lundi 30 décembre 2013

Journal du 30 décembre 1908

Paysans. Ils se couchent à cinq heures, dorment jusqu'à une heure du matin, se réveillent, et s'ennuient jusqu'à ce qu'il fasse jour.

dimanche 29 décembre 2013

Journal du 29 décembre 1888

Que de  gens ont voulu se suicider, et se sont contentés de déchirer leur photographie.

samedi 28 décembre 2013

Journal du 28 décembre 1903

Théâtre du peuple, quelle bêtise! Appelez-le donc théâtre d'aristocrates, et le peuple ira.

jeudi 26 décembre 2013

Journal du 26 décembre 1889

Cette sensation poignante qui fait qu'on touche à une phrase comme à une arme à feu.

Actualité littéraire

Théâtres parisiens. Un patrimoine du XIXe siècle. Jean-Claude Yon, photos de Sabine Harti et Olaf Daniel-Mayer, Citadelles & Mazenod, 240 P.,79 €.
Avec 208 théâtres et cafés-théâtres, trois Opéras, Paris offre 70.000 places aux spectateurs. Bon nombre des plus belles salles ont été construites au XIXe siècle. Un patrimoine d'une richesse méconnue à découvrir, de l'Opéra Garnier au Théâtre des Champs-Élysées, de l'Atelier au Gymnase, en passant par la Comédie-Française, le Dejazet, l'adorable bonbonnière qu'est l'Athénée ou le somptueux Théâtre du Palais Royal.
(Le Journal du dimanche, 22 décembre 2013, p. 47.)

mardi 24 décembre 2013

Journal du 24 décembre 1891

Hier, dîné chez de Beauregard. Tout était froid, excepté un semi-vieux, Firmin Javel, qui avait connu Albert Glatigny et en parlait avec chaleur.

lundi 23 décembre 2013

Journal du 23 décembre 1903

Cornu, gaffeur et donneur de conseils.
Il a éprouvé une "douleur effroyable" à la nouvelle qu'il y aurait une exécution à Nevers.
Comme je dis qu'on écrit beaucoup sur moi dans les journaux de la Nièvre, il répond trop:
- Oh! moi, je ne ferais pas deux fois la même conférence.

La cote de Marcel Proust au zenith

L’exemplaire Du côté de chez Swann, offert à Lucien Daudet – le premier des cinq exemplaires Grasset, 1913, sur Japon impérial - s’est vendu le 18 décembre, chez Sotheby’s : 500 000 euros.

dimanche 22 décembre 2013

Journal du 22 décembre 1899

Guitry me parle de Curel, ce sauvage.
Il flanque un coup de fusil à un magnifique chien noir qui passe sur ses terres.
À une chasse, Guitry voit arriver des chevreuils qui jouaient, faisaient des mines, se donnaient des coups de pattes. Ils venaient à la mort. Guitry frappe dans ses mains: ils se sauvent, emportant leurs pattes sous eux. Curel voulait le tuer.

vendredi 20 décembre 2013

Journal du 20 décembre 1903

Un de plus! Un instant, il a eu peur d'en avoir deux: ça ne se dégonflait pas. Il a l'air triomphant. Il dit: 
- Le lait ne monte pas trop vite, et la petite a l'air de vouloir s'y mettre, de sorte que je ne serai pas obligé de téter ma femme pour la soulager.
Il chante, la tapote, veut lui faire son lit. On a beau lui dire que ça va faire de la poussière: il est heureux. S'il pouvait coucher ce soir avec elle, il lui en ferait un autre. 
Elle, déjà vieillie, ridée, n'a même plus la force de le traiter de cochon.

La cote de Jules Renard en baisse

Résultat de la vente Fromentin du 12  décembre à Drouot:
Lot 182:  2 pages, estim. 150/200 adjugé 140 €
Lot 183: 1 page in-8, estim. 200/300 adjugé 190 €
Lot 184: LAS à A. Gallois, estim. 150/180 pas d'acquéreur
Lot 185: 1 page in-16, estim. 200/300 pas d'acquéreur
Lot 186: manuscrit intitulé "Cocottes en papier", estim. 400/500 adjugé 380 €

jeudi 19 décembre 2013

Journal du 19 décembre 1905

Il n'y a plus de feuilles, et le vent ne souffle plus que pour faire du chichi.

Actualité littéraire

Lorsque le docteur Louis achève la rédaction de son premier roman, il demande à Aimée, la secrétaire du dispensaire de Clichy, de le dactylographier. Son titre : Voyage au bout de la nuit. De cette secrétaire et de son travail, nous savons infiniment peu de choses.
Alors Clichy invente. Il fait réapparaître la première lectrice effacée. Il nous raconte son enfance, ses désirs d’émancipation et la tâche gigantesque qu’elle a accepté d’accomplir.
Clichy, Vincent Joly, Éditions de La Martinière,2013, 144 P. 14,90 €

mercredi 18 décembre 2013

Journal du 18 décembre 1893

Quand je ne suis pas content, je me dis: "Çà va bien. J'ai de l’énergie à déployer, de l'action sur la planche."

Actualité littéraire

Xavier Darcos nous fait (re)découvrir Oscar Wilde, cet écrivain lucide, séducteur et insoumis, qui voit la société comme une farce où chacun joue la comédie, et qui d'en amuse. Un esprit inventif et très actuel.
Né la même année que Rimbaud, cet homme, qui se voyait perpétuellement jeune et amoureux tout en ne supportant pas de vieillir, méritait mieux que d'être réduit à quelques aphorismes. Dans ce livre foisonnant qui n'est pas, à proprement parler, une biographie, Xavier Darcos rend finalement plus hommage à la vie qu'à l’œuvre du poète irlandais.
Oscar  a toujours raison, Xavier Darcos, Plon, 2013, 20,90 €.
(Juillac, Le Télégramme,  dimanche 15 décembre 2013, p. 21)

mardi 17 décembre 2013

Journal du 17 décembre 1899

Concours du Journal. Comme on discute, d'Esparbès, plus petit encore qu'il n'en a l'air, va dire à Mendès: "Il n'y a plus que vous qui ayez  le droit de parler." Mendès a un léger petit cri de protestation.
D'Esparbès fait la gaffe de me présenter à Judith Gautier. Oh! ce salut! Et, peu après, il lui communique ma liste en disant: "Cet homme-là a du goût. Vous n'avez qu'à copier."
Tous ces gens ne sont pas difficiles en esprit. Ils donnent un prix à une histoire d’œil de verre qui est la dernière imbécilité.
Claretie, ce lièvre furieux depuis les articles de Muhlfeld.
Vandal, tout de même étonné de mon arrogance, vient me serrer la main.
De Heredia, lourd, bon garçon et bègue, me demande si je suis content du concours.
Theuriet, et son air de vieux colonel bougon.
- Je n'ai peut-être qu'une qualité, dit Marni, mais je veux, en littérature, rester femme.
Chère femme!

lundi 16 décembre 2013

Journal du 16 décembre 1896

Ma moralité m'est nécessaire comme mon squelette.

Le Vigneron dans sa vigne aux enchères

Lot 622 - Jules Renard - LE VIGNERON DANS SA VIGNE. PARIS, MERCURE DE FRANCE, 1894. IN-16. DEMI-MAROQUIN VERT À COINS, DOS À NERFS ORNÉ D'UN DÉCOR DORÉ ET MOSAÏQUÉ, TÊTE DORÉE, COUVERTURE ET DOS, ÉTUI DOUBLÉ (P. L. MARTIN).                         Édition originale, tirée à un petit nombre d'exemplaires sur vergé. Avec un envoi autographe à Laurent Tailhade, signé de l'auteur, daté d'octobre 1894. 
Sont jointes, 2 cartes autographes signées d'Octave Mirbeau.
Estimation 700 - 900 €.
Sotheby's, 76 rue du Fg Saint-Honoré, Mercredi 18 décembre, 14 h.

samedi 14 décembre 2013

Journal du 14 décembre 1905

A Guitry je ramène Sacha. Je reste un peu dans l'antichambre; lorsque j'entre, Sacha est encore au cou de son père, sur l'épaule, mais la figure du papa semblait dire: "Mais entrez donc!" Ils ne s'étaient pas vus depuis un an.

vendredi 13 décembre 2013

Journal du 13 décembre 1887

S'évanouir, c'est se noyer à l'air libre. Se noyer, c'est s'évanouir dans l'eau.

Le groupe de Nevers 3/3

Au pays de Jules Renard (extrait)
Je suis allé au pays de l'homme qui a écrit: "Je ne pense qu'à mon petit village et toutes mes racines sont là-bas." Où est-il ce petit village? Dans le Nivernais, aux confins de ce Morvan au sol de granit, d'où Vauban partit modeler la frontière française. [...] Il a été maire de Chitry; ses parents y habitaient; il dort au cimetière; il y a sa statue. [...]
Le Château n'était pas pour lui un motif d'architecture, mais d'exécration. Il ne le regardait pas, il le guettait. Il nourrissait contre lui une haine du même genre que celle d'Eugène le Roy, dans Jacquou le Croquant. Cependant, au fond de lui, en veilleuse, tremblait une faible lueur de respect dans la manière paysanne. Il raconte qu'entendant venir derrière lui la voiture de" M. le Comte", il mit précipitamment dans sa poche un numéro de l'Humanité qu'il lisait, et, en évidence, le journal bien pensant. Le mieux, c'est qu'il l'avoue, et c'est à son honneur.
Je tiens d'un châtelain des environs cette anecdote, qui n'est pas dans son Journal. Cet excellent homme étant allé le voir à la Gloriette, l'invita gentiment à lui rendre visite. Mme Jules Renard, qui était l'affabilité même, répondit sans hésiter: "Avec le plus grand plaisir." Mais son mari, s'interposant: "Pardon! C'est moi qui décide les déplacements dans cette maison. Et moi, je n'ai pas d'auto." Il eût fallu si peu de chose pour éviter le malentendu!
(Le groupe de Nevers 1960, Léandre Vaillat, Au pays de Jules Renard, p. 37 et 38.)
(Léandre Vaillat (1878-1952), écrivain, critique d'art, urbaniste).

jeudi 12 décembre 2013

Journal du 12 décembre 1896

Quel beau tableau pour un peintre! Un cimetière de vaisseaux noyés au fond de la mer.

mercredi 11 décembre 2013

Journal du 11 décembre 1889

Un homme qui apprend la mort de sa maîtresse en présence de sa femme, et qui, ne pouvant montrer sa douleur, la résume en ces simples mots: " Je suis veuf."

Le groupe de Nevers 2/3

Souvenirs
J'ai connu Jules Renard au début de ce siècle, à un déjeuner  chez Tristan Bernard. J'avais été introduit chez l'auteur de Triplepatte par une lettre cordiale du jeune Sacha Guitry. À ce déjeuner assistait Alphonse Allais... L'esprit a-t-il baissé en France? Hélas!...je ne vois pas qui, parmi nos illustres contemporains, pourrait tirer un pareil feu d'artifice! Les mots de Tristan Bernard? Si je les avais notés, il y en aurait un gros volume... Dits d'un air sombre, ils s'échappaient de sa barbe noire comme des éclairs. Alphonse Allais lançait aussi des boutades irrésistibles d'un air presque glacé... À ce déjeuner, ce fils de la Seine-Maritime émit cette idée: "Tous les toits de Paris devraient être transformés en terrasses  qui seraient qui seraient autant de petites prairies où brouteraient nos bonnes petites vaches normandes. On aurait ainsi à domicile du bon lait frais et chaud pour son petit déjeuner du matin. "
Jules Renard, lui, ne faisait pas de mots. Sa conversation, calme, serrée, un peu aigüe, ressemblait à son style; il  y avait un fond plutôt mélancolique... Sa cordialité était discrète. On sentait l'ami sûr, aux pensées profondes, sous l'humour. Au déjeuner, cet anticlérical - non violent - afirma: "La Bible est le plus beau livre du Monde."
Je le revis, pour la première fois, un peu avant sa mort, dans son très modeste appartement de la rue du Rocher, à deux cents mètres de la gare Saint-Lazare. Il sentait sa fin prochaine, il me le laissa entendre. Je lui demandai l'autorisation de jouer son Poil de Carotte à mon théâtre Sous-Bois de Marnes-la-Coquette, avec le jeune Henri Rollan comme interprète. " Avec plaisir, me dit-il, mon cher Mauget; Suzanne Desprès fut un admirable Poil de Carotte, mais j'ai écrit ma pièce pour un interprète masculin."
Il m'accompagna jusqu'à son étroit palier donnant sur un petit escalier.
Je ne devais plus le revoir.
(Le groupe de Nevers 1960, Irenée Mauget, Souvenirs, p. 53.)
(Irenée Mauget (1881-1976), homme de lettres et de théâtre.)

mardi 10 décembre 2013

Journal du 10 décembre 1890

Vu, ce matin, Alphonse Daudet. Bonnetain était là. Daudet s'est levé, m'a regardé à la lumière et m'a dit: "Je reconnais Poil de Carotte." Un belle tête, bien telle qu'on la voit aux vitrines, la barbe salée un peu. Un méridional très adouci, vieux, déjà estropié, marchant à l'aide d'une canne terminée par un bout de caoutchouc. Il me fait de grands compliments. Je ne sais de quelle manière lui répondre. Faut-il dire "Monsieur" ou "cher Maître"? Il nous parle un peu de tout, sans esprit, mais largement, sainement. Il dit que les protestations de Renan ont fait mal à l'estomac de Goncourt.  Il nous parle de Brinn'Gaubast qui a été professeur de Lucien, son fils, et de la vilaine histoire du manuscrit, volé, des Lettres de mon moulin. Daudet disait à Brinn'Gaubast: "Vous, vous feriez le coup de la lutte pour la vie: vous assassineriez pour trois francs. 
Il dit:
- La première, l'unique fois que je voulus jouer du biniou, c'était devant mes cousines, et je fis un gros pet; oui, en voulant enfler ma pauvre joue,  je fis un énorme pet. C'est à cette piteuse aventure que me font penser les jeunes littérateurs d'aujourd'hui.

lundi 9 décembre 2013

Journal du 9 décembre 1901

Qui de nous n'a eu, un quart d'heure dans sa vie, le désir passionné d'être un grand cabot?

Le groupe de Nevers 1/3

Il existe encore des "inédits" concernant Jules Renard. Pour preuve, un petit opuscule illustré, tiré à trois cent trente exemplaires dont le numéro 105 en ma possession, édité par le Groupe d’Émulation Artistique du Nivernais fondé en 1902. 
La brochure de l'année 1960 s'intitule: En hommage à Jules Renard, à l'occasion du cinquantenaire de sa mort. 

On peut y lire dans le sommaire: 
- Le Tacot (textes de J.R.) 
- Les Arbres Nivernais vus par Jules Renard par le docteur Louis Tixier 
- Au pays de Jules Renard par Léandre Vaillat 
- La première inauguration du Monument de Jules Renard à Chitry (5 octobre 1913) par Henri Chomet 
- Souvenirs par Irénée Mauget. 

Dans les prochains posts je publierai quelques extraits.

dimanche 8 décembre 2013

Journal du 8 décembre 1895

Borneau. "Comme on dit des fois... Ah! Ça en fait,  du bruit, la Demande! Pas plus tard qu'hier, Marie Pierry, que vous avez mis dans votre Orage, me disait: "Puisque tu vas à Paris, tu vas aller à la grande opéra de monsieur Jules." J'ai demandé à monsieur votre père ce que c'était. Il m'a répondu: "Ah! Je n'ai rien vu. Je ne m'occupe pas de ça, moi." Le maître d'école, il voudrait faire entrer à coups de poing la mathématique dans la tête de nos enfants. Comme  on dit des fois, je voulais écrire à l'inspecteur de la primaire."

samedi 7 décembre 2013

Journal du 7 décembre 1905

Sacha. hier, aux Mathurins, Nono, trois actes qui sont une révélation. C'est du Guitry accouchant lui-même d'un auteur dramatique. 
De la jeunesse, de l'esprit, de l'audace, et jamais bête. Nous étions tous ravis et frappés.
La pièce, signée d'un Capus ou d'un Donnay, nous aurait paru bien, et Sacha aura d'étonnants succès.
Quelqu'un, Sée, je crois, ayant dit: "Sacha devrait collaborer avec Renard: ça lui ferait du bien", Franc-Nohain a dodeliné de la tête et a répondu:
- Je ne crois pas.

vendredi 6 décembre 2013

Journal du 6 décembre 1887

Un aveugle, romancier, qui, aux descriptions visuelles, substituerait des descriptions olfactives.

Un quizz

Savez-vous combien gagne un membre de l'Académie française?
Non?
Un académicien français reçoit chaque mois un bulletin de paie pour un salaire de 105,45 € net.

jeudi 5 décembre 2013

Journal du 5 décembre 1887

La causerie des fauteuils rangés, avant l'arrivée des visiteurs, un jour de réception.

Édition originale de Poil de Carotte

Proposé par la Librairie des Carrés:
Jules Renard,  Poil de Carotte.
Paris: Ernest Flammarion, [1894]. Édition originale, in-12;[vi],  276 p.  Jolie reliure bradel d’époque en demi-maroquin tabac à coins, dos lisse orné de filets dorés en long avec pièce de titre en maroquin fauve, plats et gardes marbrés, tranche supérieure dorée, couvertures jaunes conservées; Avec une carte/lettre à l’adresse du 44 rue du Rocher écrite recto-verso de Jules Renard à “Mon cher ami” (critique littéraire ou éditeur ?) datée 22 janvier 1894, priant son correspondant de lui rendre les feuillets de “Poil de Carotte” dont il ne possède pas de double… Très bel exemplaire sur papier d’édition (il ne fut tiré que 15 ex. sur Hollande) de ce roman autobiographique que Jules Renard publia à l’âge de trente ans: succession de tableaux qui évoquent avec une ironie parfois cruelle l’enfance d’un enfant mal aimé. RÉF : 34175 
450 €.
www.librairiedescarres.com
Prix 450 €

mercredi 4 décembre 2013

Journal du 4 décembre 1887

L'esprit n'accueille une idée qu'en lui donnant un corps; de là les comparaisons.

Livre orphelin recherche donateur

Certes, on ne peut pas user, pour émouvoir le donateur potentiel, d'images larmoyantes,  comme ces toutous esseulés qui mendient l'amour sur les affiches de la SPA...mais les livres aussi ont le droit à l'adoption. "Pour Noël, offrez-vous un livre à la Bibliothèque nationale de France": telle est la curieuse campagne que lance l'association des Amis de la Bnf. Elle espère ainsi soutenir la numérisation du patrimoine de la bibliothèque mis en ligne par Gallica et donc disponible au plus grand nombre. les particuliers ont le choix parmi 12 millions d'ouvrages. 
Seules conditions: ceux-ci doivent être libres de droits. C'est-à-dire que leur auteur doit être décédé depuis plus de soixante-dix-ans, et le service de conservation doit donner son aval pour les manuscrits les plus anciens. Il existe des ouvrages à adopter à partir de 20 euros. 158 livres ont déjà été adoptés. "Don déductible à hauteur de 66% des impôts", précise l'association pour inciter le donateur hésitant à passer à l'acte.
(Signé F.D.,  Le Figaro littéraire, jeudi 14 novembre 2013, p.8.)

lundi 2 décembre 2013

Journal du 2 décembre 1901

Capus a mal au bras parce qu'il n'a pas pris ce matin sa leçon d'escrime. Il n'avoue pas qu'il soit complètement chauve, mais il reconnaît qu'il a les tempes toutes blanches.
Son succès lui permet de dire, avec autorité, d'un air profond, des choses absolument insignifiantes. Il prédit à Guitry qu'il débutera par trois fours à la Comédie-Française, excepté avec Donnay.

Autres lettres de Jules Renard aux enchères

SVV FROMENTIN
Jeudi 12 Décembre 2013 À 14 heures DROUOT-RICHELIEU - PARIS - Salle 8 

182 RENARD (J.) 1864-1910.C.V.A.S. 2 pages.
150 / 200 € 
Il remercie son correspondant pour l’envoi de livres. Il ajoute qu’il ne pourra lui adresser que 4 a 5 pages de texte et évoque sa démission du Messager Français.

183 RENARD (J.) 1864-1910.L.A.S. 1 page in-8. Chaumot, 19 septembre 1899.
200 / 300 €
Il réclame le règlement des derniers 500 francs pour l’Écornifleur. ≪ Il faut bien vivre, même à la campagne ». Il ajoute : ≪ A-t-on enfin des nouvelles de Steinlen ? Il me semble que vous n’en avez pas aujourd’hui, vous n’en aurez jamais et que vous êtes libre ≫.

184 RENARD (J.) 1864-1910.L.A.S. à Gallois. 11 janvier 1901. 1 page in-8. Enveloppe.
150 / 200 €
Il informe le directeur du Courrier de la Presse qu’il n’a pas reçu ≪le n°104 et le n°81 ≫. Il lui retourne des coupures et en espère des déductions sur la facture.

185 RENARD (J.) 1864-1910. C.A.S 1 page in-16. 1er décembre 1895. Vignette au renard.
200 / 300 €
Belle lettre de félicitations à la réception de l’ouvrage de son correspondant. ≪ (…) après cette lecture, on vous aime, et on n’hésite pas à vous le dire ≫. Au dos, la réponse (non autographe) de Zo d’Axa : ≪ Comme j’aime qui m’aime et que je vous aimais déjà, on s’aime au carré ≫.

186 RENARD (J.) 1864-1910.Manuscrit intitule Cocottes en papier avec corrections autographes de Jules Renard. 2 pages in-4. Tampon du Mercure de France.
400 / 500 €
Manuscrit intitule Cocottes en papier et sous-titre La rose. Rédigé d’une autre main, le manuscrit porte des corrections de la main de Jules Renard.

dimanche 1 décembre 2013

samedi 30 novembre 2013

Journal du 30 novembre 1908

Gérault avoue que son journal perd une trentaine de mille francs par mois. Comme je lui reproche de ne payer les contes que 25 francs, il me montre une pile sur sa table. Il en reçoit en moyenne trois par jour. Il pourrait ne les payer que 10 francs: il en recevrait autant.
Il ne croit pas plus à la morale qu'à Dieu. Il me reproche d'être un moraliste amer, pas gai. Il se reproche d'avoir été souvent ridicule de bonté. Il admet tout. Il ne juge personne.

vendredi 29 novembre 2013

Journal du 29 novembre 1890

Barrès a rencontré la meilleure manière d'être neuf: c'est de compliquer l'expression des choses anciennes.

L'assurance maladie au temps de Jules Renard

La bonne assurance
On assure contre les sinistres ses biens et sa personne. Des pères avisés et prudents assurent leur progéniture contre les coups de l'adversité possible. Mais combien voyez-vous de gens qui s'assurent contre la maladie? Elle est là, cependant qui guette et menace chacun de nous. Pour être armé contre elle,  pour se défendre de ses coups, pour enrayer ses assauts, la science préconise le Vin Mariani, le plus admirable reconstituant vital que possède la thérapie moderne. Par lui, l'organisme répare ses pertes, se fortifie, se protège, et la santé, par lui, n'a rien à craindre. La voilà, la bonne assurance.
(Le Courrier Français, n° 36, 8 septembre 1895, p. 4)

jeudi 28 novembre 2013

Journal du 28 novembre 1908

Séailles. Je me fais re-présenter à lui chez Floury. Intimidé devant l'ancien maître, je me tiens avec mon petit chapeau à la main. Aussitôt, il improvise une théorie pour me prouver que Fantec fait sa médecine par réaction, mais qu'il me reviendra. Il n'a pas du cesser de parler depuis vingt-six ans que je ne l'ai vu. C'est bien grâce à lui que je ne sais pas un mot de philosophie.

La Madeleine d'or

Au menu du restaurant du Grand hôtel de Cabourg, l'heureux dîneur peut choisir comme dessert "l’intemporelle madeleine comme l'aimait Marcel Proust" (sic), 15€. Lorsque l'on sait que la madeleine n'a jamais existé et n'était qu'une modeste biscotte, on reste béât d'admiration devant la récupération culinaire de ce facétieux chef, virtuose du marketing gastronomique.
La ville de Cabourg n'est pas en reste, qui, le nom de Balbec étant en déshérence,  a pris de court d'éventuelles et passives postulantes pour s'intituler, officieusement il est vrai, Cabourg-Balbec à l'instar de sa consœur Illiers-Combray, celle-ci tout ce qu'il y a de plus officiellement.
Et cela au grand bonheur des chanceux proustiens venus assister à la remise de la Madeleine d'or, ce dernier samedi 23 novembre 2013.
Dans les salons du Grand hôtel, le Cercle littéraire de Cabourg-Balbec (sic) a remis au cours d'un dîner de gala éminemment sympathique et convivial la 7ème Madeleine d'or à Proust contre Cocteau, dernier ouvrage d'un non moins sympathique auteur, M. Claude Arnaud.
Et peu importe les approximations biographiques et littéraires, l'essentiel est que le gagnant soit la littérature, pour la grande joie des lecteurs.
Bientôt peut-être verrons-nous remettre par le maire de Barfleur, autre lieu d'accueil de Jules Renard et au nom plus poétique que Chitry-les-Mines, non pas au dernier buraliste survivant, mais au  renardien de l'année,  la Carotte de corail.
T.J.

mercredi 27 novembre 2013

mardi 26 novembre 2013

Journal du 26 novembre 1893

Il avait des manchettes en forme de faux cols. Il ne lui restait qu'à leur mettre une cravate.

Les Histoires naturelles aux enchères

Le lundi 9 décembre à 11 heures, sera mis en vente à l'Hôtel Drouot un exemplaire de l'édition originale des Histoires naturelles, dédicacé par Jules Renard, lot n°65: (cliquez sur la photo pour agrandir)

RENARD Jules. Histoires naturelles. Paris, Ernest Flammarion, [1896]; RENARD Jules. Histoires naturelles. Paris, Ernest Flammarion, [1896];
RENARD Jules. Histoires naturelles. Paris, Ernest Flammarion, [1896]; in-12 carré, reliure ancienne demi-maroquin rouge à coins, dos à nerfs, tête dorée, couverture (M. Godillot). Édition originale. Deux dessins de Félix Vallotton ornent le plat supérieur et le plat inférieur de la couverture. DÉDICACE AUTOGRAPHE SUR LE FAUX-TITRE : « Bien sympathique hommage à Mr Simonis Empis Jules, Renard, Année 1896 ». La même année 1896 Jules Renard avait publié chez l’éditeur Simonis Empis La Maîtresse avec des bois gravés de Félix Vallotton.– De la bibliothèque Maurice Chevalier. Estimation: 300/500€

SCP Marielle Digard- Vincent Pestel-Debord, Lieu de vente, Hôtel des Ventes Drouot - salle 5, 9 rue Drouot, 75009 Paris.

lundi 25 novembre 2013

Journal du 25 novembre 1901

Anatole France faisait des compliments au général André, qui lui dit:
- Ce n'est rien. Je tâche d'être un homme.
Et le général se mit à pleurer.

Les glaces au temps de Jules Renard

Mon Dieu, à l'hôtel Ritz je crains bien que vous ne trouviez des colonnes Vendôme de glace, de glace au chocolat ou à la framboise, et alors il en faut plusieurs pour que cela ait l'air de colonnes votives ou de pylônes élevés dans une allée à la gloire de la Fraîcheur. Ils font aussi des obélisques de framboise qui se dresseront de place en place dans le désert brûlant de ma soif et dont je ferai fondre le granit rose au fond de ma gorge qu'elles désaltéreront mieux que des oasis[...] Ces pics de glace du Ritz ont quelques fois l'air du mont Rose, et même, si la glace est au citron, je ne déteste pas qu'elle n'ait pas de forme monumentale, qu'elle soit irrégulière, abrupte, comme une montagne d'Elstir...
(Marcel Proust, quelque part dans À la recherche du temps perdu, cité par Jean-Paul et Raphaël Enthoven, Dictionnaire amoureux de Marcel Proust, P. 271)

dimanche 24 novembre 2013

Journal du 24 novembre 1905

Et je me lamente au lit. Pas de solution pour un artiste dans ce mondes des lettres, de voleurs qui ramassent tout. Ce que produit l'artiste ne peut le nourrir. Et, tandis que je me lamente, Marinette, assise sur mon lit, me répète de temps en temps:
-Lève-toi, mon chéri.

samedi 23 novembre 2013

Journal du 23 novembre 1888

Le  poète n'a pas qu'à rêver: il doit observer. J'ai la conviction que par là la poésie doit se renouveler. Elle demande une transformation analogue à celle qui s'est produite dans le roman. Qui croirait que la vieille mythologie nous opprime encore!  À quoi bon chanter que l'arbre est habité par la Faune?  Il est par lui-même.  L'arbre vit: c'est cela qu'il faut croire. La plante a une âme. La feuille n'est pas ce qu'un vain peuple pense. On parle souvent des feuilles mortes, mais on ne croit guère qu'elles meurent. À quoi bon créer la vie à côté de la vie? Faunes, vous avez eu votre temps: c'est maintenant avec l'arbre que le poète veut s'entretenir.

vendredi 22 novembre 2013

Journal du 22 novembre 1894

Le mot juste! Le mot juste! Quelle économie de papier le jour où une loi obligera les écrivains à ne se servir que du mot juste!

Jules Renard aux enchères

Mercredi 20 novembre plusieurs lettres et manuscrits de Jules Renard ont été dispersés à Drouot.
Cette fois-ci pas de stagiaire des Archives départementales de la Nièvre pour lancer une enchère intempestive mais des  professionnels et des amateurs éclairés.
Les lots ont été adjugés pour la plupart dans la fourchette des estimations, ce qui témoigne d'un regain d'intérêt pour Jules Renard. À signaler:
- Un rare manuscrit d'un poème de jeunesse adjugé 600 €.
- Un manuscrit encore plus rare du texte intitulé L’Épervier publié dans les Histoires naturelles, adjugé 2600 €, largement au-dessus de l'estimation.

jeudi 21 novembre 2013

Journal du 21 novembre 1902

Rachilde me dit cette idée:
Décrire Dieu selon la tradition, lui accorder toutes les infinités qu'on lui prête, en ayant soin de changer quelques métaphore et terminer par: "Ainsi c'est Dieu. Il y en a encore un autre au-dessus de lui, mais on ne le connaît pas."

Retour de Flaubert dans " Pléiade"

Réédition. Aussi étonnant que cela paraisse, la première (et dernière) édition des œuvres romanesques de Flaubert en "Pléiade" datait de 1936. Depuis, les études flaubertiennes se sont considérablement enrichies et tant d'eau a coulé entre Paris et Croisset! Cette résurrection en deux volumes est donc la bienvenue dans la prestigieuse collection. Dirigée par Claudine Gothot-Mersch, la nouvelle édition contient  le récit breton Par les champs et par les grèves, la Tentation de Saint-Antoine (version 1849 et 1856), des œuvres peu connues (dont Pierrot au sérail), Madame Bovary, Salammbô et Voyage en Orient. En prime, de nombreux inédits, ébauches, extraits de carnets, scénarios. Parmi "ce grand trottoir roulant que sont les pages de Flaubert", selon le mot de Proust, signalons un épisode supprimé de Madame Bovary où M. Homais parle de la lecture... Parution des deux volumes (1680 et 1360  pages) le 8 novembre.
(Thierry Clermont, Le Figaro littéraire, jeudi 7 novembre 2013, p. 6)

mercredi 20 novembre 2013

Journal du 20 novembre 1908

Augustine dit:
- Vous envoyez la lettre, Madame?
- Oui, ma fille.
- Je ne m'en irai pas chez nous. Ma mère ne veut pas de moi. Pourvu que je gagne ma vie, elle se fiche bien de moi. Elle me calotterait. Je ne veux pas m'en aller.
- Je vous mettrai dans le train.
- Je descendrai à la première gare. Je reviendrai à Paris chercher une place.
- Mais si vous n'en trouvez pas? Vous ne savez rien faire.
- Je ne veux pas m'en aller. J'aime mieux être mendiante.
- Vous vous ferez ramasser par les sergents de ville.
- Alors, j'aime mieux me détruire.
- Vous dites des bêtises. Écoutez., j'ai pitié de vous. Votre mère vous a confié à ma garde. Cette lettre, je ne la déchire pas. Je la garde. À la première bêtise que vous ferez, je l'envoie à votre mère, sans vous prévenir. Elle fera ce qu'elle voudra, mais vous ne resterez pas un jour ici.
- Oh! Madame, je vais bien travailler. Je ne mentirai plus. Je n'écrirai plus de lettres à mon amoureux. D'abord, je ne lui ai écrit que deux fois. Je ne mangerai plus l'aile du poulet que vous mettez de côté  pour Monsieur. Je ferai bien attention à la poussière.
- Oui, Augustine. Vous n'êtes pas mauvaise: vous êtes trop jeune. Nous avons tort de prendre des bonnes aussi jeunes que vous. Ici, vous pourriez vous faire une vie douce, mettre de l'argent de côté. Vous n'avez qu'à écouter ce que je vous dis. Vous avez bien compris?
- Oui, Madame. Ah! que j'ai eu chaud! Je vais boire un coup d'eau à la carafe. Madame ne me chasse pas?
- Non, pas tout de suite.
- Je reste?
- Oui, provisoirement.
- Ah! Madame va voir! Madame va voir!

mardi 19 novembre 2013

Journal du 19 novembre 1892

Une littérature de crabe.

Anosognosie

De la littérature (de crabe ou pas) au vocabulaire il n' y a qu'un pas que nous franchissons aujourd'hui, en puisant dans le panier de la lettre A, avec ce mot barbare,
Anosognosie: Trouble neuropsychologique caractérisé par la méconnaissance par le patient de la maladie dont il est atteint. 
(Le Petit Robert, p. 102, édition 2013.)

lundi 18 novembre 2013

Journal du 18 novembre 1892

Il devait parfois écumer ses idées bouillonnantes.

Jules Renard à Drouot

Mercredi 20 novembre à 14 heures seront mis en vente aux enchères d'important manuscrits et lettres de Jules Renard, parmi lesquels:
un rare poème de jeunesse,
un très rare manuscrit comportant de nombreuses corrections publié dans les Histoires naturelles intitulé L'épervier,
vingt-six lettres à divers correspondants, Alfred Vallette , Lucien Descaves, etc.
Piasa, Drouot Richelieu, salle 3,  9 rue Drouot, Paris 9.

dimanche 17 novembre 2013

samedi 16 novembre 2013

Journal du 16 novembre 1904

Claretie et Guitry.
- Après vous, dit Claretie.
- Non,non!
- Si, si! Vous êtes chez moi.
- Ah! c'est vrai! dit Guitry. J'oublie toujours.

vendredi 15 novembre 2013

Journal du 15 novembre 1895

Le lapin a le geste humain d'un homme qui se peigne la barbe.

Exposition Colette au Musée Maxim's

Mercredi 13 novembre 2013 – dimanche 30 mars 2014 

Musée Maxim’s.  3 rue Royale 75008 Paris. 
01 42 65 30 47

Exposition  Colette

 

 Portraits – tableaux - photos – objets – caricatures
la représentant ou lui ayant appartenus, dans un authentique décor Art Nouveau.
Rencontrez  celles et ceux qui ont accompagné la célèbre romancière au cours de sa foisonnante vie. De Saint- Sauveur au Palais-Royal, les maris, les liaisons, les amis l’entourent et la suivent.  Un parcours aux mille anecdotes et histoires vraies.
Visites guidées commentées à 14h ( anglais), 15h15 et 16h30 ( français) :

Tarif : 15€.
Groupes sur rendez-vous à partir de 11h.
auprès de Pierre-André Hélène 01 42 65 30 47

jeudi 14 novembre 2013

Journal du 14 novembre 1887

Parfois, tout, autour de moi, me semble si diffus, si tremblotant, si peu solide, que je m'imagine que ce monde-ci n'est que le mirage d'un monde à venir, sa projection. Il me semble que nous sommes encore loin de la forêt et que, bien que l’ombre des grands arbres déjà nous enveloppe, nous avons encore beaucoup de chemin à faire avant de marcher sous leur feuillage.

mercredi 13 novembre 2013

Journal du 13 novembre 1893

Enfin, s'il parvenait à travailler, la montagne de sa paresse accouchait d'une souris.

Actualité théâtrale

Un message de  Pierre-André Hélène:
Chers auditeurs et amis, 
A la suite de mes deux premiers spectacles « Guitry, Feydeau, les femmes et moi » et « Parlez-nous d’amour », je vous propose de nous retrouver, toujours au théâtre de Nesle, pour terminer ma trilogie théâtrale, avec mon nouveau one-man-show :
« Je n’ai pas encore tout dit… »
Un spectacle conté où nous évoquerons les femmes extraordinaires dont je n’ai pas encore parlé. Toutes ont été des égéries, des précurseurs, des symboles, des icônes de leur temps. De Sarah Bernhardt à Chanel, de Colette à Mary Marquet, de Cécile Sorel à la Paiva et bien d’autres encore, elles ont « épaté » leur époque.
Un one-man-show historico-glamour, tour à tour tendre, drôle et émouvant où rien ne se fait sans les femmes.
Et bien sûr : Spectacle conçu et écrit par moi, mis en scène par : toujours moi,
interprété par : encore moi,
alias Pierre-André Hélène (conservateur du musée Maxim's)
Théâtre de NESLE 8 rue de Nesle 75006 Paris
Les mardi 19 et 26 novembre, 3 et 10 décembre 2013 à 19h15
Réservation : 01 46 34 61 04 Tarif : 25€ - 20€.

mardi 12 novembre 2013

Journal du 12 novembre 1902

Le papillotement des paupières de Schwob quand il ment.

Un tsunami dans la littérature

Lecteurs, lectrices de ce blog, ne perdez plus votre temps, votre argent, abandonnez d'urgence vos lectures et pour commencer celle de ce blog, adonnez vous aux mots fléchés, au sudoku ou, pourquoi pas, si vos doigt sont agiles, à la broderie. Cher Léon Guichard, cher Michel Autrand, cher Stéphane Gougelmann dont les thèses sur Jules Renard ont éclairé mes insomnies et  rendu, du moins je le croyais jusqu'à aujourd'hui, moins épaisse mon ignorance, apprenez que votre prose n'était, hélas, que fadaises destinées à  disparaître dare-dare sur le bûcher de vos vanités. 
Et oui, du fond d'un petit bourg français une nouvelle doxa  prend son envol et déjà submerge la planète: une intermittente habitante vient de décréter, et répand urbi et orbi que nul ne peut comprendre Jules Renard s'il n'est pas habitant de Chitry-Les-Mines. (pour le lecteur occasionnel, Chitry-Les-Mines est le village natal où n'est pas né Jules Renard). Vous aurez compris, chers lecteurs et chères lectrices que, comme les ailes du papillon qui croît butiner impunément sur les pâles fleurettes de votre pavillon de banlieue, cet axiome a pour conséquence de déclencher un cataclysme universel. 
Habitants, de Maubeuge, d’Épinal, de Villeurbanne, ou de Bécon-les Bruyères ruez-vous à l'Etat-civil de votre mairie et vérifiez illico si le hasard a fait naître dans votre commune au moins un seul plumitif, même le plus obscur, qui vous sauvera de l'analphabétisme. Universitaires, écrivains, biographes qui avez osé vous pencher sur la vie ou l’œuvre d'un auteur étranger à votre village, mesurez désormais l'étendue de votre turpitude. Messieurs Lagarde et Michard, votre prétention, n'a d'égale que la profondeur de votre ignorance. Vous serez jugés par contumace et par posthumace, condamnés à mourir une deuxième fois sur l'échafaud érigé par vos pairs repentis de la Sorbonne reconvertis dans la menuiserie funéraire.
Heureux habitants de Besançon, ville deux fois bénite pour avoir donné le jour à Victor Hugo et Tristan Bernard, vos cervelles favorisées peuvent, sans faillir, choisir entre deux auteurs. Chance que n'ont pas les rouennais condamnés à lire, relire, et relire toujours et encore Madame Bovary, la Tentation de Saint-Antoine, Salammbô et l’Éducation sentimentale. Ayons une pensée charitable pour les 450 habitants d'Épineuil-le-Fleuriel incapables de ne rien comprendre d'autre que le seul et unique roman de leur concitoyen mort trop tôt sur un champ de bataille. Tout le monde n'a pas la chance, comme aurait dit Jules Renard, d'être né à Auteuil dont les habitants n'auront pas assez d'une vie pour digérer l’œuvre de Marcel Proust.
Mais tant pis pour vous, ignares que vous êtes, l'auteur de ce blog (pourtant doublement favorisé: né à Paris - ouf-, à deux pas de l'hôtel particulier de Sacha Guitry - re-ouf -  aujourd'hui détruit), l'auteur de ce blog, inculte, prétentieux, parisien, mal élevé, hérétique, ingrat continuera à nourrir ce blog d'une prose insipide et absconse jusqu'à ce que mort s'ensuive.  

lundi 11 novembre 2013

Journal du 11 novembre 1908

Hier soir, une lettre m'informe que La Gloriette est presque vendue. changement de direction. La Gloriette meurt. Espérons que le livre va vivre! Il est temps de faire retraite à la maison paternelle. Je laisse La Gloriette. Est-ce pour habiter la gloire?

Jules Renard aux enchères

Chez PIASA Drouot, le mercredi 20 novembre 2013 à 14 h.
Dispersion d'un vingtaine de manuscrits, lettres et photo de JULES RENARD.

dimanche 10 novembre 2013

Journal du 10 novembre 1897

Guitry sait raconter. Il ne raconte que ce qu'il faut, et il sait s'arrêter. S'il a du succès, il n'ajoute rien, et ne revient pas sur son histoire.
- Avec lui, dit Bernard, on n'est jamais gêné. On cause d'égal à égal. on n'a pas peur de dire tout à coup une chose qui froisse un cabot.
Jamais je n'oserai lire à cet homme-là ma petite pièce naïve et bébête.
Nous avons aussi beaucoup parlé cravates, et j'ai tout de même rougi de plaisir parce que Guitry m'a dit que la mienne n'avait pas l'air d'une cravate toute faite.

jeudi 7 novembre 2013

Journal du 7 novembre 1887

Une nature métallique, une végétation de tuyaux de poêle, des toits de zinc plus blancs que des lacs, des creux de cavernes qui sont des ouvertures de tabatières, une cité presque enfouie sous l'eau jusqu'à hauteur des cheminées de briques rouges, une noyade sous un soleil très pâle, couleur de brique lui aussi, tout un monde flottant, fantomatique, vu au travers des vitres vaporeuses par un temps de pluie.

mercredi 6 novembre 2013

Journal du 6 novembre 1902

L'arbre droit dans un bouclier d'écorce qui en fait tout le tour.

L'asperge au temps de Jules Renard

Mais mon ravissement  était devant les asperges, trempées d'outre-mer et de rose dont l'épi, finement pignoché de mauve et d'azur, se dégrade insensiblement jusqu'au pied - encore souillé pourtant du sol et de leur plant - par des irisations qui ne sont pas de la terre. Il me semblait que ces nuances célestes trahissaient les délicieuses créatures qui s'étaient amusées à se métamorphoser en légumes et qui, à travers le déguisement de leur chair comestible et ferme, laissaient apercevoir en ces couleurs naissantes d'aurore, en ces branches d'arc-en-ciel, en cette extinction de soirs bleus, cette essence précieuse que je reconnaissais encore quand, toute la nuit qui suivait un dîner où j'en avait mangé, elles jouaient, dans leurs farces poétiques et grossières comme une féerie de Shakespeare, à changer mon pot de chambre en un vase de parfum.
 (Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Première partie, Combray II)

mardi 5 novembre 2013

Journal du 5 novembre 1900

Exposition. Chrysanthèmes qui ressemblent trop à des caniches. Belles pommes qui ont des peaux humaines. Je préfère les belles porcelaines aux orfèvreries. Au moins, c'est fragile: on peut espérer que ça ne va pas durer indéfiniment.

lundi 4 novembre 2013

Journal du 4 novembre 1895

Le crapaud, et sa jambe de forçat qui a traîné le boulet à la patte.

Actualité littéraire

La vie de Stevenson
C'est lorsqu’il était enfant , dans son lit ou sa santé fragile le consignait, que Robert Louis Stevenson devint romancier. Son imagination métamorphosait en batailles de pirates les combats qu'il menait contre le mal qui lui rongeait les poumons. Plus tard, il expliquera que pour écrire des romans d'aventure, il n'est point besoin d'aller au bout du monde, que l'aventure est en soi, lorsqu'on se bat contre soi-même. Stevenson, le Pirate intérieur est une très belle biographie scénarisée par Rodolphe, l'un des biographes de l'écrivain, et dessinée par René Follet, qui fit ses premiers pas de dessinateur, en 1946, à quinze ans, en illustrant L'Ile au trésor. Les dessins aquarelles, aux accents romantiques, plongent le lecteur dans l'univers mouvementé de Stevenson, tout en racontant avec douceur et réalisme les étapes de sa vie, ses voyages en France, où il rencontra sa femme, puis en Amérique, où il alla la rejoindre, dans le pacifique enfin.
Stevenson, le Pirate intérieur, de Follet et Rodolphe, Aire libre-Dupuis, 72 p.
(Le Figaro littéraire, jeudi 31 octobre 2013, p. 7)

samedi 2 novembre 2013

Journal du 2 novembre 1887

Projet de préface. " Ma chère Maîtresse, je te dédie ces vers, d'abord parce que tu ne les liras pas, et que, d'autre part, je suis bien tranquille, car, si tu les lis, tu n'y comprendras rien. Mais je te les offre parce qu'ils sont nés sur les galets de la Manche, dans les coins de paysage de Normandie, dans une nature tapageuse parmi les dessous de bois et les buissons. Nous y sommes-nous piqués, hein! Effet bizzare; presque tous ont une allure triste. Très peu sont gais. En me les rappelant, je songe à un vol de corbeaux que j'ai vu, où, se mêlaient, ça et là, quelques alouettes effarées, et qui s'élevait au-dessus d'un parterre enchanteur et très riant de pavots rouges, de marguerites neigeuses et de belles gueules-de-loup. C'est, vois-tu, une habitude des faiseurs de vers de n'être jamais où ils sont. Si tu venais m'embrasser pendant la lecture d'un sonnet de Baudelaire, je serais capable de ne pas m'interrompre, et, si l'on m'annonçait la mort de mon père entre deux strophes d'Hugo, je dirais :"Attendez." Je me rappelle aussi les enthousiasmes. Tu as beau dire: tu admirais, mais tu ne comprenais pas. Pourtant, il était d'un grand charme pour moi, ce battement de mains tout de confiance, et rien n'est plus doux au coeur d'un homme que le ravissement de la femme qu'il aime, qui l'aime, et la mine attentive qu'elle prend à chacune de ses paroles, d'autant plus  émue et intérieurement grisée qu'elle ne sait pas ce qu'il lui dit.
Ton adoré.
P.S. Tu sais que je me marie."

vendredi 1 novembre 2013

Journal du 1er novembre 1901

Fantec. Quand il y a "bâtard" dans Regnard, il met "parent".
Regnard parmi les classiques, Theuriet parmi les modernes.
Il m'apporte un témoignage de satisfaction.
- Je ne sais pas pourquoi on m'a donné ça, dit-il.
Il traduit Jupiter regens par "le commandant Jupiter". C'est son élégance à lui.
Il ne sait pas encore se servir du mot "camarade". Il dit:
- J'ai demandé à un petit garçon.

jeudi 31 octobre 2013

Journal du 31 octobre 1895

Jules Renard, maire de Chaumot, c'est ça qui fera bien sur la couverture de mes livres.

mardi 29 octobre 2013

Journal du 29 octobre 1888

Lu le premier volume des Entr'actes de Dumas fils. Rien à relire

Actualité littéraire

Par quel mystère un écrivain mondain, snob, asthmatique et spécialisé dans l'exploration des sensations intimes a t-il pu devenir, en moins d'un siècle, l'objet d'un culte planétaire? Et par quel miracle une oeuvre née entre fumigations et murs de liège, dîners en ville, médisances, singularités sexuelles et cruauté sociale, " à la française" est-elle parvenue à parler, d'une même voix, au coeur d'un japonais, d'un américain, d'un iranien, d'un coréen?
Telle est bien, pourtant, la grandiose aventure de Marcel Proust qui - méconnu, illustre, adulé, commenté, psalmodié, adapté, traduit - aura, par son destin posthume, su enjamber la plupart des obstacles d'oubli ou de malentendus qui guettent les artistes disparus avant d'avoir assis leur réputation [...]
Tout individu qui, ayant sérieusement lu la Recherche, prétendra qu'il n'est pas chahuté de fond en comble devra être considéré soit comme une brute, soit comme un menteur... 
(Jean-Paul Enthoven, Le Monde hors série, Une vie, une oeuvre, Marcel Proust, novembre 2013.)

lundi 28 octobre 2013

Journal du 28 octobre 1898

On parle du pied ridiculement petit de Pierre Loti.
- Ce doit être ce qu'on appelle le pied marin, dit Bernard.

Jules renard réédité


Des milliers de livres anciens  retrouvent le chemin des librairies grâce à un service associant Hachette Livre et la Bibliothèque nationale de France qui permet de réimprimer à l'identique et à l'unité des trésors du patrimoine littéraire et historique français. Plusieurs milliers d'ouvrages publiés entre le XVe et le XIXe siècles et sélectionnés parmi les titres les plus consultés de Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF, peuvent désormais être commercialisés par l'ensemble du réseau des libraires. Un site web dédié, www.hachettebnf.fr, permet à chacun de consulter par thématiques l'ensemble des références disponibles et de visualiser un extrait de chaque ouvrage avant d'en commander un exemplaire chez le libraire de son choix. Ces ouvrages vendus de 6 à 40 euros sont livrés dans les librairies dans les mêmes délais qu'un exemplaire prélevé sur stock grâce à l'impression à la demande. 
Sont désormais disponibles
Coquecigrues, Comédies: le Plaisir de rompre, le Pain de ménage, Poil de Carotte, M. Vernet. Bucoliques, L'Ecornifleur, Sourires pincés.
pour commander, se rendre sur le site:  www.hachettebnf.fr

dimanche 27 octobre 2013

Journal du 27 octobre 1887

C'est un travail curieux que de démêler chez un jeune les influences des arrivés. Que de mal on se donne avant de prendre son originalité chez soi, tout simplement!

samedi 26 octobre 2013

Journal du 26 octobre 1904

C'est une grande joie pour Tristan que de lire le Bottin de province et de constater que neuf ou dix arrondissement n'ont pas de tribunal, ou qu'une ville a beaucoup plus d'habitants qu'on ne croirait.

vendredi 25 octobre 2013

Journal du 25 octobre 1887

Rachilde nous dit: "Au moins, moi, on peut me rendre cette justice: je ne déménage jamais. Après chaque saison de bains, on est sûr de me retrouver." Son éditeur ne veut pas la lâcher. C'est ça qui est original.

jeudi 24 octobre 2013

Journal du 24 octobre 1892

On voulut donner à une rue le nom de cet enfant du village, mais à quelle rue? À vrai dire, il n'y en avait pas. On songea à débaptiser le village.

mercredi 23 octobre 2013

Journal du 23 octobre 1906

Il faudrait avoir des fiches sur leurs misère. Ils sont tous pauvres, mais jusqu'à quel point?

Actualité littéraire

Couverture
Marcel Proust
Du côté de chez Swann, "Combray",  fac similé et transcription Gallimard
Tirage limité à 1200 exemplaires.
Parution 24 octobre 2013
Format: 46,5 x 32 cm

Il s'agit des premières épreuves de Du côté de chez Swann (1913), qui présentent un intérêt capital parce que les additions manuscrites, que nous donnons en fac-similé et en transcription, doublent le volume du texte initial, selon Proust lui-même. Ce livre, qui est aussi un bel objet, permet donc d'assister au travail de la création. Le volume reproduit même les « paperoles » collées à la main qui s'ajoutent aux marges, elles-mêmes couvertes de modifications manuscrites : on a ainsi des dépliants qui peuvent atteindre une vingtaine de centimètres. Le texte obtenu sera d'ailleurs encore corrigé par Proust sur des épreuves ultérieures moins spectaculaires ; il comporte donc lui-même une part d'inédit : ce qui n'a pas été retenu dans le texte définitif. Le volume se limite à la première partie de Du côté de chez Swann, « Combray », c'est-à dire l'enfance du héros. Le lecteur et le collectionneur se trouveront face à un objet tout à fait inédit : à la fois imprimé et manuscrit, avec des dimensions insolites (40 x 60 cm), puisque ce sont celles de ce qu'on appelait « placards », c'est-à-dire une feuille comportant 8 pages d'un volume futur (il y a 29 placards, soit une centaine de pages en grand format dans la première édition Grasset). On y donne aussi les additions manuscrites en reproduisant leur forme matérielle même, quelle qu'elle soit, par exemple des dépliants de surfaces et de couleurs différentes. Pour l'agrément de la lecture et la facilité de la compréhension, on trouvera aussi la transcription imprimée de toutes les additions manuscrites de Proust. Lorsque ces épreuves ne comportent pas la version définitive d'un mot ou d'une phrase (puisqu'il s'agit d'un état intermédiaire du texte), celle-ci est signalée dans la transcription (par une référence à l'édition Pléiade). C'est la première fois que ces épreuves sont publiées, à l'identique (avec toutes les additions manuscrites) et qu'une transcription en est donnée. Le volume est publié dans le cadre de la célébration par Gallimard du centenaire de la première publication de Du côté de chez Swann en 1913. Tiré à 1 200 exemplaires, tous numérotés, le volume ne sera pas réimprimé. L'ouvrage, publié en partenariat avec la Fondation Martin Bodmer, a bénéficié du mécénat de la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint-Laurent et du Conseil général d'Eure-et-Loir. Il s'adresse aux admirateurs de Proust, qui sont légion dans le monde entier, aux lecteurs curieux de découvrir la création en devenir, aux collectionneurs, de même qu'aux érudits spécialistes de l'étude des manuscrits et aux institutions. L'édition (introduction et transcription) est assurée par Charles Méla, professeur à l'Université de Genève et directeur de la Fondation Bodmer qui possède ce précieux document.

mardi 22 octobre 2013

Journal du 22 octobre 1904

Je me fais l'effet d'un naufragé qui ne peut aborder ni sur la rive droite, côté roman, ni sur la rive gauche côté théâtre, et qui finirait par se dire: " Mais je suis bien, là, au milieu! Je n'ai qu'à m'y tenir par mes propres forces et qu'à regarder les rivages."

lundi 21 octobre 2013

Journal du 21 octobre 1887

Ne pas se tromper aux figures hautaines et silencieuses: ce sont des timides.

Dieu au temps de Jules Renard

La question de l'au-delà échappe à notre connaissance.  Et si Dieu  existe, il a interdit à l'homme de le savoir. En sorte que croire en lui serait enfreindre ses ordres, et l'offenser, et cueillir une seconde fois le fruit défendu...
(Marcel Proust, quelque part dans À la Recherche du temps perdu, cité par Jean-Paul et Raphaël Enthoven dans le Dictionnaire amoureux de Marcel Proust, p. 185.)

dimanche 20 octobre 2013

Journal du 20 octobre 1900

Chez Antoine. Courteline, avec une serviette pleine de vieille littérature, et ses mèches de cheveux toujours collées comme des pinceaux, gueule contre ce malfaiteur, ce cochon de Boileau qui n'a fait qu'em...bêter Corneille, contre la Société des Auteurs qui touche 11 % sur nos droits en province et étend la province jusqu'au boulevard des Capucines, contre la petite Société où l'on se partage 13 centimes entre cinquante.

samedi 19 octobre 2013

Journal du 19 octobre 1896

Ne m'a-t-on pas toujours dit que je devais me mettre dans la peau de mes bonshommes, et ne m'est-il pas plus simple de rester dans la mienne?

vendredi 18 octobre 2013

Journal du 18 octobre 1905

Honorine ne distingue plus la nuit du jour. Elle se lève, la nuit, pour prendre un morceau de pain. Elle aura donc toujours faim, jusqu'à sa mort?

Jules Renard en Belgique le 22 octobre

Conférence sur Jules Renard à Manage, Belgique:
Les deux auteurs préférés de cet ancien bibliothécaire sont Achille Chavée et Jules Renard. Cet amour des livres et de la brièveté des phrases l’a même amené à écrire un ouvrage « la fine moustache du quotidien ». Dans un petit carnet, il note toujours ces dérapages langagiers. Michel Delhalle développe une autre initiative : une conférence présentant 'Le Journal' de Jules Renard. 
« Depuis toujours, c’est mon livre de chevet. C’est un concentré de tout ce qui se fait au niveau des formes brèves. Lors de cette conférence, j’essaie de faire partager ma passion pour ce journal. Je souhaite démontrer la modernité de Jules Renard. Certaines citations sont passées dans le langage commun ».
Conférence le 22.10 à 19 h 30 en la maison de la Laïcité de Manage. Rens. 064 54 15 78

jeudi 17 octobre 2013

Journal du 17 octobre 1902

Forain apporte au  Figaro un dessin plus que simple.
- Tout de même, dit Rodays, pour trois cents francs, vous pourriez bien ajouter quelque chose!
-  Mais quoi?
- Je ne sais pas, moi. Des hachures...

Les adieux à la scène de Trintignant

Jean-Louis Trintignant faisait mercredi soir 9 octobre, à Vannes, ses adieux à la scène. Au début, avant qu'un seul mot ait été prononcé, qu'une seule note ait éclos, l'acteur a cité Jules Renard: " le chrétien qui va se noyer, s'il joint les mains pour prier, il coule."
(Pierre Vavasseur, Aujourd’hui en France, jeudi 10 octobre 2013)

mercredi 16 octobre 2013

Journal du 16 octobre 1887

Elle vit avec 39 francs par mois et n'achète pas  de livres dont le prix dépasse quatre sous. Elle a, pour l'entretien de son poêle, toute une théorie, et ne consent à en rejeter la cendre que quand elle est blanche et fine comme de la poudre de riz. Comme dessert, des noix en toute saison, parce que les coquilles se brûlent. Elle a un monstre qui la dévore, une pieuvre qui la suce: l'omnibus. Qu'on en juge! Quatre omnibus par semaine font 4 fr.80 par mois, qu'il faut déduire d'une leçon de 40 francs. Avec cela, gaie, prenant la vie par les fleurs, le soleil, tout ce qui brille, tout ce qui chante, tout ce qui sent bon gratis, heureuse peut-être. L'hiver est sa terreur. Il augmente la dépense.
A ses murs pendent des chromos, mais elle a su si bien choisir qu'elles sont réjouissantes pour la vue comme des peintures fraîches. L'objet d'art est une faïence peinte par elle, où s'enlacent des lisérés ténus, de pauvres lisérés.
Tellement sincère qu'elle ajoute à la vérité par mégarde, avec un Dieu Alphonse Karr, et un demi-satan, Zola, qu'elle repousse par propreté.
"J'admire son talent. Toutefois, dit-elle, ne lui en demandez pas plus long."
Au théâtre, dans l'étouffement des loges, elle quitte son jupon de dessous.
En musique ni l'opéra, ni l'opérette: l'opéra-comique.

mardi 15 octobre 2013

lundi 14 octobre 2013

Journal du 14 octobre 1893

Un joli mot tombé de la bouche de Courteline:
- Ne vous amertumez pas, Renard.

Exposition Vallotton au Grand Palais

    Félix Vallotton, La Loge de théâtre, le Monsieur et la Dame, 1909 Collection particulière © DR

Exposition Félix Vallotton : Le feu sous la glace

02 Octobre 2013 - 20 Janvier 2014
Grand Palais, Galeries nationales

Félix Vallotton (1865-1925) est un artiste unique qui, bien que proche des nabis, garde sa vie durant un style à la fois très personnel et résolument moderne. Reconnaissables entre toutes, ses toiles se distinguent par des couleurs raffinées et un dessin précis découpant la forme qu’il met également au service de la gravure.
Cette exposition est organisée par le musée d’Orsay et la Réunion des musées nationaux-Grand Palais en coorganisation avec le Van Gogh Muséum, Amsterdam, le Mitsubishi Ichigokan Muséum, Tokyo et Nikkei Inc.. Elle bénéficie du soutien exceptionnel de la Bibliothèque nationale de France, des musées d’Art et d’Histoire de Genève et du musée cantonal des beaux-arts de Lausanne. L’exposition est réalisée grâce au soutien de la Maison Bucherer et d’Eiffage Travaux Publics. Avec la participation de Pro Helvetia, Fondation suisse pour la culture.

dimanche 13 octobre 2013

samedi 12 octobre 2013

Journal du 12 octobre 1908

- On vous aime, me dit Mellot. Beaucoup de gens vous aiment et vous ne le savez pas. Ils sont gênés pour vous le dire.
- Oui, je sais. Ce qu'ils aiment en moi, c'est surtout le talent, et ça ne peut pas être toujours réciproque.

Jules Renard/Bernouard, aux enchères

Mardi 15 octobre à 14h.
chez Ader Nordmann , 3 rue Favart, Paris 2ème sera vendue l'édition des œuvres complètes de Jules Renard  en 17 volumes éditée par François Bernouard.
Estimation 300/400 €.

jeudi 10 octobre 2013

Journal du 10 octobre 1905

La vieillesse n'existe pas. Du moins ne souffrons-nous pas d'une vieillesse continue à la fin de notre vie: comme les arbres, tous les ans nous avons nos accès de vieillesse. Nous perdons nos feuilles, notre bonne humeur, notre goût de la vie, puis ça revient.
Nous n'avons pas une enfance, une maturité, une vieillesse: plusieurs fois dans la vie nous avons nos saisons, mais leur cours nous reste mal connu: il n'est pas régulier.

Jules Renard vu par Deluermoz, aux enchères

Vendredi 25 octobre 2013 à 14 h 30,
à l'Hôtel du Louvre, salon Rohan, Place André Malraux, Paris 1er,
sera mis aux enchères par l' Étude ALDE, le volume suivant, lot n° 124:
DELUERMOZ (H.) - RENARD (J.).
Histoires naturelles. Paris, Les Cent bibliophiles, 1929, in-4°, vélin ivoire à la bradel, sur chaque plat, une peinture originale signée de Deluermoz, dos orné d’un paon, doublure de vélin orné d’une aquarelle de l’artiste, gardes de vélin, couverture illustrée et dos, tranches dorées sur témoins, étui et chemise gainés de maroquin terre de Sienne (E. Maylander).
Estimation 2000/3000 €

mercredi 9 octobre 2013

Journal du 9 octobre1902

Sem, quoique épicier à Bordeaux, faisait des albums à Marseille, et y était populaire. Il vient à Paris, fait un album sur les courses, le porte lui-même  chez les libraires dans une voiture à bras. Succès foudroyant. 
Élevé par des jésuites, dit qu'il connaît des âmes religieuses célestes.
- Moi, aucune, lui dis-je.
De mon portrait par Léandre, il dit:
- Il n'y a rien. On dirait qu'il a voulu faire une pomme de terre en robe de chambre.
Il ne lit que pour s'endormir. Sur mon conseil, il va lire du Saint-Simon.

mardi 8 octobre 2013

Journal du 8 octobre 1900

- Cher monsieur...
- Cher monsieur vous-même! répond Allais.

Jules Renard vu par Benjamin Rabier, aux enchères

Samedi 12 octobre, 13 h 30
Couteau-Begarie, Drouot, Paris - lot 407
RABIER Benjamin
Encre de Chine et lavis noir pour un ensemble composé de 3 dessins issus de l'ouvrage : Histoires naturelles de Jules RENARD : le premier dessin illustrant le texte sur l'épervier p 109, le second dessin illustrant le texte sur le corbeau p 110 et le troisième dessin illustrant le texte sur les perdrix p 111. Dimension 27x12 cm.
Estimation: 600/700€

lundi 7 octobre 2013

Journal du 7 octobre 1891

Schwob: "Oui, publiez L'Ecornifleur. On vous attend. Tout le monde prétend que vous manquez d'haleine. Rosny me disait ce soir: "Oui, sa supériorité dans les petites choses est incontestable, mais il faudrait le voir dans les grosses."
Capus: " Pourquoi voulez-vous qu''Ollendorf refuse L'Ecornifleur! Il publie un volume par jour. Est-ce qu'on a jamais vu un éditeur refuser un livre?

J-L Trintignant lit le journal de Jules Renard à Cavalaire.

J-L Trintignant lit le journal de Jules Renard à Cavalaire.

dimanche 6 octobre 2013

Journal du 6 octobre 1889

Un jour, on mettra des phonographes dans les pendules. Elles diront, au lieu de sonner: "Il est 5 heures, 8 heures." On leur répondra: "Tu retardes ou tu avances." Nous causerons avec le temps, il s'arrêtera pour tailler une bavette, comme un simple concierge, ou une bonne chez le fournisseur.

samedi 5 octobre 2013

Journal du 5 octobre 1897

Ne m'accusez pas de mentir! Du point de vue de la vérité, ce que je dis n'a pas plus d'importance que ce que j'écris: c'est toujours trop littéraire.

vendredi 4 octobre 2013

Journal du 4 octobre 1887

J'ai fait des vers comme un héros fait des exploits. C'est à vous de les dire, pas à moi.

Le syndrome du hérisson

Animal doux, paisible et d'une placidité légendaire, le hérisson devient en revanche agressif dès que l'on s'approche du territoire qu'il occupe. Normal, il a mis si longtemps à y accéder. C'est d'ailleurs pour cela que Dieu, ou les dieux dans la tradition grecque, mais on ne sait pas encore lesquels, a doté le hérisson de poils piquants et de 36 dents pour dissuader celui qui entend le déloger.
Ce syndrome, désormais appelé syndrome du Hérisson, avait été, non pas découvert, mais quand même  astucieusement entrevu par Jules Renard, qui, du hérisson, disait déjà: "Il faut me prendre  comme je suis et ne pas trop me serrer." D'où l'expression: "qui s'y frotte s'y pique". C.q.f.d.
Sur le syndrome du hérisson, voir également cet article du 26 septembre 2013.

jeudi 3 octobre 2013

Journal du 3 octobre 1906

Je suis le Loti cantonal.

Le mariage des prêtres au temps de Jules Renard

L'encyclique du pape
sur le mariage des prêtres
Nous croyons devoir donner sous toutes réserves  le texte de l'encyclique de Léon XIII sur le mariage des prêtres tel que nous l'apportent les journaux sud-américains.
"Nous, Léon XIII, pape, par la grâce de Dieu, son vicaire sur la terre,
Nous nous adressons à vous, vénérables archevêques, évêques, prêtres et fidèles de l'Amérique latine, et vous faisons savoir qu'après avoir consulté les vénérables pères du concile nous décrétons :
1° Considérant que le célibat ecclésiastique n'est pas de droit divin, mais a été établi et prescrit par les sages conciles des premiers siècles de l’Église et par nos prédécesseurs au pontificat, pour apporter une plus grande pureté dans la célébration des saint mystères et aussi pour assurer plus de zèle et d'abnégation de la part des prêtres dans l’accomplissement des devoirs difficiles de leur ministère, - discipline exigée par les circonstances dans un temps où les vocations  pour le service de l’Église étaient innombrables;
2° Considérant qu'à l'époque présente et particulièrement en Amérique les vocations pour le sacerdoce deviennent chaque jour plus rares, ce qui fait qu'il existe de nombreuses paroisses acéphales au préjudice de la foi et du service religieux;
3° Considérant que la cause la plus puissante pour laquelle la jeunesse née et élevée dans l'atmosphère matérialiste du présent siècle s'éloigne du sacerdoce est le célibat ecclésiastique, qui, s'il entoure le prêtre de prestige et d'autorité, exige aussi, à la vérité, une vertu et un sacrifice héroïque pour lequel il faut une grâce très spéciales que Dieu n'accorde pas à tous.
En vertu de ces puissants motifs et après avoir consulté les pères du concile latino-américain, nous déclarons:
Que nous laissons la liberté aux prêtres de cette région, et seulement en raison de nécessités inéluctables parmi ces nations et ces peuples, de contracter mariage, en se soumettant en tout, sur cette matière, à la discipline générale imposée par l’Église aux fidèles.
Nous n'en conseillons pas moins, par les présentes, l'observation du célibat, comme constituant l'état le plus parfait, le plus saint et le plus digne du prêtre.
La faculté accordée entrera en vigueur le 1er janvier 1900.
Fait à Rome, le 10 juillet de l'an du seigneur 1898, vingtième de mon pontificat.
Léon XIII, pape."
(Le Journal, 6 janvier 1900)

mercredi 2 octobre 2013

Journal, un jour d'octobre 1908

Je connais aussi l'art de me faire dire des choses désagréables en les disant d'abord moi-même: on dit comme moi.

lundi 30 septembre 2013

Journal du 30 septembre 1906

Gentilshommes. Un titre dans la noblesse, un grade dans l'armée, une auto, une grue et un prêtre, avec ça ils peuvent attendre la chute de la République.

Jules Renard : La Bigote acte 1

La Bigote, dernière pièce en 2 actes écrite par Jules Renard, peu de temps avant son décès, n'est plus jouée depuis longtemps. Nous exhumons pour les lecteurs de ce blog cette interprétation exceptionnelle présentée par la compagnie " Quoi qu'On en d'Ise…" à St Erblon (35).

Aujourd'hui l'acte 1, demain L'acte 2.
La Bigote, acte 1:



dimanche 29 septembre 2013

Journal du 29 septembre 1897

Bucoliques. Le pharmacien sur sa porte dit qu'il y a quelque chose de brouillé dans l'ordre des saisons.

samedi 28 septembre 2013

Journal du 28 septembre 1887

"Ah!" me dit le noble vieillard en sortant de la vespasienne. "L’homme est comme un temple. Quand la colonne est brisée, il tombe, et les femmes n'y portent plus leurs dévotions."

vendredi 27 septembre 2013

Journal du 27 septembre 1906

Dix heures du matin, c'est l'heure grave et parfumée où le laurier, le céleri, le navet, le thym, le persil, le poireau, la gousse d'ail, l'oignon et les deux carottes coupées en quatre se réunissent dans le pot, autour de la tête de veau enveloppée d'un linge blanc.

Jules Renard et le syndrome du hérisson 1...

Voir, ci-dessous, les 2 posts du 26 septembre.

jeudi 26 septembre 2013

Journal du 26 septembre 1901

La châtaigne, ce hérisson des fruits.

Association les amis de Jules Renard, ou le syndrome du hérisson.

Question: Pourquoi le président, la secrétaire et le trésorier de l'association des amis de Jules Renard ne sollicitent-ils  pas le renouvellement de leur mandat lors de la prochaine assemblée générale?
Réponse: Il y a 3 ans, la présidente-fondatrice a choisi elle-même son successeur, une nouvelle secrétaire et un nouveau trésorier. Mais depuis 3 ans elle s’est toujours conduite  comme étant encore présidente en titre. Ses critiques et ses courts-circuitages incessants sont venus à bout de la gentillesse du nouveau président, de la patience de la secrétaire et de la bonne volonté du trésorier.
Conclusion: Pour assurer à l’association un avenir pérenne, il faut souhaiter que l'ex présidente-fondatrice soit candidate à son ancienne fonction bientôt vacante.
T.J.

mercredi 25 septembre 2013

Journal du 25 septembre 1895

Je n'en voudrais pas pour un empire colonial.

Jules Renard et la SACD

Jules Renard  a été admis a la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) le 18 avril 1902. Il avait pour parrain ses amis Alfred Capus et Tristan Bernard.
Ce même jour ont également été admis: Octave Mirbeau, Gustave Guiches et Henry de Gorse.

mardi 24 septembre 2013

Journal du 24 septembre 1902

Chasse. Dans la luzerne humide, la caille fuit devant le chien qui "ondule", relève de temps en temps le nez, qu'il a couvert de feuilles jaunes, et souffle comme un phoque. La caille file. On voit les brins de luzerne remuer, léger sillage. Les plumes trempées, elle ne peut pas partir. Parfois, le chien s'arrête, tient trop, et la caille en profite pour gagner du terrain. On traverse ainsi un petit océan de luzerne. Enfin, Philippe tire et l’abat. Trois domestiques du Bouquin se mettent à crier: un peu plus... Les plombs ont " viouné " à leurs oreilles. 
- Pourquoi donc, dit Philippe, que vous restez là, dans le chemin, derrière la "trace"?
Parole imprudente! Est-ce que le chemin n'est pas à tout le monde? Il faut rattraper. Je retrouve les trois gars plus loin, et ils finissent par dire que c'était pour blaguer. 
On entendait la pluie venir sur le bois. Elle faisait du bruit comme une rivière.
Il pleut, il pleut! Des chiens boivent debout.
Des paysans arrachent leurs pommes de terre, courbés comme s'ils les mangeaient.

dimanche 22 septembre 2013

samedi 21 septembre 2013

Journal du 21 septembre 1894

Poil de Carotte est un mauvais livre, incomplet, mal composé, parce qu'il ne m'est venu que par bouffée.

Actualité théâtrale

A partir du 24 septembre, au Théâtre Montparnasse, rue de la Gaîté, Paris.
la Dame de fer, d'Henrik Ibsen. adaptation Eric-Emmanuel Schmitt.
Élida, la dame de la mer, a épousé un mari plus âgé qu'elle, le docteur Wangel. Mais un lourd secret pèse sur cette union. elle devra choisir entre un passé passionnel et un futur serein avec son époux.

A partir du 24 septembre 2013.
(du mardi au samedi 20h30 . matinée samedi à 17h30 & dimanche à 15h30).
Prix des places: 52€ (Carré or), 48€, 32 € , 18 €.

vendredi 20 septembre 2013

Journal du 20 septembre 1905

Guitry. Une dépression. Il se marque, et il y a de ses histoires que j'ai trop entendues. Il n'y ajoute plus que de la longueur. Je lui dis parfois: "Allons! ne mentez pas!" Et ça le vexe: il a un petit sourire rentré.
Il avait déposé sa bonne amie à l'hôtel Cahouet à Corbigny.
- Qui est-ce?
- Je ne sais pas, dit-il.
- Il fallait l'amener.
- Elle dort à poings fermés, comme une enfant.
Avec Tristan ils ont bien ri parce que, la première enseigne qu'ils ont lue, c'est Paul Cocu.
Trop vite, l'auto. Tant de jolis paysages où l'on ne s'arrête pas. On laisse des regrets partout.
A Vézelay, ils n'ont pas vu passer la terrasse. Ils imaginent ce que dirait Mirbeau: "Une ville morte! Plus que cent habitants! Autrefois mille! Tous ont eu la maladie de la pierre!"

jeudi 19 septembre 2013

Journal du 19 septembre 1895

Histoires naturelles. - Buffon a décrit les animaux pour faire plaisir aux hommes. Moi, je voudrais être agréable aux animaux mêmes. Je voudrais, s'ils pouvaient lire mes petites Histoires naturelles, que cela les fît sourire.

Actualité littéraire

Clichy, par Vincent Jolit, Éditions de la Martinière, 144 p., 14.90 €.

La dactylo de Céline.
Voilà un petit exploit: réhabiliter, grâce à un minutieux travail d'enquête, la mémoire d'une figure modeste et oubliée de l'histoire. Celle de la secrétaire qui a dactylographié Voyage au bout de la nuit, de Louis-Ferdinand Céline. L'auteur Vincent Jolit, nous plonge dans le quotidien morne de cette employée pauvre des années 1930 et décrit ses difficultés face à un texte au français innovant: un mélange d'argot, de parler populaire et de langue châtiée assorti d'une ponctuation capricieuse; le tout jeté sur des milliers de pages indéchiffrables. Ce livre révèle la genèse d'une œuvre majeure du XXe siècle, et parvient à faire de celle qui n'était, jusque-là, qu'une petite main un personnage romanesque. Clichy est le roman du roman.
(Signé L.B. Aujourd'hui en France magazine, supplément à Aujourd'hui en France, vendredi 6 septembre 2013)

mercredi 18 septembre 2013

Journal du 18 septembre 1889

Ce qui n'a pas été fait, c'est un livre moderniste sur la campagne.
La campagne se prête à toutes les divagations du rêve. On questionne bien tranquillement le ruisseau, l'arbre, les grandes luzernes: ils ne répondent pas et ce qui dégoûte des hommes, c'est qu'ils veulent toujours répondre aux questions qu'on leur pose. Chacun nous offre une certitude, une solution: c'est désolant.

mardi 17 septembre 2013

Journal du 17 septembre 1887

Une inexactitude scrupuleuse.

L'automobile au temps de Jules Renard

L'automobile, c'est aussi la déformation de la vitesse, le continuel rebondissement sur soi-même, c'est le vertige.
Quand après une course de douze heures, on descend de l'auto, on est comme le malade, tombé en syncope, et qui, lentement, reprend contact avec le monde extérieur. Les objets vous paraissent encore animés d'étranges grimaces et de mouvements désordonnés. Ce n'est que peu à peu, qu'ils reprennent leur forme, leur place, leur équilibre. Vos oreilles bourdonnent, comme envahies par des milliers d'insectes aux élytres sonores. Il semble que vos paupières se lèvent avec effort sur la vie, comme un rideau de théâtre sur la scène qui s'illumine.
Que s'est-il donc passé? On n'a que le souvenir ou plutôt la sensation très vague d'avoir traversé des espaces vides, des blancheurs infinies, où dansaient, se tordaient des multitudes de petites langues de feu...
(Octave Mirbeau, La 628-E8, Eugène Fasquelle, 1908)

lundi 16 septembre 2013

Journal du 16 septembre 1901

Paresse? Oui. Mais c'est un plaisir si fin que de vivre jalousement avec ses rêveries, sans les prêter à personne.

Voluptés victoriennes au temps de Jules Renard

Le musée Jacquemart-André montre la femme sublimée sous le règne de Victoria. En 50 tableaux. Jusqu'au 20 février.
A l'origine de cette exposition voluptueuse, un homme qui aimait les femmes: Juan-Antonio Perez-Simone. Le milliardaire mexicain d'origine espagnole a fait fortune dans la téléphonie. Il a constitué une collection pléthorique de 3000 œuvres. L'une de ses thématiques de prédilection est une peintre anglaise, née en 1860, éteinte au début de la guerre de 1914, qui montre des créatures de rêve, une femme glorifiée. C'est cette "partie de collection" d'une cinquantaine de peintures et de dessins que le musée Jacquemart-André montre aujourd'hui [...] L'expo s'ouvre sur une pièce majeure - la première acquise par le collectionneur -, "Les Roses d'Héliogabale" par le peintre académique Lawrence Alma-Tadema (1836-1912).
(Judith Benhamou-Huet, Les Echos- week-end, vendredi 13 et samedi 14 septembre 2013, p. 8)

dimanche 15 septembre 2013

Journal du 15 septembre 1894

- Je suis un honnête homme, moi, monsieur!
- Vous avez tort: c'est un mauvais métier .

Jules Renard par le Choeur Capriccio

Le Chœur d'enfants Capriccio du Conservatoire national de musique de Nevers chante, aujourd'hui dimanche 15 septembre, dans la salle capitulaire du cloître de La Charité-sur-Loire, au profit de la protection animale. Le concert, organisé par le refuge de Thiernay, présente un programme tout public autour d'extraits des Petites Histoires Naturelles, d'après l’œuvre de Jules Renard. La compositrice Isabelle Aboulker sera présente au concert.

vendredi 13 septembre 2013

Journal du 13 septembre 1887

Le plus artiste ne sera pas de s'atteler à quelque gros œuvre, comme la fabrication d'un roman, par exemple, où l'esprit tout entier devra se plier aux exigences d'un sujet absorbant qu'il s'est imposé; mais le plus artiste sera d’écrire, par petits bonds, sur cents sujets qui surgiront à l'improviste, d'émietter pour ainsi dire sa pensée. De la sorte, rien n'est forcé. Tout a le charme du non voulu, du naturel. On ne provoque pas : on attend.

jeudi 12 septembre 2013

Journal du 12 septembre 1890

Hier soir, longuement causé avec Vallette. Babylas, c'est lui, l'homme auquel il n'arrive rien, l'homme triste, navré, qui le sera toujours, dont la vie, quoique finie, se continue pourtant, il ne sait pourquoi. Il a plusieurs idée de romans: la fille de l'officier supérieur, l'homme qui a épousé une femme froide. C'est le roman gris, le roman des petits, pour lesquels il a une grande pitié. 
Il n'ose pas regarder en lui: il se fait peur. Il vient de me raconter le thème des Aveugles, et, encore tout tremblant du frisson de la petite mort, nous parlons de la vie, de son imbécilité. Il me dit: 
- Nous nous sommes faits, nous autres, et, vous, vous êtes encore ce que vous êtes né.

mercredi 11 septembre 2013

Journal du 11 septembre 1902

Vieux paysan. Toutes ses dents sont usées: le pain était trop dur. Sa vache a reçu, un jour, d'un chasseur inconnu, un coup de fusil dans la tête. Elle en est restée longtemps toute bête.

Exposition Colette

Du 13 novembre au 13 avril, le Musée Maxim's, rue Royale à Paris, organise une exposition temporaire dédiée à Colette.
Portraits, tableaux, photos, objets, caricatures, la représentant ou lui ayant appartenus, dans un authentique décor Art Nouveau. Rencontrez celles et ceux qui ont accompagné la célèbre romancière au cours de sa foisonnante vie. De Saint-Sauveur au Palais-Royal, les maris, les liaisons, les amis l'entourent et la suivent. Un parcours aux mille anecdotes et histoires vraies.

lundi 9 septembre 2013

Journal du 9 septembre 1903

Un domestique tient à son titre et ne nous sait aucun gré de ne pas le traiter comme tel.

Les odeurs au temps de Jules Renard

Le beau temps, cette nuit-là, fit un bond en avant, comme un thermomètre monte à la chaleur. Quand je m'éveillai, de mon lit par ces matins tôt levés du printemps, j'entendais les tramways cheminer, à travers les parfums, dans l'air auquel la chaleur se mélangeait de plus en plus jusqu'à ce qu'il arrivât à la solidification et à la densité de midi. Plus frais au contraire dans ma chambre, quand l'air onctueux avait achever d'y vernir et d'y isoler l'odeur du lavabo, l'odeur de l'armoire, l'odeur du canapé, rien qu'à la netteté avec laquelle, verticales et debout, elles se tenaient en tranches superposées et distinctes, dans un clair-obscur nacré qui ajoutait un glacé plus doux au reflet des rideaux et des fauteuils de satin bleu, je me voyais, non par un simple caprice de mon imagination, mais parce que c'était effectivement possible, suivant dans quelque quartier neuf de la banlieue, pareil à celui où à Balbec habitait Bloch, les rue aveuglées de soleil et voyant non les fades boucheries et la blanche pierre de taille, mais la salle à manger où je pourrais arriver tout à l'heure et les odeurs que j'y trouverais en arrivant, l'odeur du compotier de cerises et d'abricots, du cidre, du fromage de gruyère, tenues en suspens dans la lumineuse congélation de l'ombre qu'elles veinent délicatement comme l'intérieur d'une agate, tandis que les portes-couteaux en verre prismatique y irisent des arcs-en-ciel ou piquent ça et là sur la toile cirée des ocellures de paon.
Comme un vent qui s'enfle par une progression régulière, j'entendis avec joie une automobile sous la fenêtre. Je sentis son odeur de pétrole. 
(Marcel Proust, La Prisonnière, Folio classique, p. 395.)