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vendredi 15 avril 2016

vendredi 12 juillet 2013

Sur les pas de Jules Renard

Une balade numérique consacrée à Jules Renard a été présentée à Chaumot et Chitry-les-Mines.

 
Christian Paul, député de la Nièvre et des maires de communes rurales du Pays Nivernais Morvan ont découvert, en avant-première, le sentier numérique consacré à Jules Renard. Plus de besoin de guide, le GPS déclenche les explications, animations et photos, sur la tablette.
 
Des balades numériques vont ouvrir au public. Elles permettent des visites guidées en plein air, à l’aide de tablettes. La première, sur les pas de Jules Renard, a été présentée aux élus.
 

Jules Renard au temps des tablettes

 
Première étape de la balade. Le groupe suit, à pied, la petite route qui mène devant la Gloriette, cette belle et imposante bâtisse qu'habita Jules Renard presque jusqu'à sa mort (*). Dans les mains des promeneurs, pas de carte, pas de guide, mais une tablette. Et soudain, devant le portail d'entrée de la Gloriette, l'appareil s'anime. Un texte audio se déclenche, présentant le lieu. Des photos d'époque apparaissent sur l'écran. D'autres animations suivent.
Ces tablettes, prêtées par l'Office de tourisme du Pays corbigeois, contre dépôt d'une caution, permettent une visite guidée en totale autonomie. « Continuez sur la route à droite », dit le message enregistré. Régulièrement, le GPS active l'appareil, qui débite ses contenus numérisés.
Les audioguides des musées en pleine nature
Vendredi soir, des élus de communes rurales, tous membres du comité du Pays Nivernais Morvan, ainsi que Christian Paul, député et président du Pays, ont découvert en avant-première ce sentier numérique consacré à Jules Renard et tracé sur les communes de Chaumot et Chitry-les-Mines. La balade sera ouverte au public d'ici la fin juillet. Au total, le Pays Nivernais Morvan a commandé et financé dix-sept circuits numériques, tous développés sous l'égide des communautés de communes (lire détail en encadré).
Cet outil novateur permettra de marcher sur les pas de Jules Renard et de faire un bon dans le temps, en utilisant les outils du XXI e siècle.

(*) Jules Renard habitait à Paris mais séjournait régulièrement à la Gloriette, à Chaumot, une maison qu'il a louée de 1896 à 1908 (il est mort à Paris en 1910).
(Jean-Mathias Joly, Le Journal du Centre, 9 juillet 2013)

samedi 2 février 2013

En suivant l'ombre de Jules Renard 1/2

"On me donne maintenant cinq sous de la ligne. C'est beaucoup. Mais j'écris des choses concentrées qui ne font pas beaucoup de lignes. D'autre part, c'est cette concision qui fait mon succès. comment sortir de là?"
Cher Jules Renard, le talent ne lui apportait point la richesse et la petite maison de Chitry en témoignait. Ce jour-là, après la mort de Marinette, sa femme, après la mort de Fantec, son fils, un certain jour de l'été 1939, on dispersait les livres de sa bibliothèque.
Ils étaient là, rassemblés comme dans ses livres, les contemporains de Jules Renard, ses modèles, ses héros simples, ses amis campagnards. Ils étaient venus de Chitry, de Corbigny, de Chaumot et de Clamecy, la grande ville.  Mais ils n'osaient point acheter des livres pour la crainte d'entendre leur voix et aussi parce qu'ils ne savaient pas bien lire. Et puis, on disait que l'auteur avait écrit des choses mauvaises. Et leurs enfants ignoraient ce Monsieur qui, disait-on, avait eu du succès à Paris. Et ils restaient là, leurs grosses mains posées devant eux, comme des outils. Ah! quand on vendrait les matelas...
Voilà le père Mignot, lui a connu le Jules. Ils allaient ensemble à l'école.
"Je me le rappelle, dit-il, émerveillé de sa mémoire. Avec sa tignasse rouge, on le voyait par-dessus les haies. Il avait son caractère. Le maire l'appelait Tête de bique. Un jour, il a boudé devant l'inspecteur, pensez..."
- Et sa mère, Mme Lepic...
- On dit qu'il l'appelait comme ça, pauvre Mme Renard. C'était une bien brave dame. Elle nous donnait pour goûter des tartines de pain et de fromages. Ma mère allait en journée chez elle. Elle était couturière et raccommodait Mlle Ernestine, une bien honnête jeune fille.  Mme Renard, elle, piquait peut-être un peu ma mère, avec les épingles, et puis, l'heure, qu'elle ramenait toujours. Mais elle payait pas plus mal que d'autres...
M. Boulé, instituteur retraité à Corbigny a connu Jules Renard, surtout quand il était maire. 
- Nous allions faire des conférences ensemble. Après, on lui a élevé un monument. Mais des gens ont jeté des seaux d'immondice le jour de l’inauguration sur la statue de Poil de Carotte, posée par suzanne Desprès. 
"Il n'y avait  aucun ouvrage de Jules Renard à la bibliothèque municipale de Chitry. Je les ai fait venir et aujourd'hui tout le monde - ceux qui savent lire, naturellement - peut lire les œuvres de notre premier  Chitryen." De l'autre côté de la rivière, a flanc de colline, M. Boulé me désigne la Gloriette, la villa que loua Jules Renard, tout près de ses parents. 
- Le fils de Ragotte habite encore - comme domestique s'entend - la Gloriette. C'est un nommé Chalumeau.
Suite demain. 
(Geneviève Dunais, Radio national, n°66, 23 août 1942)

jeudi 13 décembre 2012

Jules Renard vu par Lucien Descaves 2/2

Suite d'hier.
Le dîner de janvier 1910 fut le dernier auquel participa Jules Renard. Il avait vendu "la Gloriette", (1) sa maison de Chaumot, dans la Nièvre, où sa mère était morte l'année précédente. (En fait, Jules Renard avait rendu la maison dont il était locataire.) La santé de Jules Renard était devenu inquiétante et j'avais accompagné chez lui le docteur Crépel, mon beau-frère. Il ne parut pas plus inquiet qu'un de ses confrères, consulté précédemment. Ni l'un ni l'autre n'avaient diagnostiqué l'artério-sclérose à laquelle le malade succomba trois mois après. A ce dernier dîner Goncourt, Renard avait approuvé l'intention de Geffroy et la mienne, de publier les inédits de Vallès, aux frais de l'Académie Goncourt. C'était sa réponse au badinage de Léon Daudet qui appelait Jules Renard Poil de Vallès, en souvenir de Jacques Vingtras enfant. Autant en emporte le vent...
Vers 1901, alors que je passais mes vacances à Gérardmer, je me rendis à Bussang avec ma femme pour assister à une représentation de Poil de Carotte, au théâtre de Bussang. J'y retrouvai Jules Renard et Maurice Pottecher, fondateur et animateur de ce théâtre. Maurice Pottecher devint aussitôt mon ami et je fus heureux, une quinzaine d'années plus tard, lorsque le hasard le fit habiter rue de la Santé, à deux pas de chez moi. Ce voisinage nous permit de fortifier une affection que le temps ni l'éloignement de Paris n'ont diminuée.
La version que Jules Renard donne de la mort de sa mère dans son Journal, m'apparaît aussi incertaine qu'à Antoine notre ami commun. Celui-ci reçut un jour une lettre de Renard, terminée par ce post-scriptum: "La vieille a encore fait des siennes;  elle s'est f... dans le puits." j'en aurais douté si Antoine ne m'avait dit: - Je voulais t'offrir une lettre de Jules Renard, mais elle a disparu avec toute ma correspondance lors de mon dernier déménagement, quand j'ai quitté Paris. Cette lettre n'avait d'ailleurs d'intéressant que le post-scriptum.
Et il m'en répéta les termes qu'il savait par cœur.
Renard laisse planer le doute sur la mort de sa mère: accident ou suicide. Il ne s'apparentait à Jules Vallès, si féroce pour ses parents, que pour amplifier. Je me suis souvent demandé si, possédant cette lettre de Jules Renard, je ne l'aurais pas brûlée; décision que ne prendra jamais l'amateur d'autographes qui l'aura achetée. L'obsession peut très bien avoir conduit Poil de Vallès à exagérer.
(1)  La "Gloriette" ne lui appartenant pas, il avait seulement cesser la location.
Fin
(Lucien Descaves, Mémoires d'un ours, p. 237)

mardi 16 octobre 2012

Jules Renard vu par Jules Claretie 1/4

Un Jules Renard, avec l'acuité de son esprit et la précision de son style, eût fort bien analysé la différence qui existe entre un cœur simple par exemple et un cœur échauffé. Et il eût apporté dans son œuvre cette pitié qui nous émeut aux accents si poignants de Poil de Carotte. Une confession douloureuse et de la douleur sans phrases. Quelle vérité dans l'étude de cette âme d'enfant! Jacques Vingtras restait romantique en son ironique tristesse. Poil de Carotte est émouvant par sa résignation et son réalisme.
Jules Renard, fut un Parisien qui aimait d'amour la campagne, les champs, ou plutôt un campagnard qui aimait de Paris cette atmosphère électrique, cet air subtil, ce je ne sais quoi d'échauffant dont ne se peuvent passer ceux qui l'ont une fois respiré. Sa joie pourtant était de retrouver son coin de terre natale, son village, le logis nivernais qui, modeste, portait le même nom qu'un palais impérial: la "Gloriette". Il était maire de son village, comme l'avait été Sardou, mais ce n'est pas lui qui eût raillé "nos bons villageois".
Il aimait les paysans, et il en a parlé comme Michelet, avec moins de lyrisme et autant de sympathie profonde. Certaines de ces pages me font penser aussi à de telles confidences de P.-J. Proudhon, autre paysan parisiané. Jules Renard donnait volontiers à L'Écho de Clamecy de courts articles qui paraissaient le dimanche et n'étaient lus que par les Nivernais. Il les a réunis, voici deux ans, sous ce simple titre: Mots d'écrits, et je crois bien que le Berrichon Claude Tillier s'en fût enthousiasmé, et que Victor Lefebvre, laboureur, et Paul-Louis, la canonnier vigneron de la Chavonnière, les eussent trouver impeccable.
Suite demain.
(Jules Claretie, La vie à Paris, G. Charpentier, 1911)

mardi 17 avril 2012

Journal du 17 avril 1897

Ce matin, reçu une lettre de ma mère, qui me dit que mon père a été pris d'un étouffement, qu'il a demandé lui-même le médecin, et que c'est une congestion pulmonaire, grave.
Ah! J'ai trente-trois ans passés, et c'est la première fois qu'il me faut regarder fixement la mort d'un être cher. D'abord, ça n'entre pas. J'essaie de sourire. Ce n'est rien, une congestion pulmonaire.
Je ne songe pas à mon père. Je songe aux petits détails de la mort, et, comme je prévois que je serai stupide, je dis à Gloriette:
- Surtout, toi, ne perds pas la tête! 
Je me donne le droit de la perdre.
Elle me dit qu'il me faudra gants et boutons noirs, et crêpe à mon chapeau. Je me défends mal contre ces nécessités du deuil que je trouvais ridicules tant qu'il ne s'agissait que des autres. Un père qu'on voit rarement, auquel on pense rarement, c'est encore quelque chose au-dessus de soi; et c'est doux de sentir quelqu'un qui est plus haut, qui peut être un protecteur s'il le faut, qui nous est supérieur par l'âge, la raison, la responsabilité.
Lui mort, il me semble que je serai comme un chef désigné: je pourrai faire ce que je voudrai. Plus personne n'aura le droit de me juger sévèrement. Un tout petit enfant serait triste s'il savait que personne ne le grondera jamais.
Je commençais seulement à l'aimer. J'en parlais l'autre matin à Jules Lemaître avec une légèreté littéraire coupable. Comme je rêverai à lui! 
Petites et fréquentes envies de pleurer. On pleure ainsi parce qu'on a dans la mémoire les larmes universelles que la mort a fait répandre.

mercredi 14 mars 2012

Jules Renard par lui-même 6/6

Des jeunes de talent. – C’en est plein. Et ils vont avec une vitesse ! Je ne peux même plus vous citer Marcel Boulanger, c’est déjà un maître. M. Gaston Deschamps lui a fait trois ou quatre articles. Autrefois on pouvait arriver sans un article de M. Deschamps. Aujourd’hui, c’est impossible, et je trouve qu’on est injuste pour nos critiques. On ne les évite plus. Mais j’aime surtout les jeunes, tout-à-fait jeunes, qui m’écrivent une belle dédicace sur leur première plaquette, et qui viennent causer avec moi, enivrés de littérature, les jeunes qui découvrent Flaubert, et veulent fonder une revue !  S’ils sont de mon pays, comme Henri Bachelier (sic), l’auteur des horizons et coins du Morvan, nous passons des heures charmantes.
Votre mot sur Claude Tillier me rappelle  que je le connais, moi aussi, d’hier à peine. C’est un compatriote. C’est à Clamecy, mon chef-lieu de canton, qu’on va lui élever une statue. Ce Claude Tillier était un homme. Nous en sommes très fiers. Ça va coûter plus de huit mille francs ! Un électeur me disait l’autre jour : «  je ne comprends pas qu’on mette tout cet argent à des pierres. » Que répondre ? Me voilà inquiet pour mon buste.
… Je passe toute la saison ici, dans une vieille maison de curé, que j’ai baptisée la Gloriette, et qui est à deux pas de ma commune. J’ai une jolie vue sur la vallée de l’Yonne jusqu’au Morvan, et sur un château  qui se défie de moi comme d’une bombe. Un petit tour le matin à la mairie, de la lecture ; peu de travail ; beaucoup de rêvasserie. Vie de famille. Du Poil de Carotte retourné : c’est la logique. D’ailleurs, plus je vais, moins je comprends la vie, mais plus elle m’amuse. Je perds toute ambition littéraire. Mais je garde les nerfs et la sensiblerie de l’homme de lettres écorché : une attitude de paysan me bouleverse comme une critique. Le curé, le noble, et un tiers de mes administrés me détestent. (mes enfants ne sont pas baptisés !).  Je crois que le reste – le meilleur, naturellement – me regarde d’un bon œil. Mais que de piqûres ! Hier j’envoie demander des nouvelles d’un blessé ! On met presque mon délégué à la porte, en l’accusant d’espionnage ! Un instant je suis furieux, et puis je me dis : « Tout ça est très bien ». Car tout est très bien, c’est l’homme de  lettres qui finit par n’être qu’un pauvre bougre…
L’œuvre en train ? Aucune. Aujourd’hui on fait du théâtre pour être de l’Académie ou pour s’acheter une automobile. Et, à distance, l’Académie me fait l’effet d’un boui-boui. Alors, regardons. Par exemple, j’aurai bien regardé !
Au revoir, cher ami.
Jules Renard
(Fin de l'interview de Louis Vauxcelles,  Le Matin, 28 août 1904)