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vendredi 1 février 2013

Jules Renard et la Ligue des droits de l'homme.

Les entrefilets reproduits ci-dessous, publiés dans Le Temps du 18 janvier 1905, s'inscrivent dans le contexte de "l'Affaire des fiches" : Désireux de favoriser l'avancement des officiers républicains anticléricaux, le ministre de la Guerre, le général Louis André, lance une vaste enquête interne sur les opinions religieuses des gradés : vont-ils à la messe? Ont-ils envoyé leurs enfants dans des écoles catholiques?... Près de vingt mille fiches sont établies par les francs-maçons de la loge du Grand Orient de France, fer de lance de la lutte contre l'Église et confiées au bureau des fiches pour vérification. La campagne des fiches a pour effet de bloquer l'avancement de certains officiers, compétents mais jugés trop proches de l'Église.
Le révélation de ce scandale va occasionner la démission du général André. 
T.J.
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M. A. Alcaïs, pasteur de l’Église réformée à Nevers, adresse au président de la section de Nevers de la Ligue des droits de l'homme sa démission par la lettres suivante:
Monsieur le Président,
J'ai le regret de vous envoyer ma démission de membre de la section de la ligue des droits de l'homme. 
Dès les premiers jours de sa fondation, j'étais entré joyeusement dans les rangs de la ligue pour la défense du droit, en butte alors aux attaques dont vous vous souvenez, par des moyens obscurs que vous connaissez.
Aujourd'hui, les mêmes motifs qui m'y avaient fait entrer me font un devoir d'en sortir. Car la ligue ne saurait, à mes yeux, sans choir lamentablement de son haut idéal, trahir son programme, faillir à toutes ses raisons d'exister, se désolidariser, fût-ce tacitement, avec des procédés qui me semblent jurer avec son œuvre de lumière et de justice et qui ont porté gravement atteinte aux plus sacrés des droits, aux droits de l'homme, dans la personne des citoyens français. 
Veuillez agréer, etc. Signé A. Alcaïs
Le président de la section de Nevers est M. Guéneou, auteur de fiches récemment publiées.

Cet entrefilet est immédiatement suivi de cet autre. On y voit que l' anticlérical Jules Renard, chantre de la bien-pensance républicaine, ne s' embarrasse pas des mêmes scrupules:

Dans sa réunion d'hier, le comité central de la Ligue des droits de l'homme a désigné MM. Armand Dayot, vice-président des "Bleus de Bretagne", et Jules Renard, homme de lettres, pour remplacer MM. Paul Guleysse et Émile Bourgeois démissionnaire, en raison du refus du comité central de réprouver l’œuvre de délation.
(Le Temps, 18 janvier 1905, p. 2)

jeudi 17 janvier 2013

Journal du 17 janvier 1906

Ligue des Droits de l'Homme. le samedi, huitième anniversaire de J'accuse. M. Painlevé m'étonne par quelques unes de ses formules, très belles. Je me sens plein d'admiration pour ce jeune mathématicien, membre de l'Institut à quarante-trois ans. Je voudrais lui écrire: je ne le fais pas. Le lundi suivant, à la conférence de M. Challaye sur le Congo, M. Painlevé vient à moi et me dit:
- Voulez-vous me permettre de me présenter? Monsieur Painlevé.
- Voilà une minute charmante, dis-je.
- Je vous ai lu, me dit-il.
Il me parle de mes Pointes sèches. Ça ne fait rien, je passe un bon moment. Psichari, homme à femmes, terrible, paraît-il, bâille trois grandes fois au nez du conférencier.
Pierre Mille, raie au milieu, figure poupine, voix lebargienne, monte à la tribune. On entend:
- Je parlais au ministre... Je disais au ministère... J'étais enrhumé, de mauvaise humeur... Je lui ai dit des choses désagréables.