samedi 30 novembre 2013

Journal du 30 novembre 1908

Gérault avoue que son journal perd une trentaine de mille francs par mois. Comme je lui reproche de ne payer les contes que 25 francs, il me montre une pile sur sa table. Il en reçoit en moyenne trois par jour. Il pourrait ne les payer que 10 francs: il en recevrait autant.
Il ne croit pas plus à la morale qu'à Dieu. Il me reproche d'être un moraliste amer, pas gai. Il se reproche d'avoir été souvent ridicule de bonté. Il admet tout. Il ne juge personne.

vendredi 29 novembre 2013

Journal du 29 novembre 1890

Barrès a rencontré la meilleure manière d'être neuf: c'est de compliquer l'expression des choses anciennes.

L'assurance maladie au temps de Jules Renard

La bonne assurance
On assure contre les sinistres ses biens et sa personne. Des pères avisés et prudents assurent leur progéniture contre les coups de l'adversité possible. Mais combien voyez-vous de gens qui s'assurent contre la maladie? Elle est là, cependant qui guette et menace chacun de nous. Pour être armé contre elle,  pour se défendre de ses coups, pour enrayer ses assauts, la science préconise le Vin Mariani, le plus admirable reconstituant vital que possède la thérapie moderne. Par lui, l'organisme répare ses pertes, se fortifie, se protège, et la santé, par lui, n'a rien à craindre. La voilà, la bonne assurance.
(Le Courrier Français, n° 36, 8 septembre 1895, p. 4)

jeudi 28 novembre 2013

Journal du 28 novembre 1908

Séailles. Je me fais re-présenter à lui chez Floury. Intimidé devant l'ancien maître, je me tiens avec mon petit chapeau à la main. Aussitôt, il improvise une théorie pour me prouver que Fantec fait sa médecine par réaction, mais qu'il me reviendra. Il n'a pas du cesser de parler depuis vingt-six ans que je ne l'ai vu. C'est bien grâce à lui que je ne sais pas un mot de philosophie.

La Madeleine d'or

Au menu du restaurant du Grand hôtel de Cabourg, l'heureux dîneur peut choisir comme dessert "l’intemporelle madeleine comme l'aimait Marcel Proust" (sic), 15€. Lorsque l'on sait que la madeleine n'a jamais existé et n'était qu'une modeste biscotte, on reste béât d'admiration devant la récupération culinaire de ce facétieux chef, virtuose du marketing gastronomique.
La ville de Cabourg n'est pas en reste, qui, le nom de Balbec étant en déshérence,  a pris de court d'éventuelles et passives postulantes pour s'intituler, officieusement il est vrai, Cabourg-Balbec à l'instar de sa consœur Illiers-Combray, celle-ci tout ce qu'il y a de plus officiellement.
Et cela au grand bonheur des chanceux proustiens venus assister à la remise de la Madeleine d'or, ce dernier samedi 23 novembre 2013.
Dans les salons du Grand hôtel, le Cercle littéraire de Cabourg-Balbec (sic) a remis au cours d'un dîner de gala éminemment sympathique et convivial la 7ème Madeleine d'or à Proust contre Cocteau, dernier ouvrage d'un non moins sympathique auteur, M. Claude Arnaud.
Et peu importe les approximations biographiques et littéraires, l'essentiel est que le gagnant soit la littérature, pour la grande joie des lecteurs.
Bientôt peut-être verrons-nous remettre par le maire de Barfleur, autre lieu d'accueil de Jules Renard et au nom plus poétique que Chitry-les-Mines, non pas au dernier buraliste survivant, mais au  renardien de l'année,  la Carotte de corail.
T.J.

mercredi 27 novembre 2013

mardi 26 novembre 2013

Journal du 26 novembre 1893

Il avait des manchettes en forme de faux cols. Il ne lui restait qu'à leur mettre une cravate.

Les Histoires naturelles aux enchères

Le lundi 9 décembre à 11 heures, sera mis en vente à l'Hôtel Drouot un exemplaire de l'édition originale des Histoires naturelles, dédicacé par Jules Renard, lot n°65: (cliquez sur la photo pour agrandir)

RENARD Jules. Histoires naturelles. Paris, Ernest Flammarion, [1896]; RENARD Jules. Histoires naturelles. Paris, Ernest Flammarion, [1896];
 
RENARD Jules. Histoires naturelles. Paris, Ernest Flammarion, [1896]; in-12 carré, reliure ancienne demi-maroquin rouge à coins, dos à nerfs, tête dorée, couverture (M. Godillot). Édition originale. Deux dessins de Félix Vallotton ornent le plat supérieur et le plat inférieur de la couverture. DÉDICACE AUTOGRAPHE SUR LE FAUX-TITRE : « Bien sympathique hommage à Mr Simonis Empis Jules, Renard, Année 1896 ». La même année 1896 Jules Renard avait publié chez l’éditeur Simonis Empis La Maîtresse avec des bois gravés de Félix Vallotton.– De la bibliothèque Maurice Chevalier. Estimation: 300/500€

SCP Marielle Digard- Vincent Pestel-Debord, Lieu de vente, Hôtel des Ventes Drouot - salle 5, 9 rue Drouot, 75009 Paris.

lundi 25 novembre 2013

Journal du 25 novembre 1901

Anatole France faisait des compliments au général André, qui lui dit:
- Ce n'est rien. Je tâche d'être un homme.
Et le général se mit à pleurer.

Les glaces au temps de Jules Renard

Mon Dieu, à l'hôtel Ritz je crains bien que vous ne trouviez des colonnes Vendôme de glace, de glace au chocolat ou à la framboise, et alors il en faut plusieurs pour que cela ait l'air de colonnes votives ou de pylônes élevés dans une allée à la gloire de la Fraîcheur. Ils font aussi des obélisques de framboise qui se dresseront de place en place dans le désert brûlant de ma soif et dont je ferai fondre le granit rose au fond de ma gorge qu'elles désaltéreront mieux que des oasis[...] Ces pics de glace du Ritz ont quelques fois l'air du mont Rose, et même, si la glace est au citron, je ne déteste pas qu'elle n'ait pas de forme monumentale, qu'elle soit irrégulière, abrupte, comme une montagne d'Elstir...
(Marcel Proust, quelque part dans À la recherche du temps perdu, cité par Jean-Paul et Raphaël Enthoven, Dictionnaire amoureux de Marcel Proust, P. 271)

dimanche 24 novembre 2013

Journal du 24 novembre 1905

Et je me lamente au lit. Pas de solution pour un artiste dans ce mondes des lettres, de voleurs qui ramassent tout. Ce que produit l'artiste ne peut le nourrir. Et, tandis que je me lamente, Marinette, assise sur mon lit, me répète de temps en temps:
-Lève-toi, mon chéri.

samedi 23 novembre 2013

Journal du 23 novembre 1888

Le  poète n'a pas qu'à rêver: il doit observer. J'ai la conviction que par là la poésie doit se renouveler. Elle demande une transformation analogue à celle qui s'est produite dans le roman. Qui croirait que la vieille mythologie nous opprime encore!  À quoi bon chanter que l'arbre est habité par la Faune?  Il est par lui-même.  L'arbre vit: c'est cela qu'il faut croire. La plante a une âme. La feuille n'est pas ce qu'un vain peuple pense. On parle souvent des feuilles mortes, mais on ne croit guère qu'elles meurent. À quoi bon créer la vie à côté de la vie? Faunes, vous avez eu votre temps: c'est maintenant avec l'arbre que le poète veut s'entretenir.

vendredi 22 novembre 2013

Journal du 22 novembre 1894

Le mot juste! Le mot juste! Quelle économie de papier le jour où une loi obligera les écrivains à ne se servir que du mot juste!

Jules Renard aux enchères

Mercredi 20 novembre plusieurs lettres et manuscrits de Jules Renard ont été dispersés à Drouot.
Cette fois-ci pas de stagiaire des Archives départementales de la Nièvre pour lancer une enchère intempestive mais des  professionnels et des amateurs éclairés.
Les lots ont été adjugés pour la plupart dans la fourchette des estimations, ce qui témoigne d'un regain d'intérêt pour Jules Renard. À signaler:
- Un rare manuscrit d'un poème de jeunesse adjugé 600 €.
- Un manuscrit encore plus rare du texte intitulé L’Épervier publié dans les Histoires naturelles, adjugé 2600 €, largement au-dessus de l'estimation.

jeudi 21 novembre 2013

Journal du 21 novembre 1902

Rachilde me dit cette idée:
Décrire Dieu selon la tradition, lui accorder toutes les infinités qu'on lui prête, en ayant soin de changer quelques métaphore et terminer par: "Ainsi c'est Dieu. Il y en a encore un autre au-dessus de lui, mais on ne le connaît pas."