lundi 28 septembre 2015

Journal du 28 septembre 1895

Par la fenêtre, je la vois toujours travaillant. Il lui arrive de parler tout haut de son ouvrage. Le matin, elle fait son ménage avec des gants. C'est une vieille fille qu a quitté la maison où elle était parce qu'on l'a démolie.  Elle est ici depuis plus de quinze ans. Elle n'a fait que ces deux maisons. Un ami vient la voir. Jamais il ne couche. Il déjeune quelquefois le dimanche. Ils sont blancs, tous les deux, à les croire poudrés, et propres, et polis, polis. Ils font de fréquents voyages et paient leur loyer avant de partir.  Il est veuf, père de famille. Il a des enfants qui ont des enfants. De peur de leur faire du tort, elle n'a jamais voulu l'épouser.  C'est un couple qui fait aimer la vie. Elle ne réclame rien à son propriétaire. Une fois, elle lui a demandé l'autorisation de faire changer son papier à ses frais. Bien avant tout le monde, elle est vieille et a l'air jeune. On la voit très bien maîtresse aimée et amoureuse.

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