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mardi 4 décembre 2012

Poil de Carotte vu par François de Nion 2/2

Suite d'hier.
Le dialogue, effroyablement vulgaire, se complique d'essais de "phrases médailles", comme on les aimait sous le premier Empire, et, ça et là, de préciosités surprenantes.  Mais, je le répète, la pièce est bien accueillie à l'étranger, parce qu'elle y colporte un mensonge de plus contre notre pays. On peut s'étonner et s'attrister que la Comédie-Française ait donné l'hospitalité à cette œuvre mauvaise et à cette mauvaise œuvre.
Cette pièce offre aux comédiennes un rôle qui les attire autant par les ressorts comiques et pathétiques qu'il fait jouer que par la faculté, toujours tentante, d'un travestissement. Mlle Marie Leconte sait  esquiver les pires dangers, rien qu'avec sa bonne grâce souriante et saine. Elle a présenté l’insupportable petit drôle comme un bébé souriant et rose, et nous avons échappé ainsi à l'ennui angoissant de ce faux enfant martyr. 
Mme Fayolle imprime, ce me semble, un cachet de distinction un peu exagéré à Mme Lepic, et Mme Dussane est une très gentille Annette. M. Bernard a tiré du personnage du père tout ce qu'on peut en tirer; son succès a été très réel.
(François de Nion, alias François Doré, L'Écho de Paris, 23 mai 1912.)

lundi 3 décembre 2012

Poil de Carotte vu par François de Nion 1/2

Les Premières
COMÉDIE-FRANÇAISE- POIL DE CAROTTE, comédie en un acte de M. Jules Renard.
"La mort n'est pas une excuse," disait, je crois, Vallès. Cette dure mais juste parole s'applique plus particulièrement aux morts littéraires dont l’œuvre survit et doit être jugée sans que notre sensibilité intervienne. Je me sens donc à l'aise pour parler du spectacle que la Comédie-Française vient de nous donner hier, et cela d'autant plus que, du vivant de l'auteur qu'on a tenté de ressusciter, j'ai dit, ici même mon impression. Elle ne s'est guère modifiée.
Poil de Carotte, que des amis ingénieux s'entendirent pour faire "passer chef-d’œuvre", est une pièce de l'époque du "dénigrement", époque curieuse de notre littérature et pendant laquelle tous, à l'envi, s'attachèrent à essayer de démontrer notre irrémédiable faiblesse et nos tares. C'est de ce sentiment qu'est né tout le genre théâtrale qui fait, en ce moment, un fiasco si heureux et si complet.
Le petit acte de M. Jules Renard se ressent intimement de cette tendance et sa réussite à l'étranger vient surtout du jour odieux sous lequel il présente la famille française, cette famille, en réalité, si tendre, peut-être trop tendre pour ses enfants.  Mes lecteurs savent que je n'aime guère les grands mots, ni les indignations faciles, mais je n'hésite pas à dire qu'un telle pièce est une insulte à l'âme nationale, une venimeuse et calomnieuse insulte. Où Jules Renard avait-il vu l'ignoble mégère que son fils appelle si obstinément Mme Lepic? Ou a-t-il rencontré ce père indifférent et lâche, cet enfant auquel on veut nous intéresser, mais qui apparaît, en dernière analyse, comme un être sournois et révolté?
Suite demain.
(François de Nion, alias François Doré, L'Écho de Paris, 23 mai 1912.)

jeudi 12 janvier 2012

Journal du 12 janvier 1892

Écho de Paris. Jules Bois, François de Nion, Schwob...
- Je ferai, me dit Schwob, un article sur l'Écornifleur, long ou court, où je prouverai que vous êtes un mystique.
- Ce sera dur, dis-je.