Honorine a tant vécu que sa mort a passé inaperçue. Parfois, je crois entendre encore son pas dans le jardin.
jeudi 31 mai 2012
Effets de lune
Le soir, si je sens que la lune monte derrière moi, à pas de loup, vite je me retourne et je la regarde en face. C'est plus prudent. Et je voudrais, comme je la regarde, que quelqu'un me lût, dans l'ombre, des détails précis sur elle. Au cœur d'un ignorant, le mystère de la lune fait mal. elle est le désespoir du poète qui ne peut en dire quelque chose de neuf.
Jules Renard, Bucoliques.
mercredi 30 mai 2012
Votre soirée du lundi 4 juin avec Emile Zola et Jacques Perrin
Martine Le Blond-Zola
Daniel Repoux, directeur des éditions Sous la Lime
et Jacques Perrin,
à l’occasion de la sortie du CD
Émile Zola - Des bêtes et des hommes
vous invitent à une soirée lectures & échanges à la
Brasserie Le François Coppée, 1 Boulevard du Montparnasse, Paris 6e (M° Duroc)
le lundi 4 juin à partir de 18H*
Il y a 110 ans, Émile Zola nous quittait.
Si nous connaissons tous la volonté première du créateur des Rougon-Macquart : peindre « naturellement » la société et les mœurs de son temps, combien, parmi ses lecteurs, savent qu’il fut un fervent défenseur de la cause des bêtes et que cette passion, à la fois ardente et lucide, nous fait entrer dans une conception résolument nouvelle de l’animal et de ses rapports avec l’homme à l’aube du XXe siècle ?
Au cours de la soirée qui se terminera vers 20H15, Martine Le Blond-Zola, arrière petite-fille de l’écrivain et Jacques Perrin, concepteur du CD et du livret qui l’accompagne, évoqueront ce que fut l’engagement de Zola pour la défense des bêtes. Un combat inséparable de ses luttes pour l’amélioration de la condition humaine.
Des extraits d’un article du Figaro, des Nouveaux contes à Ninon et des Rougon-Macquart seront lus par les comédiens Claude Aufaure et Philippe Lejour qui ont mis en voix ces textes repris dans le CD. Nous souhaitons aussi que la sortie de cet album soit l’occasion d’un fructueux dialogue entre les participants sur ce thème cher à l’un de nos plus grands écrivains.
D’avance, un grand merci pour votre présence !
Daniel Repoux
Contact : drepoux@free.fr / 06.87.13.79.83
* une participation de 6€ par personne, incluant une consommation, vous sera demandée.
mardi 29 mai 2012
Journal du 29 mai 1894
Levant la tête, on voyait là-haut, entre les plus hautes branches des arbres, couler une rivière du ciel.
2ème interview de Patrice Fay
Diffusé en avril 2012 sur Galigalang, magazine culturel de la chaîne Réunion 1ère. Patrice Fay a donné 14 représentations à la Réunion de son spectacle "J'ai le cœur plein de feuilles mortes" d'après le journal et l’œuvre de Jules Renard.
lundi 28 mai 2012
Lettre au Préfet
République française
Département de la Nièvre - Arrondissement de Clamecy
Mairie de Chity-les-Mines
Chitry-les-Mines le 28 mai 1910
Monsieur le Préfet,
Monsieur Jules Renard, maire de Chitry-les-Mines, étant décédé le 22 mai je vous prie de vouloir bien prendre un arrêté convoquant les électeurs de la commune à l'effet de nommer un conseiller municipal à sa place.
Je convoque le Conseil municipal pour le dimanche 6 juin pour le vote du budget de 1911.
signé: l'adjoint, Robin
(Source: Archives départementales de la Nièvre).
dimanche 27 mai 2012
Journal du 27 mai 1893
Il faudrait renaître une vie pour la peinture, une autre pour la musique, etc. En trois ou quatre cents ans, on pourrait peut-être se compléter.
Jules Renard vu par Maurice Pottecher 2/2
Suite.
J'ai eu l'occasion de séjourner chez lui, et j'ai pu constater, dès le premier soir, sa peur maladive de l'orage, et la nervosité extraordinaire que l'orage provoquait en lui. Il y avait en lui un côté de malade - et l'ascendance...
On le trouvait assis dans sa robe de chambre. Il prenait quelques notes, découragé. On lui demandait des pièces, des articles. Il se sentait vidé. Et il le disait. Facilement ému.
"Il avait de l'esprit. Quelquefois lent à venir, le trait sortait toujours. Je me rappelle qu'à Bussang était venue une actrice extrêmement brillante, la maîtresse de Porto-Riche. On lui avait présenté Jules Renard, et pendant une demi-heure, il y avait eu entre elle et Jules Renard une escarmouche étincelante.
Il n'attacha aucune importance à la pièce que Jules Princet avait tirée des Bucoliques.
(Cité par Léon Guichard, Dans la vigne de Jules Renard)
(Cité par Léon Guichard, Dans la vigne de Jules Renard)
samedi 26 mai 2012
Jules Renard vu par Maurice Pottecher 1/2
Je l'ai connu par Marcel Schwob...Les rapports avec lui étaient très difficiles. Tenez! Il était venu passer un mois à Gérardmer. Et je me rappelle que, le soir même de son arrivée, lui, ou moi, ou les enfants, prenaient des photographies. Une plaque vint à se casser. J'en donnai une explication que je croyais la bonne. Renard en donna une autre. Nous en vînmes à une discussion extrêmement pénible. Je m'en aperçus et lui dis: "Voyons! Renard, c'est stupide de discuter de cette façon pour si peu de choses...". Il n'en démordait pas et voulait repartir immédiatement. Alors, je me décidai à lui faire des excuses. Ma femme me disait: "Mais tu n'as aucune excuse à lui faire. Ce serait plutôt à lui..." En effet, il était évident que j'avais raison. Enfin, pour arranger les choses, il fallut les lui faire, et je vous assure qu'il ne me facilita nullement.
Il resta un mois à Gérardmer. C'est là qu'il conçut le Pain de ménage, qu'il écrivit à Gérardmer, ou immédiatement après Gérardmer. Le décor et la situation du Pain de ménage sont empruntés à Gérardmer. Il était dans la maison de campagne d'un ami, chez moi, et la situation des deux couples était la même: celle d'un double ménage d'amis. Je dis cela pour vous montrer comment il se servait toujours d'éléments réels, et transposait dans un décor observé des sentiments ou des situations ressentis ou observés ailleurs.
Suite demain.
(Cité par Léon Guichard, Dans la vigne de Jules Renard)
vendredi 25 mai 2012
Au soleil de Lucette
Céline étant mort, les visiteurs, soudain rétrécis d'admiration, voudraient continuer à le faire vivre pour le rencontrer enfin; en lieu et place du génie, on s'assied face à sa femme. Lucette a 100 ans, mais en chronologie célinienne elle n'en a que 76: ils se sont rencontré en 1936. A Meudon, la visite au 25 ter route des Gardes est devenue un pélerinage. Les céliniens, automatiquement lucettiens, se font croire que leur Dieu, qui est le Diable des autres, est bel et bien là...
Tout le monde est là sauf celui qu'on est venu voir. C'est un cimetière où ce sont les vivants qui sont morts et où le seul à être vraiment vivant est le mort qu'on célèbre; un Père Lachaise inversé...
L'infréquentable Céline aura finalement eu la veuve la plus fréquentée. Je ne le déplore pas, et ce petit livre hommage est sans doute un beau cadeau pour la vieille dame: pourtant toutes les danses autour et dedans une maison, fût-elle visitée de son fantôme principal, n'ont strictement aucun rapport avec l’œuvre, pas plus que de la tombe de Schubert ne s'échappe la moindre note de la moindre sonate. Brûlé au soleil de Lucette, on s'éloigne étonnamment, infiniment de la littérature. Que croyait-on?
(Yann Moix, Le Figaro littéraire, jeudi 24 mai 2012) A propos de Madame Céline, route des Gardes, ouvrage collectif dirigé par David Alliot, Éditions Pierre-Guillaume Roux, 140 p., mai 2012.)
jeudi 24 mai 2012
Journal du 24 mai 1904
Ils voudraient un corbillard à Chitry.
- Pourquoi faire?
- Pour promener les morts.
- Pourquoi faire?
- Pour promener les morts.
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