jeudi 30 mai 2013

Journal du 30 mai 1890

Donner comme épigraphe aux Cloportes cette phrase de Flaubert. - Journal  des Goncourt, 1er volume, page 367: "Je n'ai eu que l'idée de rendre un ton, cette couleur de moisissure de l'existence des cloportes."

Actualité littéraire

Wilde, la bibliothèque idéale


S'il n'a publié qu'un seul roman, Le Portrait de Dorian Gray, le dandy irlandais a produit une oeuvre foisonnante, s'imposant notamment comme auteur dramatique de premier plan. Il a aussi écrit de nombreuses nouvelles, des poèmes, et laissé une correspondance impressionnante. 
Notre sélection:
1/ Une pièce de théâtre, L'Importance d'être constant. GF Flammarion.
2/ Son unique roman, Le Portrait de Dorian Gray. Le Livre de poche.
3/ Un conte merveilleux, Le Prince Heureux. Folio.
4/ Un recueil de nouvelles, Le Crime de Lord Arthur Savile. Folio.
5/ La correspondance, Lettres d'Oscar Wilde. Gallimard.
6/ Un poème, La Ballade de la geôle de Reading. Le Livre de poche.
(André Clavel, Lire, juin 2013.)

mercredi 29 mai 2013

Journal du 29 mai 1906

L'hirondelle dont le vol est partout et qui n'est nulle part.

Actualité littéraire

Livres audio.  Editions Thélème 1 CD MP3. 

Portrait de Marcel Proust

Conférence par Jean-Yves Tadié


Jean-Yves Tadié est l'un des meilleurs spécialistes de l'oeuvre de Proust. Professeur émérite à l'université Paris-Sorbonne, directeur des collections Folio classique et Folio théâtre chez Gallimard, il a publié une biographie de l'écrivain qui fait autorité et a dirigé la nouvelle édition d' A la recherche du temps perdu dans la bibliothèque de la Pléiade, couronnée par le prix de l'Académie française. Il a aussi dirigé et préfacé, toujours dans la Pléiade, le premier volume des Écrits sur l'art d'André Malraux, ainsi que le tome 6 de ses Œuvres complètes, publiées sous le titre Essais. 
Le portrait de Marcel Proust qu'il nous propose est celui d'un écrivain qui a conquis dans nos mémoires une place une place si importante et qui est considéré nous dit-il, comme le plus grand écrivain du XXe siècle (1). Jean-Yves Tadié se propose d'interroger sous l'angle de ce destin étonnant la nature hors norme d'un écrivain qui échappe définitivement à son pays et à sa langue.
(Lire, juin 2013.)
(1). Il est généralement admis par la communauté littéraire internationale que Marcel Proust et Louis-Ferdinand Céline sont les deux plus grands écrivains français du XXe siècle. 
T.J.

mardi 28 mai 2013

Journal du 28 mai 1897

Le cimetière neuf. De l'herbe, des fleurs, une seule tombe, une croix au milieu de l'unique allée, et une porte fermée. nous ne pûmes entrer.

Poil de Carotte joué au Jardin d'acclimatation

Le Jardin d'Acclimatation (Paris) accueillera, du 11 au 26 juin 2013, la Comédie-Française qui jouera Poil de carotte de Jules Renard dans une mise en scène de Philippe Lagrue.
Pour la première fois, initiant un partenariat voulu par Muriel Mayette, l'administratrice générale de la Comédie-Française, le Théâtre du Jardin recevra ainsi les comédiens de la troupe de Molière pour 12 représentations exceptionnelles !
Jouée pour la première fois à Paris en 1900, « Poil de carotte » connut immédiatement un grand succès avec 125 représentations. La pièce fut ensuite inscrite au répertoire en 1912. Jules Renard était un familier du Jardin d'Acclimatation dont il parle régulièrement dans son Journal décrivant les animaux qu'il venait y observer. Savait-il qu'un jour on y construirait un théâtre dans lequel sa pièce autobiographique serait jouée plus de cent ans après sa création ?


Poil de carotte de Jules Renard
Mise en scène de Philippe Lagrue. Scénographie de Franck Walega. Lumières d'Éric Dumas. Assistante à la mise en scène, Marie-Edith Le Cacheux
Avec Catherine Sauval, Benjamin Jungers, Gilles David, Adeline d'Hermy, et Grégory Gadebois.
Du 11 au 26 juin 2013
Les 11, 14, 18, 20, 21, 22, 25 et 26 juin à 20h00. Les 12 et 15 juin à 15h00 et 20h00. Le 23 juin à 15h00. Relâche les 13, 16, 17, 19 et 24 juin.
Prix des places de 18€ (entrée du Jardin comprise)
Durée du spectacle : 1 heure.
Tout public à partir de 10 ans.
Réservation au 01 44 58 98 58
www.comedie-francaise.fr
M° Les Sablons
Bus : lignes n° 43 - 73 82 - 93 - 174 - 244 - PC

lundi 27 mai 2013

Journal du 27 mai 1903

Théâtre. Comédiens toujours dans l'eau comme des canards. Donnent des poignées de coudes.
Les femmes changent de bas et de chemise.
- Mais je vois!
- Bon! Mes nénés?
Tout ça, près du seau de toilette.

dimanche 26 mai 2013

Journal du 26 mai 1904

Honorine a un doigt privé d'une phalange. Elle ne sait plus si elle l'a perdue à la moisson, d'un coup de faucille, ou par un panaris. Elle sait seulement qu'elle a tant souffert qu'elle voulait se jeter à l'eau.

samedi 25 mai 2013

Journal du 25 mai 1908

J'écoutais, hier soir, une petite pièce de Dieudonné qui rappelle le Pain de ménage. Dire des choses intimes et les dire si mal, c'est de l'impudeur. Dès qu'un monsieur et une dame parlent sur la scène, je suis gêné s'ils parlent mal.

vendredi 24 mai 2013

Journal du 24 mai 1893

Gandillot, un gros, siffle en parlant, dessine, et dit:
- C'est étonnant comme c'est difficile de dessiner quand on ne sait pas!
Il fait même un peu de peinture.
- C'est rigolo, dit-il.
- Que ma bonne aille où elle voudra, dit-il encore, pourvu qu'elle ne m'emmène pas!
Il joue au jacquet et compte les points avec ses doigts, comme s'il trottait sur le tapis, comme s'il passait un ruisseau sur des pierres.

mercredi 22 mai 2013

Journal du 22 mai 1897

Papa a toujours une intelligence claire et lente. Près de lui, moi, je ne sens plus la mienne très nette. j'ai toujours peur de dire une chose fausse, et de la mal dire, et il doit penser: "Qu'est-ce qu'on a donc à toujours me parler de mon fils? Je ne vois pas ce qu'il y a d'extraordinaire." Il parle bas, pour ne pas se fatiguer le poumon, et chacune de ses paroles tant ménagées fait un peu mal à celui qui l'écoute. (Reprendre les Cloportes.) 
Dès que maman ouvre la porte, il s'arrête. Elle entre parce qu'elle a senti qu'il allait dire quelque chose qu’elle voudrait bien savoir. Traînant sa jambe malade, elle va au placard, l'ouvre, touche la pile de linge, feint de chercher, écoute, et ne prend rien. Elle fait le tour de la table, déplace un journal. Enfin, elle trouve une tasse et l'emporte. Elle n'a rien entendu. 
Refermée sa porte, papa, qui s'était promené à petit pas, continue et achève sa phrase sur le même ton.

Un texte non inédit de Jules Renard 3/3

Suite d'hier.
- Je me connais, se dit M. Vernet, je suis fichu; je m'interroge et je sens que j'irai jusqu'au bout de mon questionnaire: c'est inutile de résister à la tentation d'être logique: la peur du ridicule ne m'arrêtera pas; après la chasse, la pêche! Un jour quelconque, à la chasse, après un de mes crimes, je me suis dit: de quel droit fais-tu ça? La réponse était toute prête. On s'aperçoit vite qu'il est répugnant de casser l'aile d'une perdrix, les pattes d'un lièvre. Le soir, j'ai pendu mon fusil à un clou, mon fusil qui ne tuera plus. L'odieux de la pêche, moins sanglante, vient seulement de me frapper.
À ces mots, M. Vernet vit le bouchon de sa ligne qui se promenait sur l'eau comme animé, comme par défi. Il tira machinalement une fois de plus. C'était une une perche hérissée, épineuse, qui, comme toutes ses pareilles, avait avalé l'hameçon jusqu'au ventre. Il fallut l'extraire, arracher de la chair, déchirer les ouïes de dentelles rouges, se poisser les mains de sang.
Ah! il saignait, celui-là, il s'exprimait!
M. Vernet roula sa ligne, cacha au pied d'un saule les deux poissons qu'une loutre y trouverait peut-être et s'en alla.
Il semblait plutôt gai et méditait en marche.
- Je serais sans excuse, se disait-il. Chasseur, même si je pouvais m'offrir avec mon argent d'autres viandes, je mangeais du moins le gibier, je me nourrissais, je ne donnais pas la mort uniquement par plaisir, mais Mme Vernet rit bien, quand je lui apporte mes quelques poissons raides et secs, et que je n'ose même pas, honteux,la prier de les faire cuire. C'est le chat qui se régale. Qu'il aille les pêcher lui-même.Moi je casse ma ligne!
Cependant, comme il tenait encore les morceaux brisés, M. Vernet murmura, non sans tristesse:
- Est-ce enfin devenir sage, est-ce perdre déjà le goût de vivre?
Fin
(Jules Renard, Vers et prose, janvier-février-mars 1910)

Edit: Merci au lecteur de ce blog qui signale que "ce texte est tiré des Histoires Naturelles sous le titre Poissons page 140 (La Pléiade)".