vendredi 28 février 2014

Journal du 28 février 1905

Une actrice tombe à genoux, mais elle a eu la précaution de s'y mettre de petits coussins d'ouate.

jeudi 27 février 2014

Journal du 27 févier 1910

D'ailleurs, j'ai fini. Je pourrais recommencer, et ce serait mieux, mais on ne s'en apercevrait pas.
Il vaut mieux mettre fin.

mercredi 26 février 2014

Journal du 26 février 1889

Madame, dit une dame mûre à une jeune dame pour la rassurer, quand j'accouche, c'est comme si je faisais un gros caca.

Le travail des enfants au temps de Jules Renard

La loi du 19 mai 1874 fixe à douze heures par jour le travail des enfants de 12 à 16 ans. Pour ceux de 10 à 12 ans, la durée maximale de travail est six heures. Les adultes, conformément à la loi du 9 septembre 1848, travaillent douze heures.
La loi du 2 novembre 1892 fixe à dix heures par jour la durée du travail pour les enfants de 13 à 16 ans, et à onze heures pour ceux de 16 à 18 ans et les femmes. 
(Tissu topique, Toiles de Mayenne à Fontaine-Daniel depuis 1806, p.88-89, Gallimard, 2006.)

mardi 25 février 2014

Journal du 25 février 1891

Ce matin, bonne conversation d'une heure et demie avec Alphonse Daudet. Il souffrait moins, marchait des pas presque naturels, était gai. Goncourt lui a dit: "Dites à Sourires pincés que je ne l'oublie pas, que je lui écrirai quand j'en aurai fini avec La Fille Élisa." Goncourt n'est pas au-dessus des petites misères de la vie littéraire. Un article méchant de Bonnières au Figaro l'a profondément froissé. Il en reste nerveux longtemps. Cela devrait pourtant le faire sourire, car il est dit dans cet article que, tout ce qu'il peut y avoir de bon, c'est Ajalbert qui l'y a mis!

lundi 24 février 2014

Journal du 24 février 1894

- Je me suis interrogé, sondé, dit Bernot et je me suis répondu que, depuis l'âge de dix ans, je n'avais pensé qu'à la littérature. Dernièrement encore, un ami me disait: "comment! toi, tu es marchand de vins en gros? Mais, mon pauvre garçon, il faut lâcher ça tout de suite! Tu ne feras rien dans le vin." Alors, j'ai vendu mon fonds, et me voilà prêt à l'épreuve. Je n'ai pas besoin de gagner de l'argent tout de suite. J'ai gardé une petite affaire qui me permettra de vivre. J'ai vingt-sept ans. J'ai fait des tas de vers et de prose. De quel côté vas-tu me lancer?

samedi 22 février 2014

Journal du 22 février 1905

Aujourd'hui, reprise de Poil de Carotte.
En matinée, à Cluny, à la Femme au masque, j'avais à ma droite une vieille femme qui ressemble à ma mère. Elle écoutait la pièce comme si je l'y avais amenée, comme si ç'avait été la pièce de son fils, c'est-à-dire sans témoigner d'émotion.
Comme d'habitude, en partant, je ne lui ai pas dit bonsoir.

vendredi 21 février 2014

Journal du 21 février 1893

Il commençait par tutoyer les gens, les jugeant tous de mince importance, et, quand il les connaissait, qu'il pouvait les estimer, soudain grave, il leur disait "vous".

jeudi 20 février 2014

Journal du 20 février 1901

Hutinel. C'est un grand médecin pour qui les chères petites malades se font belles dans leur lit.

mercredi 19 février 2014

Journal du 19 février 1907

Voyage à Chaumot. Une nature trempée. Ils ont tous des figures rouges, le sang à la tête. Ils se chauffent les uns chez les autres.
Les doigts de Philippe tremblent quand il touche une feuille de papier. Je voulais toujours lui parler doucement, mais il faut que je lui parle haut, parce qu'il devient sourd. J'ai l'air en colère.
Il fait si froid qu'il ne sent pas mauvais. Il entre un tel froid par la cheminée qu'il a la barbe toute gelée.
Dans le jardin, le poireau indomptable ne gèle jamais.
L'eau du puits est la seule qui ne gèle pas.
L'arbre qui n'a qu'un pied dans la tombe.
Un peuplier se balance comme une grande perche.
La pie, corbeau qui passe en demi-deuil.
On ne sait jamais comment ils feraient pour élever leurs enfants si la mort ne les aidait pas.
Ils ont du goût quand on va les voir entre deux trains. Ils sont près de la nature, aussi près du sol que leurs bêtes. Ils ont une vie silencieuse de poireaux, et on s'étonne qu'ils ne gèlent pas.

lundi 17 février 2014

Journal du 17 février 1890

Cherchez le ridicule en tout, vous le trouverez.

Actualité culturelle

Jules Renard était " sourd à la musique et aveugle à la peinture". Tant pis pour lui.
L'exposition "Les Impressionnistes en privé" au musée Marmottan, réunit une centaine d’œuvres de Monet, Renoir, Pissaro, Sisley et d'autres, venues de collections particulières.
On n'a jamais vu ces chefs-d’œuvre.
On ne pensait pas qu'il existait encore tant de chefs-d’œuvre de l’impressionnisme qui avaient échappé au musée d'Orsay et à tant d'autres grandes institutions américaines et européennes. Des Monet, Renoir, Degas, Manet, Cézanne, Boudin, Caillebotte, Pissaro, invisibles jusqu'alors, appartenant certes au Patrimoine mondial de l'humanité mais surtout à de riches collectionneurs, qui les admirent dans leur petit musée personnel, entre le canapé et la table du salon, loin des regards de la foule. Ce sont ces chefs-d’œuvre cachés qu'offre l'exposition " les Impressionnistes en privé" au musée Marmottan, à partir d’aujourd’hui.
Musée Marmottan, 2 rue Louis-Boilly (Paris XVIe), du 13 janvier au 6 juillet.  www.marmottan.fr.
 (Yves Jaeglé, Aujourd'hui en France, jeudi 13 février 2014, p. 31)

dimanche 16 février 2014

Journal du 16 février 1895

La première fois que je rencontrai Mme Séverine, tout de suite, sans dire un mot, nous prenant les mains, nous nous mîmes à pleurer.

samedi 15 février 2014

Journal du 15 février 1897

Le Plaisir de rompre. - C'est bien théâtre. Nous allons au rendez-vous, Mayer et moi, chez Granier. Elle n'y est pas. Elle n'a prévenu personne, et son domestique ne sait rien. Quel plaisir ce serait de pouvoir lui dire: "Ma petite dame, rendez-moi mon manuscrit!" Mais il faudrait être malin.
Mayer s'arrête pour admirer un grillage en fer forgé.  Il trouve byzantines les tours du Sacré-cœur. Il dit que, dans les grandes maisons modernes, on a l'air d'habiter des tiroirs.
Je lis mal, en digérant, et il remue sur sa chaise avec une sorte d’impatience qui me donner hâte d'en finir. Peu d'effet, ou pas. Toujours son horreur des hommes de lettres au théâtre. Très papa, très mari, très brave garçon, il trouve ravissant le rôle de Granier et ne dit pas un mot du sien. Il ne s'occupe jamais de sa mémoire, n'apprend ses rôles qu'en répétant, et il se trouve les savoir malgré lui.

vendredi 14 février 2014

Journal, un jour de février 1888

A quoi bon tant de sciences pour une cervelle de femme! Que vous jetiez l'Océan ou un verre d'eau sur le trou d'une aiguille, il n'y passera toujours qu'une goutte d'eau.

La caricature au temps de Jules Renard

Gustave Doré, l'imaginaire au pouvoir.  Musée d'Orsay, Paris, du 18 février au 11 mai.
À travers une rétrospective d'envergure, le musée d'Orsay propose de découvrir ses plus célèbres illustrations et ses peintures méconnues.
Trente ans qu'il n'avait pas eu droit à une rétrospective digne de ce nom. Un préjudice aujourd’hui réparé par le musée d'Orsay, qui met à l'honneur Gustave Doré (1832-1883), illustrateur célèbre pour avoir mis en images des textes fondamentaux comme la bible, et les plus grands auteurs: Perrault, La Fontaine, Rabelais, Dante, Shakespeare, Cervantès...
"Il a marqué de manière durable et indélébile l'imaginaire collectif, souligne Philippe Kaenel, commissaire scientifique. Des réalisateurs se sont réclamés de lui: David Lean, Cecil B. DeMille, Roman Polanski, Tim Burton, Terry Gilliam, Peter Jackson. Mais ce qui lui a valu une gloire internationale a provoqué son drame." Car ce contemporain de Manet nourrissait une ambition decrète: être reconnu pour sa peinture..."
(Stéphanie Belpêche, Le Journal du dimanche, 9 février 2014, p. 32)

jeudi 13 février 2014

Journal du 13 février 1895

Hier, Rod me racontait la lamentable odyssée de Duchosal à Paris. Comment ce cul-de-jatte manchot a-t-il pu y arriver et y circuler? En se traînant. Il est allé voir Rod à Auteuil, et, dit Rod, il n'a fait que tousser, cracher et se moucher dans sa serviette. Et, comme un autre sourd était venu de Genève à Paris (ils ont tous la manie de quitter Genève, dit le genevois Rod), Duchosal a eu un mot sublime, dit encore Rod: " Comment peut-il venir à Paris, lui, un infirme!" Et le pauvre Duchosal comptait sur des arcs de triomphe, lançait de tous côtés des télégrammes: "je suis à Paris. Je vous attends à l'hôtel de..." Mais ses amis le fuyaient comme la peste.

mercredi 12 février 2014

Journal du 12 février 1906

Religion des hommes supérieurs: besoin d'une discipline. Ils n'ont pas la foi: ils croient parce qu'ils veulent croire. C'est le goût, que j'ai souvent, de la prison.

mardi 11 février 2014

Journal du 11 février 1907

Théâtre. Le public rit quand il entend un mari dire à sa femme: "Viens-tu, Aurore?"

Jules Renard vu par la SACD

Dans sa séance du 24 mai 1910 présidée par Jean Richepin l’assemblée générale de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques a rendu un hommage à Jules Renard par la voix de son rapporteur Robert de Flers.
Dimanche dernier, nous apprenions la mort d'un grand artiste, d'un parfait écrivain, Jules Renard. Il connut l'enviable destinée d'être presque classique de son vivant. Il avait mérité cet honneur. Nul n'aima et ne servit les lettres françaises avec une passion plus tendrement orgueilleuse. Jules Renard fut le plus authentique des réalistes..Le sens qu'il avait de la vérité fut si puissant, son observation fut si exacte, si minutieuse, si pénétrante, qu'à force d'être précis, Jules Renard devint poète.
Ce n'est pas l'une des moindres conquêtes du théâtre d'avoir réussi à distraire parfois de son labeur qui eut je ne sais quoi de sacerdotal, ce styliste intransigeant. Notre répertoire lui doit des comédies sobres et fortes, Monsieur Vernet, La Bigote, Pain de Ménage, Le Plaisir de rompre, et un chef d’œuvre douloureux et profond, Poil de Carotte, qui gardera son intensité d'émotion tant qu'il y aura des enfants, - et qui voudraient qu'on les aimât.
Il me semble que s'il s'était appliqué à chercher une épitaphe pour son tombeau, Jules Renard n'en eut pas voulu d'autre que ce cri, que cet acte de foi d'Éloi, un de ses plus admirables personnages: " Oui, homme de lettres pas autre chose, je le serai jusqu'à ma mort, et puissé-je mourir de littérature! et si par hasard je suis éternel je ferai durant l'éternité de la littérature. Et jamais je ne me fatigue d'en faire et toujours j'en ferai et je me f... du reste. Comme le vigneron qui trépigne dans sa cave, ivre de soleil et de vin et sourd aux railleries des braves gens qu'il écœure, et plus j'aimerai passionnément la littérature plus je m'élèverai au-dessus du niveau de la mer". M. Jules Renard a tenu parole; il s'est levé très haut et il continuera de monter.

lundi 10 février 2014

Journal du 10 février 1900

Il faut les entendre me dire: "Vous ne connaissez pas les femmes!" Ces êtres vulgaires s'imaginent sentir des choses que je ne sens pas. Quand je leur explique: "que voulez-vous donc dire, avec vos coucheries?" ils  me ripostent, avec des yeux qui tournent au blanc: "Mais il ne s'agit pas de coucheries."
J'ai la sensibilité d'une lyre, et le vent suffit à me faire vibrer.

Actualité culturelle

L’escalier de la Bnf et la malédiction du ministère de la Culture.

Jean-Louis Pascal (1837-1920)
Escalier menant au Cabinet des Médailles
Paris, Bibliothèque nationale, site Richelieu
Photo : Didier Rykner.
Le poste de ministre de la Culture est-il définitivement réservé à des gens indifférents aux musées et au patrimoine, incapables d’agir ou tout simplement nuls ? La question peut être posée, quand on apprend qu’Aurélie Filippetti a donné finalement l’autorisation à la Bibliothèque nationale de France de détruire l’escalier construit par Jean-Louis Pascal. (La Tribune de l'Art, lettre d'information n° 456, 4 février 2014, www.latribunedelart.com)

dimanche 9 février 2014

samedi 8 février 2014

Journal du 8 février 1889

Pierre ne fait guère que téter et dormir. On sent que ses yeux vont être bientôt capables de perception. Ses mains ratissent le vide dans une éducation constante du tact.

vendredi 7 février 2014

Journal du 7 février 1905

Notre nouvelle bonne. Une fille d'ordre et d'argent. Elle a 600 francs à la Caisse d'épargne. Elle travaille chez les autres depuis l'âge de treize ans, mais tant qu'elle n'a pas été à Paris, c'est-à-dire jusqu'à vingt et un ou vingt deux ans, son père lui a pris toutes ses économies. Aussi ce n'est pas elle qui lui enverra un sou. 
- Ma mère, dit-elle, n'est pas heureuse, mais elle est bête: elle s'est trop laissée mener par mon père.
Elle est dégoutée des enfants. Impossible de coudre, avec eux! À chaque instant il faut aller les torcher.
Elle n'a jamais eu la chance d'être chez une femme qui lui donne des nippes.

La politique au temps de Jules Renard

"Le triomphe des démagogies est passager, mais les ruines sont éternelles".
Charles Péguy.

jeudi 6 février 2014

Journal du 6 février 1892

N'être pour soi pas trop sévère, et n'exiger des autres que la perfection.

Paris au temps de Jules Renard

À noter sur vos agendas:
Paris 1900 - la Ville spectacle. --  Au Petit Palais, Paris.
Du 2 avril au 17 août 2014.
L’exposition « Paris 1900, la Ville spectacle » invite le public à revivre les heures fastes de la capitale française au moment où elle accueille l’Exposition Universelle qui inaugure en fanfare le 20e siècle. Plus que jamais la ville rayonne aux yeux du monde entier comme la cité du luxe et de l’art de vivre. Plus de 600 œuvres – peintures, objets d’art, costumes, affiches, photographies, films, meubles, bijoux, sculptures… - plongeront les visiteurs du Petit Palais dans le Paris de la Belle Époque. Les innovations techniques, l’effervescence culturelle, l’élégance de la Parisienne seront mis en scène comme autant de mythologies de ce Paris dont la littérature et le cinéma n’ont cessé depuis de véhiculer l’image dans le monde entier.

mercredi 5 février 2014

Journal du 5 févier 1902

J'ai en horreur le critique esclave de son esprit indépendant qui, après avoir fait l'éloge d'un premier livre, se croit obligé d'éreinter le second et réserve à ses amis ses meilleures rosseries.
Je serai, non pas méchant, mais partial. Je dirai mon goût à moi, qui est bien le plus faillible que je connaisse. Aucune théorie, pas de système. Le bon livre est celui qui me plaît. Arrangez-vous!
Cependant, je déclare que j'ai un point de vue moral: la propreté d'âme , et un point de vue littéraire: la propreté du style. 
J'ai encore, mais j'y tiens moins, un point de vue social. Je parlerai avec plaisir des livres à la portée du peuple. Il aime la lecture beaucoup plus qu'on ne croit. Je consulterai souvent Philippe.
La sympathie a ses droits. Il est certain qu'un livre de Capus ou de Bernard me déplairait difficilement.
Je lirai, non pour faire de la critique, mais pour ma joie. Si j'arrive à m'imaginer que quatre lignes de moi puissent faire vendre cent exemplaires d'un livre, j'écrirai vingt lignes sans paresse. 
Je citerai souvent. Je dirai: c'est bien, ou: c'est mal, sans souci d'expliquer pourquoi, d'abord, parce que ça allonge inutilement, et puis, parce que, plus d'une fois, je ne le saurai pas.
Il faudra avoir confiance: c'est obligatoire.

mardi 4 février 2014

Journal du 4 février 1891

Oui! Je leur parlais, aux étoiles, en un langages choisi, peut-être en vers, et les bras croisés, j'attendais leur réponse.
Mais ce furent des chiens en cercle, de maigres chiens, qui me répondirent en hurlements monotones.

Suzanne Desprès

Beaucoup de talent, plus appréciée à l'étranger qu'à Paris, où elle n'occupe pas la situation artistique qu'elle mérite. Admirable interprète des héroïnes des héroïnes d'Ibsen, fait penser souvent à la Duse, dont elle a la sensibilité et le goût de la simplicité. Son nom est populaire dans toute l'Europe et en Amérique du Sud, où elle triompha à plusieurs reprises.
Véritable gavroche, enfant spirituel du peuple de Paris, sans éducation première, est arrivée à une belle érudition littéraire à force de volonté et d'un travail opiniâtre. Ne se laisse jamais décourager et poursuit toujours, avec une ténacité admirable, la réalisation du but qu’elle se propose. Très loyale, esclave de sa parole, très franche, disant ce qu’elle pense, très spirituelle et foncièrement bonne. Ignore la timidité et les formes. aussi à son aise avec l'Empereur d'Allemagne, qu'elle fit rire aux éclats par ses réparties de gavroche, lorsque je la lui présentais, pendant notre grande tournée en Allemagne, qu'avec son père, ouvrier mécanicien du chemin de fer de l'Est.  Une de mes pensionnaires, dont j'ai gardé le meilleur souvenir.
( Irénée Mauget, Avec les gloires de mon temps, p. 256, 1963.)

dimanche 2 février 2014

samedi 1 février 2014