mardi 31 juillet 2012

Journal du 31 juillet 1894

Arromanches. La grande horloge était couchée par terre, comme si on avait mis le temps dans un cercueil.

A qui appartient une oeuvre?

La question s'est posée en 2001, lorsque l'écrivain François Cérésa publia une suite aux Misérables intitulée Cosette ou le Temps des illusions. Représentant l'ensemble de la famille, Pierre Hugo arrière-arrière-petit-fils de Victor saisit la justice en même temps que la SGDL. Les plaignants perdirent leur procès, la défense s'étant appuyée paradoxalement sur un texte de Victor Hugo lui-même:
Dans un discours prononcé en 1878 devant le congrès littéraire international Hugo affirmait:
"Dès que l’œuvre est publiée, l'auteur n'en est plus le maître. C'est alors l'autre personnage qui s'en empare, appelez-le du nom que vous voudrez: esprit humain, domaine public, société (...) Une fois l'auteur mort, je déclare que s'il me fallait choisir entre le droit de l'écrivain et le droit du domaine public, je choisirais le droit du domaine public (...) Nous devons travailler pour tous avant de travailler pour nous."
En deuxième appel, la cour d'appel  de Paris débouta Pierre Hugo et la SGDL les condamnant à verser 10.000 € à l'éditeur et à l'auteur vivant.
(Le Figaro, mardi 24 juillet, p. 20).

lundi 30 juillet 2012

Journal du 30 juillet 1891

La guerre n'est peut-être que la revanche des bêtes que nous avons tuées.

En politique, par Léon Daudet, juillet 1898

En politique
Je méprise le métier de politicien, tel que je le vois pratiquer en France, par la plupart des parlementaires. Hypocrisie, mensonge, tel est le programme de ces niais. Ils ne croient qu'à une chose: la patience populaire. Et ils l'exploitent de mille façons.
J'estime chaque régime à peu près supportable s'il est sincère. Graver sur les monuments: Liberté, Égalité, Fraternité, et conserver, en les faussant, des cadres autoritaires, me parait une affreuse duperie. Une immense partie de la nation, le prolétariat, n'a pas le bien-être, c'est certain. Personne ne s'occupe vraiment de l'éclairer, d’améliorer son sort, de libérer son âme robuste, simple et généreuse.
Je souhaite à mon pays le minimum de gouvernement possible. Je suis persuadé que les hommes pourraient vivre heureux sans maîtres ni contraintes, dans une société  puissante et souple, où chacun trouverait l'emploi de ses facultés. Si l'éducation, qui est la lumière, consumait l'égoïsme, illuminait la vertu et la sincérité, montrait la beauté du dévouement et du sacrifice, les petits Français deviendraient de vrais hommes, au lieu d'être une foule avide, tiraillée en divers sens par les besoins et les intérêts.
Ceci n'est pas une utopie. Un effort réel, un désir soutenu de justice aboutiraient, j'en suis sûr, à d'étonnants résultat.
(Léon Daudet, Interviews de littérature et d'art, par Jules Huret, Éditions Thot, 1984)

dimanche 29 juillet 2012

Journal du 29 juillet 1891

L’Écornifleur, c'est l'histoire d'un jeune homme insupportable qui parle tout le temps et ne prouve rien.

L'homme ligoté

Suite du 20 juillet.
On s'étonnera peut-être que Renard n'eût rien à dire. On demandera pourquoi certaine époques, certains hommes n'ont aucun message à délivrer, alors qu'il suffit de se peindre pour être neuf. Mais peut-être la question est-elle mal posée. Il semblerait, à l'entendre, que la nature de l'homme soit fixe, comme aussi bien l’œil intérieur qui la regarde, et qu'il suffirait en somme que cet œil s'accoutumât à nos ténèbres pour y distinguer quelque vérités nouvelles. En fait, l’œil préfigure, trie ce qu'il voit; et cet œil n'est pas donné d'abord. Il faut inventer sa manière de voir; par là on détermine a priori et par un libre choix ce que l'on voit. Les époques vides sont celles qui choisissent de se regarder avec des yeux déjà inventés. elles ne peuvent rien faire que raffiner sur les découvertes des autres; car celui qui apporte l'oeil apporte en même temps la chose vue. Pendant toute la seconde moitié du XIXe siècle français, on s'est vu avec les yeux des empiristes de Londres, avec les yeux de S. Mill, avec les lunettes de Spencer. L'écrivain n'avait qu'un procédé: l'observation; qu'un instrument: l'analyse. Après Flaubert et les Goncourt, déjà, on pouvait enregistrer un certain malaise. Goncourt note dans son journal, au 27 août 1870:
"Zola vient déjeuner chez moi. Il m'entretient d'une série de roman qu'il veut faire, d'une épopée en dix volumes, de l'histoire naturelle et sociale d'une famille... Il me dit: après les analystes des infiniments petits du sentiments, comme cette analyse a été tentée par Flaubert dans Madame Bovary, après l'analyse des choses artistiques, plastiques et nerveuses, ainsi que vous l'avez faite, après ces oeuvres-bijoux, ces volumes ciselés, il n'y a plus de place pour les jeunes; plus rien à faire; plus à constituer, à construire un personnage, une figure: ce n'est que par la quantité des volumes, la puissance de la création qu'on peut parler au public.
A suivre.
(Jean-Paul Sartre, l'homme ligoté, Situations I, Gallimard, 1947) 

samedi 28 juillet 2012

Journal du 28 juillet 1899

Le style, c'est l'habitude, la seconde nature de la pensée.

Pâques

Voici la semaine de Pâques et, comme à un opéra aimé aux douces influences musicales de qui on brûle d'aller se soumettre, chacun décide d'aller au plus vite à la campagne. La représentation est d'ailleurs particulièrement brillante, il faut se hâter d'en profiter. Car ce n'est que pour quelques jours que les cerisiers, les pommiers et les poiriers se montreront dans toute la splendeur de leur légère robe blanche ou rose. Et les frêles lilas qui prolongent leur séjour tous les ans de quelques semaines pour paraitre à côté de ces cerisiers devant la beauté presque féerique de qui ils s'effacent en souriant, comme les femmes souvent admirent une autre femme - les frêles lilas sont encore là, inclinant gracieusement leur tête violette ou blanche de cygne. Et quoique leur beauté soit certes moins éclatante, peut-être la préférerez-vous à celle des cerisiers, et trouverez-vous à leur parfum un charme unique.
A chaque étage des vieux marronniers, les feuilles - hôtes joyeux du printemps qui restent assez tard à jouir de la belle saison et dont quelques-unes, plus résistantes que les autres aux vents redoutés de Septembre prolongent leur séjour, s'exposant vaillamment seules sur la branche désertée aux intempéries de l'automne - les feuilles déjà sont au complet.
(Marcel Proust, Essais et articles, Au temps de Jean Santeuil, Bibl. de la Pléiade, Gallimard, p. 414.)

vendredi 27 juillet 2012

Journal du 27 juillet 1903

Mme Lepic. Sa vertu d’honnête femme est une vertu piquée, âcre. Elle garderait un sérail. Elle gardait la petite bonne et lui décachetait ses lettres. Elle en conserve une qu'elle lui a arrachée, et dont elle met les trois morceaux dans une boite: 
- Mon bien-aimé, disait la petite,  je vous attend ce soir. Je serai seule. Nous pourrons causser. Celle qui vous aime. Votre petite amie.
Mme Lepic dit:
-Elle fait de ma maison une maison publique. D'ailleurs le maire me l'a bien dit: "Ce n'est pas une petite fille: c'est une chienne." Comme je le lui disais à elle: "Moi, ma fille, j'ai eu mes torts, je le reconnais. Oui, j'ai des défauts, mais, sous ce rapport-là, on n'a rien à me reprocher, rien, rien, pas ça!"
Et, la main écartée sur la poitrine, elle pleure...de regret.

jeudi 26 juillet 2012

Journal du 26 juillet 1900

A Chaumot. En accouchant, elle a été prise d'une crise d'estomac. On a cru qu'elle passait. On est allé le chercher. Il arrive, et n'est pas étonné.
- Quoi? Qu'est-ce qu'elle a? Je l'ai déjà vu comme ça.
Outrée de son indifférence, elle lui crie:
- Carne! C'est toi qui m'a mise dans cet état! C'est toi qui a tout fait!
Et ils s'engueulent. 
Une bouteille de champagne, offerte par Marinette l'a remise.
Quand elle a de ces crises d'estomac, elle boit de grands verres d'eau-de-vie qu'elle envoie prendre chez ses voisins, ou qu'elle achète.
Il est inscrit sur la liste d'Assistance, elle, pas. On l'a inscrite d'office. Elle croyait que c'était impossible, parce que l'accouchement n'est pas une maladie.

mercredi 25 juillet 2012

Journal du 25 juillet 1903

Mendès, ce Déroulède de la littérature.

Marguerite Renard parle de Marinette

Document  inédit. La belle-fille de Jules Renard écrit à Maurice Toesca après la publication de sa biographie de Jules Renard:
Hellerup, 3 février 1977
Cher Monsieur, 
J'ai lu avec beaucoup d'attention et souvent d'émotion cette histoire que je connais si bien, approuvant ou discutant mais finalement toujours de votre avis. 
C'était amusant cette conversation à une voix, je suis sûre qu'ils ont été parfaitement heureux tous les quatre, lui un peu déçu de voir Fantec abandonner ses études littéraires.
Mais je ne suis pas sûre que le contraire, s'il avait vécu, l'aurait contenté, "La joie d'un grand homme qui devine que ses enfants ne seront rien".
Je n'ai connu Marinette qu'en 1923. Dès la mort de Jules Renard elle avait vieilli rapidement et j'avais peine à reconnaître, d'après ses anciennes photos, la grand-maman maigre à cheveux blancs un peu austère qui ne retrouvait vie qu'à travers sa fille. Donc, mariage de raison, sûrement au début: une femme utile, oui, mais nécessaire... pourquoi faire? Jules Renard n'aurait jamais supporté un autre type de femme que la sienne vraiment faite sur mesure.
Je pense souvent à la polémique soulevée au moment de la parution du Journal.
Fantec aurait souhaité qu'il paraisse 50 ans après la mort de Jules Renard pour épargner, connaissant son père, les inévitables coups de griffe. Il n'a pas eu droit au chapitre.
Bref, s'il y a eu des coupures, qu'elles qu'en soit les raisons, le Journal n'en reste pas moins le grand livre qui a servi d'ébauche à l’œuvre de Jules Renard. Et moi qui lit comme on respire j'ai envie de retrouver au fil de ces 23 années ces mélancoliques souvenirs.
Je regrette d'être depuis cinq ans, à peu près privée de l'usage de mes jambes, et de n'avoir pas eu la chance de vous rencontrer à Montfort au cours de vos travaux. J'ai réussi à passer quelques jours à Paris en novembre, ce qui m'a permis d'apporter l'album de famille rue St-Jacques où je résidais.
Un chaleureux merci de la part de la mère et de la fille pour les deux exemplaires et pour l'auteur mon bien amical souvenir.
M. J.-F. Renard   (M. = Marguerite, belle-fille de Jules Renard)
(Fonds Maurice Toesca, IMEC)

mardi 24 juillet 2012

Journal du 24 juillet 1899

Je crois être dans une mine d'or, et je ne gratte que de la terre.

Jules Renard dans la Grande encyclopédie (1897)

RENARD (Jules), littérateur français, né à Châlons-sur-Mayenne le 22 févr. 1864. Il a débuté par un petit volume de vers les Roses, puis a publié successivement des volumes de nouvelles et des romans d'un tour très original qui a été remarqué aussitôt par les lettrés.
On le range parmi les humoristes, bien que le pessimisme secret et l'ironie amère qui se cachent au fond de ses brefs récits, sans emphase d'aucune sorte, l'élèvent bien au-dessus du simple humour [...]
Jules Renard est un auteur classique, de la bonne lignée française tout ce qu'il a publié est soigné et d'une haute tenue littéraire d'une sincérité et d'un naturel parfait, il témoigne en toutes ses œuvres d'un sentiment profondément humain, qu'il parle des hommes ou de la campagne qu'il aime; sa tendresse discrète s'exerce sur les animaux dont il est un observateur aussi minutieux que spirituel.  
L'extrême pudeur de sa sensibilité, qui fait parfois croire à un peu de sécheresse, en même temps que le réalisme auquel elle s'allie, composent le talent le plus.
(Signé Ph. B. La Grande encyclopédie en 31 volumes, 1897)

lundi 23 juillet 2012