Octave Mirbeau, Henri de Régnier, M. et Mme Edmond Rostand, Léon Barthou, Peyrebrune, secrétaire-adjoint de l'association des journalistes départementaux; Lucien Descaves, Léon Daudet, Léon Diertz, la rédaction du Mercure de France ayant à sa tête le directeur M. Vallette! MM. Antoine, directeur de l'Odéon; Lucien Guitry, Maurice Leblond, littérateur; le sous-préfet de Clamecy, etc, etc. 
Le corps de M. Jules Renard a été transporté à la gare de Lyon pour être conduit à Chitry-les-Mines (Nièvre) dont le défunt était maire.
(Paris-Centre, (Nevers) non signé, mardi 24 mai 1910.)

vendredi 16 novembre 2012

Jules Renard vu par Léon Daudet 2/2

Suite d'hier.
Celui qui le tira de la gêne fut Lucien Guitry, aidé de sa belle amie Marthe Brandès. Ils lui firent mettre au théâtre, ce petit chef d-œuvre à la Vallès, Poil de Carotte et s'ingénièrent à lui rendre moins âpre sa vie littéraire, où il se comportait comme un enfant. Quel être délicieux, ce Guitry, et quel malheur qu'il soit parti si tôt, laissant d'ailleurs ce fils incomparable, notre Calderon, comme cela ce saura plus tard!
Guitry avait adopté Rostand, qui, lui, était prétentieux et assommant - "immangeable", disait Capus - , et Renard, privé de succès, vivait ainsi dans la compagnie de l'auteur neurasthénique de Cyrano, dont il n'aimait guère la grande habileté dramatique, sans poésie. J'ai oublié de dire que Renard était fanatique de Victor Hugo et ne supportait pas, à son sujet, la moindre restriction. En outre,  Renard ne voulait pas qu'on put attribuer au triomphe à mille cymbales de Rostand, le peu de goût qu'il avait au fond pour ses œuvres, et il se forçait à en faire l'éloge, ce qui était bien amusant.
Puis, de temps en temps, dans l'intimité, il se débondait tout à coup. S'il s'agissait de Rostand, par hasard, au Goncourt, Huysmans, de sa bouche amère et fertile en jugements abrupts, laissait tomber sa formule habituelle : "Ah! c'est un bien déconcertant salaud!" Mirbeau, en se rongeant les ongles, acquiesçait. Barrès n'avait pas plus de goût pour Renard que Renard n'en avait pour Barrès. Barrès disait de Renard: "C'est un jardinier." et me demandait quand nous dînions ensemble de ne pas le mettre à côté de lui: "Il me donnerait des coup de pied sous la table."
Chose curieuse, Renard, à l'académie Goncourt passa à peu près inaperçu. Il arrivait, jaune et creusé, s'asseyait, tirait de sa poche une liste de candidats possibles, la lisait. On ne lui prêtait aucune attention. Alors il repliait son papelard, avec une certaine humeur, serrait quelques mains, puis s'en allait, le front en avant, comme un santon de la nuit de Noël. Il était sans communication avec son prochain et d'accord avec des fourmis qui, d’après lui, étaient toujours 3333. C'était un grand qualitatif borné et comme étouffé par les qualitatifs de notre époque. Je pense, avec tendresse, à lui bien souvent.
(Léon Daudet, Action française, 20 décembre 1938.)

jeudi 15 novembre 2012

Jules Renard vu par Léon Daudet 1/2

Mme Jules Renard, femme charmante, délicate, et adorée de son difficile époux, a-t-elle eu raison de détruire quelques passages acerbes des Mémoires de son mari? Certainement oui et loin d'être une "veuve abusive", comme dit de Monzie dans son beau livre, elle a été, en cela, une veuve prévoyante et prudente. En effet, l'auteur de Poil de Carotte était un écrivain d'humeur - j'ajouterai d'humeur massacrante - et quand il s'irritait  contre l'un ou l'autre, c'était en traits de feu. Puis il le regrettait. 
Je l'ai beaucoup connu et fréquenté à ses débuts, car il était fort amusant, se fichait du tiers et du quart et était animé de deux passions: l'encre et l'épée. J'allais le prendre chez lui, rue du Rocher, où il habitait avec les siens, une petite boite à mouches. Nous allions faire des armes ensemble et nous revenions boire, en devisant, un verre ou deux d'un vin blanc exquis et frais, de son patelin. Par la suite, il fut des nôtres à l'Académie Goncourt et je le vois toujours, avec sa tête flambante et cabossée à la Rochefort, donnant son avis sur tous les candidats. Il avait horreur de Mirbeau, dont il a fait un portrait atroce dans son  "Journal", que Mme Renard n'a pas déchiré. 
Il était passionnément républicain, avec des arguments à la Homais et il me disait: " Je voudrais pouvoir vous détester. Mais cela m'est difficile". Je lui répondais: "Je m'en fiche et je vous aime bien". C'était vrai. Ce fut un de nos bons écrivains, un homme de métier, loyal et griffu. Il faisait du grand avec du petit. Il accueillait, comme Mirbeau, avec facilité les ragots, les choses qu'un homme digne de ce nom n'écoute pas. Je n'y ai jamais prêté mes oreilles.
Suite demain.
(Léon Daudet, Action française, 20 décembre 1938.)

samedi 16 juin 2012

La cote de Jules Renard

Jeudi 14 juin, l'Étude ADER SVV a mis en vente 3 lettres de Jules Renard et quelques autres. Voici le résultat:
Lot 277. Jules Renard à Suzanne Desprès - estim. 400/500 - adjugé 850 €.
Lot 278. Jules Renard à Gustave Larroumet - est.  400/500 - adjugé 700 €.
Lot 279. Jules Renard à Édouard Herriot -  estim.  300/400 - adjugé 650 €.
Les lots 277 et 278 ont été acheté par la Médiathèque de Nevers.
Lot 120. Ed. de Goncourt à Aug. Rodin -  estim.  400/500 - adjugé 2200 €
Lot 121. Ed. de Goncourt à  un critique -  estim.  400/500 - adjugé 1500 €
Lot 211. Guy de Maupassant à P. Ollendorff - est. 1000/1200 - adj. 2700 €
Lot 212. Guy de Maupassant à une dame  -  estim.  700/800 -  adj. 1700 €
Lot 221. Octave Mirbeau  manuscrit signé -  estim.  500/700 -  adj.   450 €
Lot 222. Octave Mirbeau à Édouard Herriot -  estim.  250/300  - adj. 480 €
Lot 223. Octave Mirbeau à Paul Gsell -  estimation.  200/250  - adj.  280 €

lundi 30 avril 2012

"L'Ombre d'Oscar Wilde" au Théâtre du Nord-Ouest

Le procès d'Oscar Wilde jugé par les écrivains français  
"Octave Mirbeau reçoit chez lui Frank Harris, Laurent Tailhade, André Gide, Jules Renard, Edmond de Goncourt, Rachilde, pour organiser la défense de l'auteur de Dorian Gray. Au travers de ces échanges, on découvre en filigrane un portrait d'Oscar Wilde, écrivain controversé, haï par certains, adulé par d'autres. Texte de défense, texte engagé mais aussi texte de réflexion littéraire, cette pièce de théâtre se caractérise par des dialogues percutants, et replace le procès dans le contexte d'une morale victorienne rigide. Un nouveau regard donc, sur les hommes de lettres, leurs engagements intellectuels et privés, mais aussi sur " une affaire qui les aura divisés et surtout, aura mis en lumière, la limite de leur humanité dès que le sensuel risque d'éclabousser leur confort familial et social – d'une certaine façon... " 
De Lou Ferreira.           Théâtre du Nord-Ouest à partir du mardi 1er mai 2012.

lundi 27 février 2012

Journal du 27 février 1902

Burgraves. Soirée du Centenaire. Plutôt terne. On n'aime pas Victor Hugo comme il faudrait, d'un amour filial. Au début, dans ma baignoire, j'ai envie de pleurer, mais ce public me glace.
Il y a là des gens qui feignent d'écouter, qui font chut! quand ils entendent un bruit de vestiaire, et qui n'ont pas applaudi une seule fois.
Il y a le bilieux Coppée - celui-là n'aura pas son centenaire -, et qui se défile avant la fin des actes.
Bernard plaisante et pose sa grosse bouche sur mon oreille, en signe d'émotion: puis il fait un bruit de bœ uf  en mangeant des bonbons.
Georges Hugo vient me serrer la main, l'air d'un cercleux  fatigué, vidé: ça passe pour de l'émotion.  je lui fait compliment de son article à l'Illustration. Il est flatté. comme j'ai déjà passé à Victor Hugo, il me remercie encore pour son article de l'Illustration.
Segond-Weber est si belle quand elle dit: Ce siècle avait deux ans...que mon cœ ur se rompt.
Mirbeau blague. Je sais bien qu'il y a de quoi, mon Dieu! Ce buste, ces palmes, ce tambour, cette cuirasse, ce plumet rouge...
- Mais, lui dis-je, il ne s'agit pas de ça: Victor Hugo est le plus grand lyrique du monde. 
- Ils ont eu ça en Allemagne, dit-il: Goethe et tous les poètes qui ont précédé Goethe.
Quels poètes?
Guitry. Je sens que lui non plus n'aime pas tout ça. C'est un éteignoir d'enthousiasmes sots. Je veux bien, mais gardons Victor Hugo. Dans sa baignoire il fait jouer sa petite lampe de poche.
Mendès. Oh! celui-là croit l'admirer mieux que les autres, mais mon admiration vaut la sienne. En tout cas, c'est à Victor Hugo, immortel, et qui lit dans les cœ urs, de choisir.
Et, ce matin, la Vie parisienne se moque de moi parce que j'ai dit qu'à Victor Hugo, je ne pourrais adresser qu'une prière. Ça me fait plaisir.